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Mémorial Camp Boiro


Alpha Abdoulaye Diallo ‘Portos’
La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré

Paris. Calman-Lévy. 1985. 203 p.


Mon arrestation


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Mardi 3 août 1971

Depuis hier, il pleut sur Conakry, une pluie forte et continue, parfois intermittente et faible. Temps normal du mois d'août. Mon programme est chargé. Dans la matinée, je procède à la distribution des instruments de musique que j'avais commandés pour les trois orchestres nationaux : Kélétigui Traoré et ses Tambourinis, Balla et ses Baladins, Hamidou et son Bembeya Jazz national.
L'atmosphère gaie de mon bureau transformé en dancing contraste avec la tension qui règne en ville : les arrestations se multiplient et déjà une bonne partie des membres du gouvernement est enfermée à deux pas, au Camp Boiro où la garde a été renforcée depuis le début des événements. Personne ne comprend grand-chose à ce qui se passe.
On m'annonce le journaliste togolais Polycarpe Johnson. Impossible de le recevoir au milieu de ce vacarme. Nous nous retirons dans un coin. Je sais que je suis surveillé, comme tous les membres du gouvernement.

« Au Togo, nous ne comprenons rien à ce qui se passe en Guinée, dit-il. Les amis togolais de la Guinée m'ont demandé de venir m'informer à la source sur la situation. J'ai une audience avec le président mais j'aurais voulu m'entretenir avec toi soit avant, soit après cette audience. »

Nous convenons de nous retrouver après son audience avec le président.
Je retourne à mon bureau. Le protocole m'informe de l'arrivée du président Mokhtar Ould Daddah de Mauritanie, et me prie de me rendre directement à l'aéroport. Le président mauritaniens'efforce d'améliorer les relations, actuellement très mauvaises entre la Guinée et le Sénégal. Les entretiens auront lieu en Bureau politique, les membres du gouvernement n'y étant pas admis.
L'hôte repartira l'après-midi, et, après son départ, je suis du nombre des ministres qui raccompagneront le président Ahmed Sékou Touré à son palais. Nous nous installons dans le petit salon. Le président retire ses chaussures, ses chaussettes, les place à côté de lui. La conversation porte sur la courte escale du président mauritanien et sur l'objet de sa mission. Je suis le dernier à prendre congé :
— « Président, je vais rentrer.
— Oui ! Merci mon cher. »
Il se lève et me serrant la main, il ajoute
— « Que Dieu te protège!
— Merci, président. »
Je ne laisse rien paraître, mais je suis intrigué. Il n'a pas l'habitude de se lever pour me dire au revoir. Et cette formule , « Que Dieu te protège », que signifie-t-elle ? Et cette lueur fugace que j'aperçois, une fraction de seconde, dans ses yeux, comment l'interpréter? Dans l'escalier, je rencontre Fily Cissoko qui me serre chaleureusement la main. Je remarque en lui quelque chose d'inhabituel : le geste ? l'intonation de la voix ? le regard ? Il a quelque chose d'indéfinissable. Je cherche un instant, intensément. Je ne trouve pas. Je renonce.
Je me rends au ministère du Développement économique où j'attends, dans le hall, mon ami MBaye Cheik Omar, alors directeur de cabinet du ministre d'État Lansana Béavogui. Il pleut légèrement, un fin crachin plutôt qu'une véritable pluie. Je me laisse aller à mes pensées. Toutes ces arrestations… Les rangs des ministres de plus en plus clairsemés. A qui le tour ? Je me sens malheureux, car je ne peux pas intervenir auprès du chef de l'Etat, qui a envoyé une lettre-circulaire confidentielle aux ministres, pour leur interdire toute intervention en faveur d'un membre de la « cinquième colonne » : quiconque enfreindra cette interdiction sera lui-même arrêté.
— « Tu n'es pas gentil. »
Le ministre Béavogui m'arrache à mes pensées. Il poursuit :
— « Tu viens jusque-là et tu ne montes même pas me dire un petit bonjour.
— Si, si, je suis monté mais votre planton m'a dit que vous étiez occupé.
— Tu sais bien que je ne suis jamais occupé pour toi. »
Pendant près de dix ans, j'avais été son plus proche collaborateur au ministère des Affaires étrangères. Je pensais pouvoir m'ouvrir à lui et lui dire mon sentiment sur l'affaire de la « cinquième colonne ». Peut-être, pourrait-il intervenir, lui, auprès du président, son ami intime, son collaborateur de longue date, avec lequel il passait le plus clair de son temps ?
— « Vous savez, je suis de plus en plus perplexe, de plus en plus sceptique, quant à cette histoire de « cinquième colonne ».
Il sembla surpris.
— « Actuellement, on arrête à tort et à travers. Des ennemis se sont glissés dans nos rangs pour y semer la confusion et salir les meilleurs d'entre nous. Je ne crois pas à la culpabilité de beaucoup de ceux qui ont été arrêtés.
— Et pourtant, mon cher, tous ceux qui ont été arrêtés sont effectivement coupables, ils ont trempé dans cette affaire.
— J'en doute en ce qui concerne Cissé Fodé 1. Nous le connaissons bien vous et moi. Il a été notre collaborateur à tous deux. Il ne peut pas être comploteur. La peur physique à elle seule l'en empêcherait.
— Pourtant il est bien dedans. Et il l'a reconnu.
— Et Kassory ? Comment pouvez-vous admettre qu'il fasse partie d'un complot contre son ami de toujours ?
— Lui aussi, il est dedans, nous avons toutes les preuves. C'est pour cela que le président a autorisé son arrestation.
— Et Mamadi ? 2 Vous le connaissez, et moi aussi, de très longue date. Son tempérament…
— Il a reconnu les faits. Il a avoué que c'est Zoumanigui qui l'a recruté, qu'il était le dépositaire des armes à Bofossou 3.
— Alors, Koro 4, je suis vraiment surpris, mais très surpris…
— Ah ! Mon cher, il y a des choses encore plus surprenantes. »

