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Mémorial Camp Boiro
« Complot Peul »


Alpha Mohamed Sow
Conflits ethniques dans un Etat révolutionnaire.
Le cas guinéen

publié dans Les ethnies ont une histoire
Jean-Pierre Chrétien, Gérard Pruniers (éds.)
Collection “Hommes et Sociétés”
Editions Karthala. Paris, 1989. p. 387-405


Ce qui caractérise un État dit progressiste, c'est le programme qu'il propose pour juguler les conflits économiques. Ceux-ci sont dus au maintien de vieilles structures économiques induisant des inégalités intolérables. Les conflits ethniques apparaissent comme non « essentiels » dans ce contexte. Or l'expérience sékou-touréenne est une inversion de cette démarche où les conflits ethniques sont utilisés comme moteur d'un programme politique précis.

La guerre contre les Peul, identifiés à l'ennemi de classe à abattre pour permettre la « transcroissance 1 » de la révolution, répondait à l'impératif d'épuration globale de la société guinéenne en 1976. Cette révolution, caractérisée par sa radicalité, avait pour objectif essentiel la destruction systématique de l'ancienne société et la construction d'une société socialiste évolutive qui, dans son principe théorique, devait assurer le bonheur du peuple guinéen.

Choix ambitieux qui laisse transparaître dès le départ les obstacles sérieux auxquels serait confronté le parti révolutionnaire, le P.D.G. 2, d'autant plus que la nouvelle société qu'on voulait imposer n'était connue que de ses seuls promoteurs et que, par conséquent, elle ne pouvait susciter que la défiance des Guinéens. Contrairement aux prévisions des idéologues de la nouvelle société, on a assisté à un recours de plus en plus prononcé aux anciennes structures. Comme il arrive en pareil cas, deux sociétés se créèrent dans le pays : celle des révolutionnaires, disposant du pouvoir et entendant l'exercer pleinement, et celle du reste de la population, se repliant sur les anciennes structures socioculturelles. Parfois, on a l'impression qu'elles furent maintenues pour pouvoir les accuser d'autant mieux, comme on le verra dans le cas des Peul. Les différences culturelles qui marquent cette société, comme toutes les sociétés africaines, ont freiné la prise de conscience de cette aliénation dans son caractère global, ce qui a renforcé le pouvoir révolutionnaire et facilité la légitimation de la répression.

Si face au colonialisme français, les Guinéens rassemblés sous la bannière du P.D.G. avaient, il faut le reconnaître, su transcender leurs contradictions internes mineures et réussi à disposer de leur indépendance, à l'heure de la construction nationale, celles-ci n'allaient pas tarder à réapparaître et même à se muer en des conflits d'intérêts à tous les niveaux avec la bénédiction du pouvoir en place. Ce fut l'occasion pour celui-ci de dénoncer des « contradictions antagoniques ». La réponse du régime de Sékou Touré à ce problème fut la voie socialiste, c'est-à-dire que la société devait se transformer par la lutte des classes. Mais ce discours cachait mal le fait qu'en profondeur le jeu consistait à gérer judicieusement les crises internes dans la perspective d'une confiscation pure et simple du pouvoir.

La révolution devait se faire en trois étapes :

Dans cette communication, on examinera l'ensemble des raisons évoquées pour expliquer l'incompatibilité des prescriptions révolutionnaires et des Peul du Fuuta. Ces raisons seront recherchées à trois niveaux : Ainsi donc, la marche de la révolution ne pouvait être possible que si un tel ennemi était « liquidé » 4. La singularité de l'exemple guinéen est qu'il ne montre pas une ethnie malinké, par exemple, combattant l'ethnie peul pour une prise du pouvoir ou son exercice, comme le cas des Hutu et Tutsi au Burundi 5. Mais il s'agit d'un pouvoir en place, démocratiquement élu, qui « construit » de toutes pièces une ethnie symbolisant le mal et l'horreur et qui aurait autorité, pour le bien de tous, de la détruire 6.

On verra aussi les mesures prises contre les Peul.

Les oeuvres du P.D.G. constituent la principale source de documentation, particulièrement l'analyse par Sékou Touré de la « situation particulière du Fuuta et le racisme peul ». Ces analyses sont consignées dans les trois numéros Horoya, organe central du Parti-État de Guinée, nos. 2235, 2236 et 2337, parus 6bis entre août et septembre 1976 . Des ouvrages récents sur le problème des ethnies nous ont permis de replacer le problème guinéen dans un cadre plus global. Certaines sources coloniales ont aussi été consultées.

1. Interprétation historique du Fuuta Jaloo

Selon Sékou Touré, le racisme peul est un fait historique. L'histoire du Fuuta Jaloo serait en fait une histoire du peuplement du massif montagneux central de la Guinée. A l'origine, cette région était habituée selon lui par les Jalonke, les Temne et les Maninka, qui constituaient l'ethnie susu. Il ajoute que le massif connaissait aussi la présence de Loma et Kpelle, ce qu'aucune source connue ne mentionne.

On remarque déjà une contradiction entre ce schéma des populations du Fuuta et celui que donnent les sources historiques. Les Jalonke sont présentés moins comme une ethnie aux contours bien précis que comme un agrégat de plusieurs autres parmi lesquelles les Susu, les Baga, les Landuma, les Maninka... Il s'agit là certainement d'une dénomination de ces groupements par les Peul, car il existe de grandes différences entre eux.

