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Memorial Camp Boiro


Nadine Bari
Guinée, les cailloux de la mémoire

Paris. Editions Karthala, 2003. 257 p., ill., maps


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Apostille

Radio-Trottoir, si puissante à Conakry, a colporté la rumeur que Saran la féticheuse avait commandité la disparition de son ex-mari. Pourquoi ? Tout simplement parce que, quelques semaines avant la mort de Mouctar, Saran a fait immoler cinq moutons dans la cour de la maison commune. Dans quel obscur dessein ? Une fois le sacrifice achevé, le gardien a entendu l'officiant dire en soussou :
— S'il part, il ne reviendra jamais dans cette maison !
Mais pourquoi Saran aurait-elle voulu la mort du père de ses filles ? Elle a déjà ruiné Mouctar en vendant ses biens. En réalité, elle ne souhaite rien tant que s'approprier l'unique maison restante. Rien d'autre. Dans cette affaire d'élimination, Saran paraissait hors de cause…
Côté tradition africaine, l'explication fut donnée par une guérisseuse léonaise qui ignorait tout des circonstances de la mort de Mouctar, notamment de ses douleurs à la nuque, mais qui affirma que la djinna qui l'habitait l'avait mortellement frappé à l'arrière du cou, par jalousie pour une femme blanche à qui il donnait trop de signes d'amour. Elle ajouta que la djinna rôde encore à Dalaba : elle reste dans la famille puisque c'est son destin et cherche à investir un autre hôte.
En fait, vu sous l'angle médical et scientifique, Mouctar est mort d'un neuro-paludisme foudroyant. Une « pathologie banale », comme disent les médecins guinéens qui voient souvent ce type de palu puisque ce fléau tue chaque année plus d'un million de personnes en Afrique. Pendant la guerre du Vietnam, le paludisme a fauché plus d'Américains que les balles des Vietnamiens.
Pourtant, cette maladie est plus facile à prévenir et à guérir que la tuberculose ou le sida ! Le vaccin existe pour l'empêcher d'avancer et, pour la traiter, une combinaison de l'artémise et du G 25 serait souveraine, estiment les spécialistes. Le malheur est que les malades sont pratiquement tous dans les pays en voie de (sous-)développement. Or, les pays riches n'ont pas la volonté politique et financière d'éradiquer cette maladie de pauvres. Et pourtant, avec le réchauffement de la planète, il serait sûrement de l'intérêt du monde développé d'engager la bataille contre le paludisme sur le territoire qu'il occupe aujourd'hui, plutôt que d'avoir à le combattre lorsqu'il aura gagné l'arrière-cour américaine ou européenne des terres dites civilisées …


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