Ma dénonciation

Alors que nous dînions mon épouse et moi le speaker de la radio, Oumar Diabaté, débite sa litanie d'une voix imposante :

« Ici la Voix de la révolution, radio-diffusion de la république de Guinée, émettant de Conakry sur l'ensemble de son réseau. Camarades militants du P.D.G., aimables auditeurs d'Afrique et d'ailleurs, bonsoir. Nous vous proposons d'entendre la suite des dépositions des éléments de la cinquième colonne, ces hommes tarés qui ont vendu leur âme au diable, leur pays à l'impérialisme et hypothéqué l'avenir du peuple. Aujourd'hui nous commencerons par le sinistre Diallo Souleymane Yala, ex-directeur des Prix et Conjonctures au ministère du Commerce… »

J'écoute, mais j'entends à peine ce qu'il dit. Je ne distingue rien. Je n'y suis vraiment pas et pourtant je ne veux pas fermer le poste. Mon esprit est ailleurs. Je pense à la famille de Kassory qui a été arrêté la veille. Je me propose d'aller rendre visite aux siens pour leur apporter le réconfort de ma sympathie et de mon amitié.
Brusquement me voici tiré de mes rêveries. C'est bien mon nom qui est martelé avec force. On dirait que Yala qui lisait d'une voix monocorde, monotone, se réveille brusquement :

« … il y avait encore à cette réunion le Dr Accar Najib Roger, El hadj Fofana Mamoudou, Modi Oury Barry, Diallo Alpha Abdoulaye Porthos, secrétaire d'Etat à la Jeunesse…»