Ainsi, l'historiographie officielle du Fuuta Jaloo à l'époque de Sékou Touré distingue deux ethnies : les Peul et les Jalonke. Cette dichotomie est à prendre avec prudence du fait que les ethnies ne désignent pas souvent une réalité homogène. La tactique utilisée par les Peul pour dominer les Jalonke majoritaires serait d'ordre culturel. « La collectivité peulhe était cultivée et musulmane, maîtrisant l'écriture 7. » Cette culture complétée de l'intelligence aurait utilisé la force guerrière jalonke à son service. Il faudrait ajouter l'origine blanche dont se targueraient les Peul pour traduire la différence entre eux et les autres, considérés comme des Baleebhe 8. C'est chez les historiens coloniaux qu'on retrouve ce thème de l'origine blanche des Peul. Au coeur du Fuuta, dit Gallieni,

« le noir disparaît, fait place au Poul au teint clair, à la démarche biblique ; il n'est plus ici que le travailleur, le domestique, le captif complètement effacé 9 ».

Le Peul serait de race caucasique au teint brun-rouge ou café au lait. Le Jalonke est noir avec des traits proches des Maninka. Quant à la langue peul « aux inflexions gutturales et aspirées dont la douceur rappelle beaucoup l'arabe 10 », elle serait supérieure à celle du Jalonke « aux sons rauques 11 ». D'autres auteurs trouvent diverses origines : égyptienne, kouchitique... Toutes ces allégations fantaisistes sont de nos jours dépassées, et l'on s'accorde à reconnaître que « les Peul sont un rameau de la race noire 12 » et que le pular, en raison de sa parenté [typologique] avec le wolof et le serer, appartient au groupe « sénégalo-gambien 13 ».

Lors de la révolution islamique au Fuuta au début du XVIIIè siècle, seule une fraction de Peul était islamisée. Cette fraction fut complétée par des musulmans Maninka, Soninke et même Jalonke (particulièrement ceux du Solima, à la limite sud-ouest du massif, parmi lesquels Karamoko Alfa — fondateur de l'État théocratique — avait de nombreux disciples). C'est cet ensemble hétérogène, uni dans la foi islamique, qui va déclencher les hostilités de Talansan, à l'issue desquelles naquit l'Etat théocratique du Fuuta. Les musulmans étaient opposés à la fraction restée réfractaire à l'Islam, dans laquelle les Puli ou Fulbe Buruure, encore appelés par d'autres auteurs Fulakunda, étaient en grand nombre. Cette guerre, même si elle brandit le prosélytisme religieux, était causée aussi par des problèmes de terres ou de commerce qui faisaient que les groupements, surtout au XIXe siècle, furent continuellement aux prises les uns avec les autres.

Sékou Touré affirme que « grâce à leur culture, à leur formation culturelle, à leur sens de l'histoire, les Peul ont su prendre des mesures pour dominer tout en évitant des contradictions internes au sein.. de l'empire 14 ». Cette affirmation tendant à souligner l'unité quasi-diabolique des Peul passe sous silence le terrible conflit entre les deux partis politiques du Fuuta théocratique, les Soriya et les Alfaya, qui, aux dires du lieutenant Plat, étaient de grands ennemis :

« Or jamais guelfes ni gibelins n'ont eu, au Moyen Age, plus de haine, plus de jalousie que les Sorya et Alfaya 15. »

Cette vision de l'inversion des rôles en faveur des Peul islamisés se retrouve également dans l'historiographie coloniale qui pourtant, par moments, est amenée à nuancer les statuts des dominés constituant, selon Plat, « la classe des captifs qu'il faut considérer plutôt comme des domestiques à vie que comme des esclaves 16 ». De minutieuses recherches doivent être menées dans ce sens pour déterminer la nature de l'infériorité des Jalonke de la région, car le Fuuta offrait aussi la singularité de voir un captif beaucoup plus riche en bétail et en grains que son maître. Est-ce la richesse matérielle ou le savoir islamique qui a permis de stratifier la société du Fuuta de l'époque ? Les Peul obligeraient les autres à changer de nom au profit des noms de famille Diallo, Barry, Ba et Sow.

Les statistiques officielles du Fuuta montraient qu'à Mali il y avait moins d'un tiers de Peul. Le reste de la population serait jalonke, maninka ou soninke. A Koubia, il y aurait 65 % de Jalonke qui auraient maintenu jusqu'à aujourd'hui leur langue. A Gaoual, moins de 40 % de Peul et 60 % de Jakhanka. A Mamou, de 50 à 55 % de Peul ; Dalaba et Labé, de 75 à 80 % de Peul. Quels étaient les critères évoqués pour reconnaître les Peul ? C'étaient malheureusement les traits physiques.

« Regardez très bien tous les originaires : nos frères et soeurs du Fouta, vous vous rendrez compte qui est peulh réellement, qui ne l'est pas ; vous le saurez rien que par les traits de la physionomie 17. »

En recourant à ces arguments primaires, le parti et son leader reculaient devant la difficulté de saisir l'ethnie peul par des réalités onomastiques, linguistiques, religieuses, territoriales... Sinon, la dénonciation d'un racisme peul serait devenue difficile.