Je regarde un instant le poste, comme si c'était Yala. Je souris. Quelle ânerie ! Ce mensonge est trop énorme. Je continue de manger. Ma femme s'est levée de table. Elle pleure. J'essaie de la consoler, de lui faire entendre raison. Tout cela est tellement facile à détruire. Elle murmure :
— « Ils ne te donneront pas l'occasion de t'expliquer. Je sais que c'est un mensonge, mais cela leur importe peu. Ils t'arrêteront et ce sera dur. De toute façon, je t'attendrai aussi longtemps qu'il faudra. »
Le téléphone. Je décroche. C'est MBaye, mon ami MBaye. D'une voix étranglée, il me dit :
— « J'arrive.
— Non. Non… MBaye, reste où tu es, auprès de ta famille. Avec les barrages qu'il y a sur la route, tu n'auras pas le temps d'arriver ici avant qu'ils viennent me chercher. Tu sais que tout cela est mensonger. Tu t'occuperas de ma famille, que je te confie. A bientôt. »
A peine ai-je raccroché que le téléphone sonne à nouveau. C'est mon père. Sa voix qui semble cassée est pourtant très claire :
— « Je sais que tu es innocent de ce dont on t'accuse, mais la volonté de Dieu est insondable. Ses voies et moyens insoupçonnables et Ses décrets imprescriptibles. Je L'implorerai nuit et jour pour ta survie et pour ta libération, mais je ne verrai pas âme qui vive à ton sujet. Ma seule recommandation, c'est que si tu dois mourir là-bas, il faut tâcher de mourir en homme, avec courage.»
Ils sont enfin là, ces « camarades » chargés de m'emmener, envoyés par la section du l'arrondissement. Ils bavardent, font des commentaires, rient aux éclats. Ils garent la voiture devant la porte de la villa. Ce n'est pas une jeep soviétique mais une Peugeot 203. Quel honneur ! Le chauffeur en descend, suivi de deux miliciens armés de P.M. AKA. Tous, en treillis. Je suis sur le perron de la porte :
— « Bonsoir, m'seu.
— Bonsoir. Vous venez me chercher?
— Oui, m'seu.
— Alors allons-y, je suis prêt! »
Sans me retourner, sans faire un signe, je monte dans la voiture sur la banquette arrière, encadré par les deux miliciens.
Ils garent la voiture non loin de là, chez le Dr Nanamodou Diakité 5. Il habite derrière l'hôtel de France. Les miliciens vont le chercher. Il sort, brisé, visiblement bouleversé. Des cris, des pleurs s'élèvent de la maison comme à l'occasion d'un décès. J'aperçois des femmes qui se roulent par terre, comme prises de convulsions. Elles pleurent, crient, s'arrachent les cheveux, lancent en malinké des paroles indistinctes. Le Dr Nanamodou s'installe à côté de moi, répétant :
— « Yala aussi. Pourquoi ment-il de façon si éhontée ? »

En route pour le camp Boiro

La voiture démarre et nous voici bientôt à la permanence de la section du 1er arrondissement, à l'angle de la 3e avenue. C'est la maison de Faraban Diakité, opposant au P.D.G., sauvagement battu, peu avant l'indépendance, par les sbires de Sékou Touré, commandés par Momo Joe. A l'indépendance, il a préféré quitter la Guinée pour se réfugier au Sénégal. Sa maison saisie a été transformée en permanence du parti.
Un quart d'heure d'attente. Hady Touré, membre du comité directeur de la section du 1er arrondissement, avec lequel j'avais des relations cordiales est là. Je surprends son regard qui cherche à me fuir, une fraction de seconde. J'y lis un certain mépris, une condamnation certaine. A ses yeux, je suis donc coupable.
Nouvel arrêt. C'est la permanence fédérale de Conakry I. Dix minutes d'attente. Puis nous redémarrons. Direction Camp Boiro, à 4 ou 5 km de là. Rues désertes. Seuls les nombreux barrages sur la route (à peu près tous les 500 mètres) grouillent de miliciens armés de P.M. AKA qu'ils savent à peine manipuler. Ils bavardent à haute voix, s'interpellent, crient, se disputent, rient aux éclats. A chaque barrage, la même scène se répète.
Le responsable de notre groupe donne le mot de passe :
— « Mission Comité révolutionnaire. Camp Boiro. »
Les miliciens se bousculent aux portières de la voiture, tentent de nous dévisager et font, en soussou 6 des commentaires que nous percevons :
— « Tous ces bâtards étaient cachés parmi nous et voulaient nous assassiner. Pas de pitié pour eux ! Tuez-les, tous! »
Alors que la voiture s'éloigne, on entend encore :
— « Mais Prési est fort. Ça c'est un homme! De toutes parts on veut le tuer mais c'est toujours lui qui aura ces traîtres. Qu'on les égorge tous! »
Les barrages sont renforcés au Camp Boiro. Ce ne sont plus des miliciens mais des gardes républicains en tenue de combat, casque de fer, poignard, cartouchière, grenades, brodequins. On nous fait asseoir sur un banc, mon compagnon et moi. Au bout d'une vingtaine de minutes, le capitaine Siaka Touré, commandant le Camp Boiro arrive. Il me serre la main et me dit en aparté :
— « Ah ! ces comités ! Ils nous gênent dans notre travail ! Le président ne voulait pas te prendre. De toute façon, attends-moi. Je vais voir comment nous allons arranger cela ! »
Nouvelle attente. Un garde, habillé en tenue de combat, pointe son fusil vers moi et, d'une voix énervée, ordonne
— « Léwou et 'wanchou! (lève-toi et avance) »
Malgré son accoutrement, je le reconnais facilement. C'est un griot, musicien de l'orchestre Boiro Band de la garde républicaine. Il y a quelques jours, il était venu me voir en délégation avec certains autres de ses camarades musiciens pour me demander de prendre leur orchestre en charge par le ministère de la jeunesse. Il était doux, courtois, flatteur et même obséquieux. Aujourd'hui, je sens son regard chargé de haine. Peut-être moins que « mon appartenance » à la cinquième colonne, me reproche-t-il de ne pas leur avoir donné satisfaction ?
Nous nous dirigeons vers une jeep soviétique bâchée. Un adjudant, que je remarque à ses galons, la tête posée sur ses bras croisés sur le volant, fait un signe à peine perceptible au militaire qui me suit. Ce dernier, du canon de son fusil me pousse dans le dos et m'intime l'ordre de monter. Je m'installe sur la banquette arrière, le militaire à côté de moi. L'adjudant, qui paraît écrasé de fatigue, soulève péniblement la tête, tourne la clé de contact, allume le moteur et la jeep démarre.
Nous parcourons environ trois cents mètres à l'intérieur du camp pour arriver devant un portail de tôle. L'adjudant descend. Je l'observe attentivement. Je ne crois pas l'avoir jamais vu auparavant. A son physique, c'est un Malinké. J'aurai souvent l'occasion de le revoir. Il s'agit du « margis » Oularé Douti. Il s'arrête devant le portail, tape et dit quelque chose que je n'entends pas. Puis il se tourne à peine et fait un signe au militaire qui, à son tour, m'ordonne de descendre. Le portail s'ouvre : l'adjudant le franchit, je le suis et le militaire ferme la marche. Je viens d'entrer dans le bloc du Camp Boiro. Le portail se referme.
Le militaire me pousse dans le dos avec le canon de son fusil, me met face au mur, tout contre, et m'ordonne de lever les bras. L'adjudant a disparu. Dix, quinze minutes, s'écoulent. Je commence à sentir la fatigue due à cette position. Heureusement, l'adjudant revient, suivi de deux autres gardiens en tricot de corps ; l'un, en culotte courte, grand, massif, le teint très noir, porte son PM en bandoulière, le doigt sur la détente, prêt, j'en suis convaincu, à m'« arroser » au moindre faux mouvement; l'autre, petit, les muscles saillants, traîne des sandalettes d'un âge incertain et porte une barbichette qui lui rallonge le visage. Je saurai plus tard, qu'il s'agit du margis Bruno, qui se fait appeler Robert au bloc pour qu'on ne l'identifie pas.
— « Venez, suivez-moi ! » dit-il d'une voix légèrement étranglée, alors que le portail s'ouvre et que l'adjudant et le garde qui l'accompagnait le franchissent en sens inverse.