Sékou Touré constate néanmoins que le racisme en tant que fait sociologique est présent partout : les Maninka, les Forestiers, les Susu. Mais « ce qui est généralement connu, c'est que le racisme a été érigé en système d'administration par tous les agents de la 5e colonne originaires de la Moyenne Guinée 18 »... Il se précise alors que l'attaque est plutôt dirigée contre les intellectuels peul et que le recours à certaines péripéties de l'histoire du Fuuta contribue à la fois à masquer la manoeuvre et à légitimer le geste. La trahison est présentée comme coutumière des Peul dans leur histoire. L'exemple donné est celui de Bokar Biro, dernier almami du Fuuta indépendant, qui aurait été trahi par ses frères soriya. Le chef de file de cette trahison aurait été son propre frère, Sori Ilili. Le P.D.G. rappelle que les alliances entre Bokar Biro et les Susu, Maninka, Jalonke ont toujours été respectées. Deux autres grandes figures, Alfa Gasimou Diallo et Alfa Yaya de Labé, furent aussi victimes de la trahison peul. Donc « ceux qui avaient trahi Alfa Yaya, Gassimou Diallo, ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ne peuvent pas avoir des enfants ayant une conduite de dignité, si ceux-ci ne se confient pas au P.D.G., l'organisation révolutionnaire capable d'extirper de leur être jusqu'à la racine, la félonie de leurs pères, car il y a une continuité historique qui marque d'une tare et d'un sceau indélébiles la personne et la vie des individus. Cette continuité est marquée de la nature de l'éducation qui relève de l'interprétation des faits historiques. 19 » On voit qu'être Peul est un péché originel. La seule voie de salut est l'adhésion au P.D.G.

Mais on ne mentionne pas l'attitude de Bokar Biro face au bicéphalisme ancestral du Fuuta. Bokar Biro fit des victimes dans les deux partis, alfaya et soriya (le sien). Le plus grand crime fut sans conteste celui du meurtre de son frère, Alfa Mamadu Pate, qui, ayant l'appui des anciens de Fugumba (assermentés pour couronner les almami), et en vertu du droit d'aînesse, devait être almami. C'est en forçant la main aux anciens qu'il obtint sa couronne et refusa de se plier à la règle de la rotation bisannuelle convenue entre les deux partis. Une autre faute de Bokar Biro, c'est d'avoir introduit au Fuuta des sofa 20 comme appuis de son pouvoir. Comme il arrive en pareil cas, il vit se dresser contre lui à la fois les deux partis. Le roi du Labé n'avait jamais voilé son intention de se soustraire de la confédération et de proclamer son indépendance. L'histoire du Fuuta fut très marquée vers la fin du XIXe siècle par des déchirements internes qui ont favorisé la conquête coloniale. Il est très imprudent d'escamoter les faits qui, replacés dans leur contexte véritable, obligent à une autre lecture montrant une complexité qu'on ne peut réduire à quelques stéréotypes.

La comparaison de la situation des rois du Fuuta, trahis, avec ceux du Wasulu, du Boké (Kakandi, haut Rio Nunez), du Macenta, qui n'ont pas été trahis, est des plus simplistes. D'abord les régimes sociopolitiques diffèrent, ensuite on se rappelle par exemple l'appui que Dina Salifu, roi des Nalu (Kakandi), chercha auprès de l'Administration française pour se défaire de son frère Yonca Lay. Pourtant le stéréotype voulait que les Peul fussent considérés comme menteurs, hypocrites, opportunistes, traîtres. On retrouve des mentions de ce type chez Arcin citant Dochard : chez le Peul, « le caractère distinctif est la ruse et la duplicité 21 ». Mais Arcin l'explique comme forme de résistance à l'exploitation et aux abus d'une bureaucratie de type féodal. Et Arcin de commenter que ces abus marquèrent « un abaissement général des caractères. A ces abus de pouvoir le Peul répondait par le mensonge, la perfidie, l'inertie, qu'il considérait comme des qualités. 22 » Plat, qui dirigea la députation envoyée par Gallieni à Timbo 23 et à Fugumba 24 en 1888, porta un jugement sévère sur les Peul : « fainéants et menteurs, ayant fait du mensonge la grande occupation de leur existence 25. » En fait, il réagissait au traitement dont il avait été victime à Fugumba :

Cet officier français s'étonnait et s'indignait devant le jugement porté par ses devanciers sur les Peul disant notamment que les Peul étaient « bons, sociables, intelligents, hospitaliers, généreux, honnêtes ».

Chacun les jugeait en fonction du type de rapports entretenu avec eux. Autant les premiers chefs de mission au Fuuta étaient tolérants, adroits et sympathiques, autant Plat et son équipe gardaient leurs distances au nom du prestige des Européens. Selon les estimations de Gallieni, une expédition militaire devait suivre la mission Plat et celui-ci devait en quelque sorte susciter la crainte chez les Peul. Il n'avait pas compté avec la fierté de ces derniers, qu'il avait choquée. Il dit :

« Et c'est bien ainsi que nous étions décidés de faire, rompant complètement avec les habitudes prises par nos prédécesseurs. Nous ne voulons d'aucune façon de cette familiarité avec les chefs, de cette complaisance avec les curieux 26. »

De tels jugements, s'ils ne sont pas replacés dans leur contexte, donnent des arguments pour attaquer les Peul. Il est à se demander si le P.D.G. ne s'en est pas accommodé.
Quant aux jugements favorables des colons, ils furent utilisés pour souligner la collaboration du Peul. Le régime théocratique fut présenté comme agissant à l'ombre du colon.