La cellule 62

Nous traversons une grande salle où se trouvent des lits et quelques hommes en train de dormir. C'est la salle de garde. Nous nous retrouvons dans un bureau exigu avec une table plutôt poussiéreuse. Tout autour, des étagères sur lesquelles sont jetés, en désordre, de petits baluchons : les fouilles des détenus.
— « Votre nom, votre prénom et vos fonctions»
Je réponds machinalement à Bruno.
— « Videz vos poches. »
Je m'exécute.
— « Enlevez vos "saushures". Les "saushettes" 7 aussi. Donnez votre montre. »
J'obéis. Puis il ajoute à l'adresse d'un autre garde, aux cheveux grisonnants, au ventre bedonnant, qui vient d'entrer dans la pièce :
— « Chef, ce sera le 62. »
Il s'agit de Fodé « Nyakorodia » 8 adjoint au chef de poste central. Le nouveau venu me fait signe de le suivre. Dans la cour, je sens les gravillons sous la plante des pieds. J'ai du mal à avancer. Depuis longtemps, j'ai perdu l'habitude de marcher pieds nus.
Je remarque une série de portes fermées, si proches les unes des autres que je n'arrive pas à imaginer que ce sont des portes de cellules. Au bout du bâtiment, le garde bedonnant ouvre l'une d'elles dans un fracas de métal qui me fait sursauter. Il m'invite à entrer. Mon cœur bat. J'hésite une fraction de seconde et j'entre, la mort dans l'âme, dans cette souricière obscure. La porte se referme violemment. J'entends vers le haut le pêne d'un verrou glisser dans sa gâche, puis un second vers le bas. Encore le bruit d'une clé qu'on actionne dans un cadenas. On dirait qu'on écrit quelque chose sur la porte : je devine, j'entends un frottement régulier. Puis, plus rien…
Le silence se fait lourd, pesant, angoissant, terrifiant, opaque. Seule, de temps en temps, la voix plaintive et lamentable d'un moribond le trouble à peine :
— « Pi… ti … i… i… é … é … é. Ai … d… é… é… ez… mo… à… à… Je vais mou… ou … ou… ri … i … i… ir … »
Elle est faible, cette voix; elle serait inaudible sans ce silence de sépulcre. Elle me pénètre par les fibres de mon être. Je suis ému, profondément touché. Ma sensibilité est à l'épreuve. J'en ai la chair de poule. Brusquement, une voix rauque éclate, comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, amplifiée par ce silence d'outre-tombe…
— « Il faut mour… rugit cette voix, toi et tou on chont là touch pour mour… cé qui nous combati 9. »
Et la voix éclate d'un rire convulsif, sauvage, inhumain. Je suis terrifié. Je me sens dans un autre monde. Puis, petit à petit, tout rentre dans l'ordre sauf le trouble profond qui m'habite. Je continue à entendre la voix du mourant. Est-ce ma propre voix ? Et ce gros rire satanique, n'est-ce pas le rire du bourreau auquel je suis livré pieds et poings liés?
La porte se rouvre. Le garde bedonnant prononce mon nom avec quelque difficulté et ajoute :
— « Enlèwou cha! (Enlève ça) »
Désignant du doigt mon pantalon et ma veste, il ajoute
— « Prends kilotte et simiss… »
Il me tend une chemisette et une culotte bleues en toile légère. C'est la tenue pénitentiaire. C'est aussi la tenue des élèves de l'école primaire. Pourquoi cette coïncidence ? Le chef de la révolution ne fait rien au hasard.
Je change de tenue sous l'œil attentif de Fodé Nyakorodia qui me dit en malinké : « I bolo10 ». Je tends les mains et les menottes se resserrent sur mes poignets.
La porte, à son tour, se referme violemment, avec le même fracas de métal. Me voici seul, face à mon destin. Je parcours la cellule dans l'obscurité. Le sol en est inégal. Je sens les trous, les cailloux accrochés au béton; il est mouillé. Y a-t-on versé de l'eau ou simplement l'eau de pluie a-t-elle réussi à se frayer un chemin jusque-là ? Je n'en sais rien. Je mesure les dimensions de « ma » cellule : six pas et demi de largeur, treize de longueur.
Je revois les images de l'Aveu, le dernier film que j'ai vu en liberté, à Paris sur les grands boulevards. Yves Montand interprétait avec une rare maîtrise le rôle d'Arthur London. Serais-je en train de vivre à mon tour l'Aveu à la guinéenne ? Je ne peux me convaincre que le régime de Sékou Touré va plagier à ce point les régimes de l'Est. Malgré mes doutes, je crois l'homme suffisamment africain pour éviter une telle faute politique.
Je reste debout, face à la porte de la cellule; je réfléchis et je me dis :
— « Mon petit, tu es dans un trou tel que Dieu seul pourra t'en sortir. » Musulman convaincu et pratiquant, je cherche un coin de la cellule relativement sec. Je me tourne vers la Kaaba (ici l'Est) et je prie. J'invoque la protection du Tout-Puissant : je lui demande de me donner la force de mourir courageusement en homme, si tel doit être mon destin.
Au cours de mes années de prison, j'ai pu redécouvrir la grandeur et la force de ma religion, qui m'a été d'un secours inappréciable chaque fois que le désespoir me gagnait car, pour un croyant en général, pour un adepte de l'Islam en particulier, au-delà de tout désespoir, il y a encore l'Espoir qui est Dieu.
Petit à petit, je sens mon calme et ma sérénité revenir. Je me recroqueville dans un coin et j'essaie de dormir. Je somnole, réveillé en sursaut, de temps en temps, par le bruit des portes métalliques qu'on ouvre et qu'on referme.
Il fait jour : la lumière du soleil filtre à travers deux lucarnes, de cinq centimètres sur vingt chacune, selon l'évaluation que j'en fais. Je perçois les notes claires du clairon : c'est la montée des couleurs. Il doit être sept heures trente. Je distingue la cellule. Des inscriptions sur le mur. J'essaie de les déchiffrer : « Allahou Akbar » (Dieu est grand) et : « Foi en Dieu ». Là, une phrase inachevée : « Tous les compagnons sont m… » Je n'ai aucun doute sur la fin de cette phrase mais j'essaie de me tromper, de façon quelque peu naïve et malhonnête : ce « m… » ne signifie pas nécessairement « morts ». Il peut vouloir dire « malades » ou « montés » à la commission, ou que sais-je?
Je me détourne de cette inscription. Je cherche un caillou dans la cellule et, à mon tour, je gratte sur le mur « Porto 3.9.71 » et je mets en face un trait, ce qui signifie un jour. Ainsi, je ne perdrai pas la notion du temps, et ceux qui occuperont cette cellule après moi, sauront le nombre de jours que j'y aurai passé.
Je sens un besoin pressant côté vessie. Je tape à la porte une fois, deux fois, trois fois. Des pas et une voix qui interroge
— « Qu'est-ce que y en a ? 10
— Garde, je voudrais aller aux toilettes. »
La voix semble très surprise :
— « Y en a pas garde ici, y en a "chef"
— Pardon "chef", je voudrais aller aux toilettes.
— Ça, quoi c'est ?
— Je voudrais aller aux W.C.
— Y a pas ça ici. »
Il ne m'a pas compris, j'explique en soussou la nature de mon besoin. La réponse reste la même. J'interroge
— « Comment je vais faire? »
Cette fois la voix, dans un soussou imagé, rude, grossier, impossible à traduire en français lance :
— « Fais là où tu es. Si tu me déranges encore, tu auras ce que tu mérites. »