« On utilise les plus belles de ses filles pour rendre hommage au commandant de cercle qu'on vénérait comme le tout-puissant 27. »

Pourtant, on peut noter que le nombre de métis en Basse-Guinée résultant d'unions entre autochtones et Européens n'a aucune commune mesure avec la réalité du Fuuta Jaloo. On retrouve chez le même Plat, qui, après sa mission, de retour vers Benty 28, voulut reconnaître la source du fleuve Bafin (le Sénégal), un tout autre jugement. Il rencontra sur le chemin un vieux Peul en compagnie de sa fille venu lui offrir une calebasse de lait. Il décrit la beauté de la fille en ces termes :

Entre deux fourrés, nous la voyons déboucher avec cette grave et belle allure de sa race et nous saluer avec cette simplicité de geste et d'expression, qui font affluer en notre esprit les souvenirs antiques. Je vois encore le mouvement gracieux de la jeune fille nous offrant, sur une invitation de son père, la calebasse de lait pour nous désaltérer. Son buste était nu jusqu'à la ceinture et merveilleusement modelé. Une tête charmante suivant cette mode si gracieuse des Khassonké, les cheveux noirs relevés en cimier et piqués de gros grains d'ambre, des yeux dont la douceur ne peut être comparée qu'à celle des yeux de la gazelle, une expression de visage ingénue, avec un je ne sais quoi de figé, de hiératique, à la façon d'une vierge de vitrail. Certes cette jeune fille était belle, très belle, mais d'une beauté spéciale, se rapprochant du type hébraïque, la beauté des races nomades dont le sang s'est conservé à travers de migrations incessantes. 29

Ce changement de ton est véritablement lié à la nature du contact. Dans la littérature coloniale, souvent ambiguë et contradictoire, le P.D.G. a choisi ce qui l'arrangeait.

2. Les Peul pendant la lutte de libération nationale

Dans le cadre du mouvement de lutte pour l'indépendance, les Peul sont présentés comme déserteurs des rangs du parti. Ils n'auraient jamais vu d'un bon oeil le départ du colon, pour lequel ils auraient gardé une grande nostalgie. Cela aurait amené les Peul à concevoir une certaine attitude de résistance face aux progrès du P.D.G. Sékou Touré donne des chiffres qui prouveraient que, dans les rangs du P.D.G., de 1947 à 1959, il n'y aurait pas de Peul dans les listes des directions des comités, sections et sous-sections du parti ; on ne trouverait que des noms susu, maninka, forestiers ou africains non guinéens. C'est logique, car c'est le P.D.G. qui nomme ses représentants. Par contre, dans les listes des adhérents présentés par Sékou Touré lui-même sur le critère flou du patronyme, les Peul sont présents 30.

Région Nombre total Peul % de Peul Peul par région % selon S. Touré
Tougué 18 11 61 % de 50 à 70 %
Télimélé 16 6 37 % de 50 à 70 %
Dinguiraye 9 3 33 % de 50 à 70 %
Gaoual 3 1 33 % inférieur à 40 %
Mali 16 5 29 % inférieur à 30 %
Pita 19 5 26 %  
Labé 30 7 23 %  
Dalaba 18 3 16 % de 75 % à 80 %
Youkounkoun 12 1 8 % (peuplée surtout de Coniagui)

Étant donné les chiffres avancés sur la répartition des Peul, ce tableau prouve en définitive que les Peul ont bien animé les sections du P.D.G. Il faut souligner par ailleurs que le P.D.G. n'était pas le seul parti politique de l'époque ; au sein du B.A.G., du P.R.A... 31, on relevait toutes les appartenances ethniques, preuve que l'argumentation du P.D.G. ici est des plus superficielles. Il n'en reste pas moins que, pour Sékou Touré,

« il y eut une démission générale des cadres peulhs, et ceux qui prirent position dès le début, tels que le camarade Saïfoulaye Diallo et d'autres, furent absolument isolés du milieu 32 ».

La raison de cet ostracisme est que

« la famille idéologique, leur famille idéologique à base raciste, seule comptait pour eux, en opposition avec la famille idéologique du P.D.G. 33 ».

Ces Peul engagés dans les rangs du P.D.G. auraient été considérés par leurs frères d'ethnie comme étant à la remorque des étrangers.

« L'étranger, c'était le Soussou, le Malinké, le Forestier, les camarades des autres régions de la Guinée. Cependant qu'on faisait bon ménage avec le colonisateur ; l'on s'acoquinait avec le colon blanc et l'on se prostituait avec lui. L'on a inculqué au Peul l'idée qu'il n'est pas noir 34. »

Les intellectuels peul furent présentés comme détachés des masses populaires, pleins de mépris pour elles. Ils seraient, selon cette littérature, les plus hostiles au P.D.G. et en voulaient aux Susu, Jalonke, Sénégalais, Maliens, Ivoiriens... se trouvant alors en Guinée et ayant des sympathies pour le parti. C'est pourquoi seul le Fuuta aurait voté « oui » au référendum gaulliste de septembre 1958. En même temps, le leader du P.D.G. rappelle qu'au cours de la campagne pour l'indépendance il aurait été obligé de dormir dans les marchés ou les salles de classe, car partout on lui refusait l'hospitalité.

« Au Fouta, la féodalité nous a été moins hostile que les intellectuels du Fouta, car aucun chef ne nous a insulté publiquement... mais les intellectuels nous insultaient à longueur de journée pour plaire aux chefs et aux commandants blancs 35. »

Au-delà de ces « révélations », un fait historique demeure : sans l'adhésion du dernier almami 35bis du Fuuta Jaloo au P.D.G., la victoire de ce parti aurait été problématique.
Une autre question pourrait donner à réfléchir : comment interpréter la fusion des autres partis politiques (B.A.G., P.R.A.) sans aucune condition avec le P.D.G. ?

Historiquement, il est difficile d'admettre que seuls les Peul aient fait bon ménage avec les colons. Il est classiquement reconnu qu'une fois le colon installé de force il utilise les chefs locaux (souvent en conflit les uns avec les autres), les nomme et les destitue au mieux de ses intérêts. Les premiers en Guinée à entrer en contact avec les Français furent les populations de la basse côte. Le massif central ne fut conquis que vers les années 1896. La grande habileté de la politique française au Fuuta fut la protection qu'elle a feint d'assurer à l'Islam. En 1904, dans une assemblée qui réunissait à Timbo pour le passage du gouverneur général plus de 10 000 Peul, l'almami [soriya] Baba Alimu, parlant au nom de tous, disait :

« Ce dont vous nous remercions par-dessus tout, c'est d'avoir respecté notre religion, car nous sommes attachés à la foi transmise par nos pères et il n'est point dans cette assemblée un homme, jeune ou vieux, qui ne soit prêt à donner son sang pour elle 36. »

Il faudra attendre vers les années 1910-1911 pour voir les premières réformes administratives débuter au Fuuta Jaloo, réformes qui, jusqu'à l'indépendance, ne toucheront pas les structures morales et religieuses. La plus grande conquête dans l'histoire des Peul du Fuuta Jaloo avait été, pour eux, l'Islam. Le P.D.G., avec son idéologie marxiste, inspirait la défiance de cette religion. On comprendrait dans ce cas la réticence des Peul. Quant à leur inhospitalité, force est de reconnaître que l'argument du P.D.G est en contradiction avec la mentalité reconnue du Peul dans ce sens 37. Gilbert Vieillard notait :

« Les Peul ont de très bonnes manières, qui donnent beaucoup d'agrément au commerce des gens âgés : un mélange d'aisance, de dignité et de déférence, allant parfois jusqu'à la délicatesse du coeur 38. »

Les polémiques de 1976 ont permis à Sékou Touré de caricaturer les événements de l'époque de la décolonisation.

3. La question peul pendant la période révolutionnaire

Ici, les reproches faits aux Peul sont à rechercher à deux niveaux, économique et moral. Ceci justifierait les mesures prises contre eux.

Au niveau économique
Le discours officiel était le suivant : les Peul ne participent pas au programme élaboré par le P.D.G. Ils sont désignés comme des spécialistes du navétanat. Cette attitude est savamment adoptée pour saboter le programme agricole du parti et faire échouer les brigades agricoles créées à cet effet. Cela veut dire que le programme d'autosuffisance alimentaire n'est pas de la convenance des Peul. C'est par leur faute qu'ont échoué les brigades de type A et de type B, visant à mettre en valeur les superficies déterminées par le Conseil national de la révolution avec pour seuls moyens des charrues et des animaux de trait que devaient fournir les villages dans lesquels étaient implantées ces brigades. Le rendement théorique à l'hectare fixé par le parti devait être atteint. Après l'échec de ces brigades, d'autres furent créées, les B.A.P. (brigades attelées de production) et les B.M.P. (brigades mécanisées de production), avec le même schéma de rendement théorique à l'hectare. Au cas où les normes ne sont pas atteintes, le village d'accueil doit fournir le reliquat. La cause de leur échec incomba aux Peul :

« Chaque année, ce sont des milliers de jeunes Peul qui abandonnent leurs mères, grand-mères, grand-pères, oncles, tantes pour s'expatrier et aller faire le boy, le marmiton dans toutes les villes du Sénégal... Sur 100 boys et marmitons, ce sont les Guinéens qui en constituent 75 % et parmi ces Guinéens, les Peul constituent les 95 % et les autres ethnies constituent les 5 % des Guinéens 39. »

Au-delà de ces statistiques minutieuses mais dont la réalité est sujette à caution, il apparaît que le programme de développement agricole par les brigades n'était pas garant d'un avenir économique sûr. On pourrait se demander si ces brigades n'ont été créées qu'à l'intention des Peul. On se rappelle qu'en 1975 434 B.M.P. furent créées. Vers la fin de l'année, après la campagne agricole des étudiants 40, on créa au niveau de chacun des 2 441 villages ou P.R.L. (pouvoir révolutionnaire local) une B.M.P. et une B.A.P. Chaque P.R.L. devait mettre en valeur 210 ha de terres ainsi répartis :

Chaque B.M.P. devait réaliser 120 ha et chaque B.A.P. 90 ha. La 38e session du Conseil national de la révolution modifia ces chiffres de la façon suivante :

Les autres villages devaient réaliser

Vaste programme, qui nécessitait des moyens que le P.D.G. n'avait pas toujours mis à la disposition des populations. L'échec de ce programme ne pouvait être causé par le navétanat, qui n'était pas une chose nouvelle ; il avait été induit par l'économie de traite et la politique fiscale coloniale. Les intellectuels peul, le ministre du Plan Dramé Alioune en l'occurrence, furent rendus responsables des échecs des plans de développement économique. Sékou Touré indique que Dramé Alioune a chiffré le premier Plan (le plan triennal 1960-1963) à 39 milliards de F, le second plan dit septennal 1964-1971 à 89 milliards de F et le plan quinquennal 1973-1979 à 600 milliards de F 42. Ce geste de Dramé avait pour but, selon Sékou Touré, de favoriser l'échec des plans de développement et d'entraîner le découragement populaire. Par ailleurs, selon les chiffres donnés par André Lewin 43 :

Quand on connaît la conception du pouvoir du P.D.G., par conséquent le rôle des ministres, il était absurde de faire retomber tous ces échecs sur la tête du pauvre Dramé Alioune. Le P.D.G. ne critiqua jamais sa politique économique. Les Peul sont également accusés d'être contestataires de la politique fiscale. Le chef de l'État indique que, pendant la période coloniale, l'impôt par tête était de 700 F, alors que, depuis l'indépendance, il est de 350 sylis. Seulement, il ne précise pas que un syli est égal à 10 F CFA (taux officiel) ; à ce taux, il faut ajouter le prix de la carte du parti, qui coûte 70 sylis. Pour lui, cette augmentation est due à la montée des revenus des paysans, par exemple au fait qu'en 1976 un boeuf était vendu 2 800 sylis, suffisants pour payer l'impôt de 7 à 8 personnes. Par rapport au prix officiel des produits importés dont le paysan avait besoin, le marché paraît raisonnable. Seulement, le paysan vit du marché noir. Dans la période de 1975 à 1976 :

Le marché noir alourdit davantage la charge fiscale. On peut remarquer toutefois que, pendant la période coloniale, les impôts ont permis la construction de routes, hôpitaux, écoles... au point de se demander où sont allées les recettes fiscales de la période de l'indépendance.

Au niveau moral
Le Fuuta est présenté comme une région où la débauche et l'alcoolisme avaient atteint des proportions inquiétantes. Sékou Touré parle même de marabouts qui remplissaient en cachette leur bouilloire d'alcool. Grâce à l'action du P.D.G., ces fléaux se seraient atténués.

Le Peul aurait perpétué le racisme ancestral. Sékou Touré l'a remarqué au cours des représentations théâtrales, où, selon lui, tous les généraux et chefs de guerre sont représentés par les Jalonke. Cela était visible dans les pièces de Mamou, Dalaba, Tougué, Labé. Les notables, eux, sont joués par les Peul.

On pourrait remarquer tout de même que la pièce de la ville de Mamou intitulée « Almami Bokar Biro » fournit un démenti. Le rôle de l'almami a été joué par Boubacar Camara, dit Boisselet, frère de Sékou Camara, ancien ambassadeur de Conakry à Pékin, qui a été pendu après l'agression de 1970.

L'ingratitude naturelle du Peul est stigmatisée par le comportement de Hadja Diénabou Bobo 44, qui, à la faveur du régime du P.D.G., se serait fait construire beaucoup de villas, acheter des camions, se serait rendue à La Mecque et aurait siégé comme député de Labé 45. Cette remarque donne une idée du favoritisme qui existait en Guinée sous le P.D.G. Cette femme a été impliquée dans le Complot dit des Peul de 1976 aux côté de Diallo Telly 46. Les arguments avancés pour expliquer son retournement contre le P.D.G. sont tirés de sa déposition. Or la réalité de ces aveux ne peut plus tromper personne quand on sait que le comité révolutionnaire 47 savait faire dire ce qu'il voulait aux détenus politiques. Difficile d'imaginer que Hadja Diénabou Bobo ait renoncé à tous les privilèges et prérogatives accordés par le parti au nom de la nostalgie du régime féodal peul comme l'a souligné Sékou Touré.

Dans le milieu travailleur, dit-on, une audience demandée à un ministre peul (Combien étaient-ils ? Quelles étaient les limites de leur pouvoir ?) n'est jamais accordée si le demandeur n'est pas de la même ethnie. Il arrive que le demandeur se voie obligé de changer de nom.

« Un autre encore cherchant un emploi, il voulait être chauffeur, a vu qu'on triait les demandeurs, en tenant compte des noms ; c'était un Kéïta, il se fait appeler Barry. Et lorsqu'il a été pointé chauffeur, au dernier moment, à l'appel pour prendre service, il présentait sa carte d'identité. On lui opposa un refus, son nom ne correspondait pas à sa carte ; il répondit : "J'ai fait exprès, si je n'avais pas mis le nom Barry, vous ne m'auriez pas recruté 48. »

Le Peul une fois à la tête d'une entreprise d'État ne « recrute que les seuls Peul 49 », et, quand les cadres peul sont nombreux dans un service, c'est tout de suite la paralysie totale 50. L'exemple donné, c'est l'état délabré des routes même dans la capitale. La plus grande partie des ingénieurs guinéens étant des Peul, ils sont alors rendus responsables de ce gâchis.

Les professeurs peul font du racisme dans l'exercice de leurs fonctions. Ils dispensent leur enseignement en fonction de préjugés raciaux favorisant les étudiants peul, « supérieurs » à leurs camarades non peul :

« Certains professeurs peul, à l'heure de la révolution culturelle socialiste, regardent le nom de l'élève avant de lui donner la note que mérite sa race. Nous nous excusons auprès des Peul honnêtes qui pourraient penser à une exagération. Mais tout ce que nous disons nous avons les preuves. Certains notaient en fonction de la race ; et même les cours sont sabotés, pendant ce temps, l'on dit à ses parents : « venez à la maison » et là on leur donne un complément de formation. Certains professeurs allaient jusqu'à refuser à des étudiants non-peul, le prêt des livres précieux pour les réserver aux étudiants de leur race. 51 »

Les étudiants peul à qui le parti délivre des bourses d'études ne reviennent plus au pays au terme de leur formation. Un chiffre de 360 étudiants dans ce cas fut donné. Les cadres peul seraient responsables de la mésentente de la Guinée avec la Côte d'Ivoire, le Sénégal, la France, les États-Unis, l'Allemagne. Ce sabotage de la politique extérieure aurait été organisé par Telly Diallo.

Ces informations à la fois dangereuses et puériles ne tiennent pas compte de la réalité. En effet, le Fuuta est assez reconnu pour son éducation rigoriste. Du reste, la Guinée doit paradoxalement à la révolution l'introduction de la drogue et de sa consommation généralisée. L'état de paupérisation, de misère globale l'ont favorisée. On pourrait noter qu'en 1980 un séminaire a été organisé à l'échelle de tout le pays sur le thème du « vol ». Ce ne furent pas les Peul qui furent mis en cause, mais les grands fonctionnaires et responsables politiques spécialisés dans le détournement des deniers publics. Et les mesures prises par le parti pour enrayer ce mal sont très discutables.

La constatation du Stratège sur le triste sort des étudiants non peul ne l'a pas décidé à débloquer magnanimement des fonds pour l'achat de livres à l'intention des victimes du racisme peul. Ce ne sont pas les professeurs qui ont décidé que le programme de travaux productifs était plus important que l'enseignement en classe, jugé théorique. La pratique révolutionnaire était l'enseignement prioritaire.

4. Les mesures prises à partir de 1976

A la lumière de tous ces griefs,

« nous devons être d'accord pour ne plus accorder de pitié aux traîtres. Plus de pitié pour les racistes, plus de pitié pour les saboteurs 52. »

Le parti recommande de passer à l'offensive :

« Nous sommes convaincus que les cadres peulhs révolutionnaires, les cadres peulhs militants sincères, assumeront, au sein du Parti, leur responsabilité pour détruire tous les Peulhs racistes afin que la Guinée puisse vivre en paix 53. »

Cette invitation à assumer ses responsabilités révolutionnaires me paraît difficile, car le parti constatait que l'élément raciste était plus nombreux. En quelque sorte, c'est un génocide peul qui est décrété ici. La guerre des classes contre les Peul se place à deux échelles ici. D'une part la guerre des autres ethnies contre les Peul et de l'autre la fraction révolutionnaire minime contre le reste des Peul. N'en fut-il pas de même de l'adhésion générale des populations guinéennes au vaste programme révolutionnaire qui lui a été imposé ? Pour redresser un tel déséquilibre, il faudrait un travail de purge titanesque, d'autant que le parti s'est rendu compte des limites de la formation idéologique comme arme pour un engagement révolutionnaire.

La foi que le leader guinéen avait en sa révolution n'était pas partagée. Et en tout cas, on remarque que tout racisme qui favorise la révolution est plébiscité :

« Dire la vérité à ses parents, faire prendre conscience aux collectivités peulhes afin que le sens de l'histoire soit compris et que le devoir patriotique soit accompli par tous les enfants du Fuuta. Voilà la seule forme où l'on peut faire du racisme pour servir la révolution... 54 »

Par ailleurs, si la révolution existe, c'est par rapport à son contraire, sinon la lutte des classes devra cesser. Si ce contraire n'existe pas, la révolution peut l'inventer, car ce contraire demeure « une sève de justification de la fermeté exemplaire qu'exige la révolution dans sa ligne et ses méthodes de lutte 55 ». On comprend pourquoi les preuves de ces accusations contre les Peul sont puisées dans les dépositions des détenus politiques de 1976.

Ainsi, il fut décidé (racisme = racisme) :

A la lecture de ce réquisitoire un certain nombre de remarques s'imposent. D'abord, la théorie marxiste de la lutte des classes est manipulée hors du contexte d'une analyse globale d'un mode de production féodale défendu par le Peul. A coup sûr, une telle démarche aurait mis le P.D.G. en question dans sa pratique politique. Ainsi, ce fut l'individu Peul, identifié à la féodalité, qui fut présenté comme obstacle au développement de la société guinéenne par son racisme, sa traîtrise... Sékou Touré indique d'ailleurs que

« le racisme n'est pas une fin en soit, mais un moyen, un tremplin. Lorsque le moyen vise la destruction de quelque chose qui existe en toute objectivité, c'est en vue de construire à sa place autre chose qui n'existe pas encore et qui est contraire à ce qui existe. 59 »

Le racisme découlant d'un fait ethnique apparaît en définitive comme une méthode de direction politique. Le racisme peul de 1976 a bien servi à la révolution pour résoudre la crise consécutive à la difficile année de 1975, où tout commerce privé fut supprimé dans le pays. Sékou Touré précise :

« L'année dernière, c'était la guerre de classe pour enterrer “Cheytane 75”. Cette année, c'est la guerre de classe pour enterrer définitivement le racisme peul. 60 »

On n'avait pas prévu l'après-1976, et on comprend pourquoi la révolution fut surprise par la revendication des femmes d'août 1977.

La deuxième remarque, c'est le caractère essentiellement moralisant du discours dirigé contre les Peul et leurs cadres, qui

« font plus de mal à la Guinée que l'impérialisme et le colonialisme 61 ... ».

Cette image caricaturale du Peul et de son attitude d'apatride eut pour effet de produire une xénophobie généralisée contre lui.

L'exemple guinéen révèle que la réalité des ethnies est déterminée aussi en grande partie par les fonctions politiques qu'on leur assigne. Celles-ci varient selon les conjonctures. Elles pourraient être le principe selon lequel les ethnies se font et se défont à travers le temps. L'ethnicité apparaît comme une arme efficace de gestion politique des groupes. De ce point de vue, on pourrait se demander si l'ethnie ne correspondrait pas à ce que Sékou Touré appelait lui-même la « famille idéologique » par opposition à la famille biologique et historique. Le racisme peul de 1976 en Guinée montre l'énorme décalage entre la réalité vécue et les analyses avancées par les étrangers, notamment ceux qui voient en le régime de Sékou Touré un modèle marxiste pur.

Notes
1. Ce terme est de Sékou Touré et traduit la progression accélérée de la révolution.
2. Parti démocratique de Guinée.
3. Cheytane ou Satan, symbole du mal et de la duplicité, était identifié aux commerçants trafiquants. Il faut reconnaître que les mesures répressives prises dans ce sens ont plutôt atteint les populations que les commerçants, qui avaient réussi à édifier un système de marché noir puissant.
4. Horoya, no.2235, p. 14.
5. J.-P. Chrétien, « Hutu et Tutsi au Rwanda et au Burundi », in Amselle J.-L., M'Bokolo E., Au coeur de l'ethnie, 1985, pp. 129-165.
6. Dans cette communication, la notion très ambiguë d'ethnie ne sera pas discutée. A ce propos, voir un précédent article « Guinée, équilibre ou renouveau ? », Esprit, juin 1985.
6 bis. Les numéros de Horoya fournis ici en référence contrastent avec les recherches de webGuinée. En rélité les trois publications parurent avec un décalage variable par rapport à l'évènement :

7. Cf. Horoya, no. 2235, p. 10.
8. Expression pular qui signifie les Noirs par opposition aux Peul.
9. Gallieni, Deux campagnes au Soudan français, 1886-1888, Paris, 1891, 638 p., p. 99 ; « Poul » désigne le Peul , cette expression est fréquente chez maints administrateurs ou explorateurs coloniaux : Lambert, Plat, Audéoud, Gallieni.
10. Idem, p. 493.
11. Idem, p. 496.
12. Barry Boubacar, « Bocar Biro », Les Africains, tome XII, Paris, 1978, p. 63.
13. Suret-Canale J., Essais d'histoire africaine. De la traite des Noirs au néo-colonialisme, Paris 1980, 264 p., p. 49.
14. Horoya, no. 2235, p. 12.
15. Cité par Gallieni, Op. Cit., P. 58 1.
16. Idem, p. 612.
17. Horoya, no. 2235, p. 14.
18. Idem, p. 14.
19. Horoya, no. 2237, pp. 33-34. En réalité, Gasimou Diallo a été assassiné par Alfa Yaya.
20. Nom donné aux soldats de l'armée samorienne dans le Manding.
21. Arcin A., Histoire de la Guinée française — Rivières du Sud — Fouta Dialo Région du Sud Soudan, Paris, 1911, 611 p., p. 99.
22. Idem, p. 99.
23. Capitale politique du Fuuta Jaloo.
24. Capitale religieuse du Fuuta Jaloo.
25. Cité par Gallieni, Op. Cit., p. 514.
26. Idem, p. 510.
27. Horoya, no. 2237, p. 14.
28. Possession française de la côte en Mellacorée.
29. Gallieni, Op. cit., p. 527.
30. Tableau tiré des listes données dans Horoya, no. 2237, de la p. 22 à la p. 26 ; les autres listes mentionnées — celles des cadres — n'ont par contre pas été publiées.
31. Bloc Africain de Guinée, parti de Barry Diawadou (un Peul), dont le secrétaire général était Koumandjan Keïta (un Maninka de Kouroussa) ; Parti du rassemblement africain de Barry III (un Peul).
32. Horoya, no. 2237, p. 26.
33. Idem, p. 26.
34. Idem, p. 20.
35. Idem, p. 22.
35bis. Almami de la branche alfaya, basé à Mamou, qu'il ne faut pas confondre avec son homologue de la branche soriya, basé à Dabola. Note de webGuinée
36. Guébhard P., Au Fouta Djalon, élevage, agriculture, commerce, régime foncier, Paris, 1910, 123 p., p. 121.
37. On pourrait à cet égard consulter avec beaucoup de profit l'ouvrage d'O. Durand, Terre noire, Paris, 1935, 212 p.
38. Vieillard G., Notes sur les coutumes des Peul du Fouta Djalon, B.I.F.A.N., tome II, 1939, pp. 8-210.
39. Horoya, no. 2235, p. 19.
40. C'est la phase de la révolution verte, qui ferma les portes de l'université pour amener les étudiants en campagne agricole.
41. Ces chiffres ont été pris dans R.D.A., « Promotion paysanne », tome 11, no. 121, mars 1979, pp. 55-79.
42. Horoya, no. 2235, pp. 21-22 , les F sont des francs C.F.A.
43. Lewin A., La Guinée, « Que sais-je ? », 1984, 127 p., p. 103.
44. Soeur de Saïfoulaye Diallo, fidèle compagnon de Sékou Touré, arrêtée en 1976.
45. Horoya, no. 2237, p. 16.
46. Ancien secrétaire général de l'O.U.A. arrêté en Guinée en 1976 et mort au Camp Boiro.
47. Comité s'occupant d'interroger les détenus politiques en Guinée.
48. Horoya, no. 2235, p. 17.
49. Horoya, no. 2237, p. 30.
50. Cf. Horoya, no. 2235, P. 21.
51. Cf. Horoya, no. 2237, P. 31.
52. Horoya, no. 2237, p. 35.
53. Ibidem.
54. Horoya, no. 2235, p. 20.
55. Horoya, no. 2237, p. 10.
56. Horoya, no. 2237, p. 36.
57. Ibidem.
58. Horoya, no. 2235, p. 24.
59. Horoya, no. 2235, p. 8.
60. Horoya, no. 2237, p. 43.
61. Idem, p. 32.

Bibliographie

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Sow Alpha Mohamed

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