Les pas s'éloignent, la voix continue à grommeler dans un monologue courroucé; je la distingue encore : ma naissance est mise à rude épreuve, « moi et les gens de mon espèce enfermés ici et qu'on devrait liquider immédiatement ».
Les portes s'ouvrent et se referment à intervalles presque réguliers. J'entends des pas nombreux un véritable cortège — et une voix qui crie « caffé ». Le petit cortège se rapproche : la porte contiguë à la mienne s'ouvre. Je suis tout oreilles : on dirait un seau qu'on pose par terre. Un bruit métallique contre la paroi du seau et la porte se referme. Cela aura duré une minute, deux au plus. Ma porte va s'ouvrir à son tour, c'est sûr. Je quitte mon coin. Je me mets debout facè à la porte. J'attends. Les pas se rapprochent. Un commentaire, un seul que j'entends bien : « Ah ! lui, il est dans condichion… » Un ricanement. Les pas s'éloignent. Puis plus rien. Je regagne mon coin et je me recroqueville.
Une heure, peut-être deux heures plus tard le même manège recommence. J'entends : « di l'eau… » Je reste dans mon coin, je ne bouge pas. Les pas se rapprochent, s'amplifient avec ce fracas de portes métalliques qui s'ouvrent et se referment. Ils s'éloignent, se perdent dans le lointain. Je retourne à mes rêveries.
Plus tard, bien plus tard, j'évalue difficilement le temps car j'ai dû somnoler), le manège recommence. Cette fois, j'entends « bouillon… bouillon ». Le scénario reste le même : des portes qui s'ouvrent et se referment, des pas qui se rapprochent, s'amplifient, passent et se perdent dans le lointain.
Je ne sais quelle heure il est. J'estime qu'il est temps de faire ma prière du milieu du jour. A peine ai-je fini que je commence à somnoler.
Je me réveille en sursaut. Un grand bruit métallique. Cette fois, il s'agit de ma porte. On actionne les verrous, celui d'en haut et celui d'en bas. Une clé dans le cadenas. Non ce n'est pas la bonne. Une seconde, non, une troisième. Oui, ça y est. La porte s'ouvre : je suis là debout, les poignets enserrés dans les menottes. En face de moi, un groupe d'au moins six gendarmes, militaires et gardes républicains.
Au premier rang, le plus gros : l'adjudant-chef Cissé. Il est gendarme. Je le connais, il me reconnaît. Il me fixe un instant; je lis dans ses yeux une certaine compassion, une certaine sympathie. C'est le premier regard humain que je découvre depuis le début de cette aventure. J'y lis aussi l'impuissance d'un homme obligé d'accomplir un devoir auquel il voudrait se soustraire. Il ne dit rien, détourne les yeux. Derrière lui, à côté de lui, pardessus son épaule, les autres jettent sur moi des regards curieux comme s'ils avaient à faire à un fauve extrêmement dangereux.
Cissé ne dit rien. Un autre parle :
— « Celui-ci on l'a amené hier nuit. Il est ministre, c'est une grosse banane. On a dit de le mettre en condition, de bien s'occuper de lui. »
Il ricane. Je ne l'entends plus. Cissé, non plus, n'écoute pas. Il détourne la tête. Je crois que l'autre décline mon identité. Déjà, Cissé commence à s'éloigner pour cacher son émotion que je sens au plus profond de moi-même. Les autres le suivent, dans un brouhaha de commentaires étonnés et admiratifs pour le Prési qui a pu éliminer ces ennemis du peuple ! La porte se referme.
Je me retrouve seul, réconforté. Ce regard de Cissé est un baume à ma détresse. Je sens, pour la première fois, de la part d'un garde, depuis que je suis au Camp Boiro, autre chose que la haine, une certaine sympathie, un sentiment de solidarité humaine.
Tard l'après-midi 11 la cour semble s'animer. Des portes s'ouvrent et se referment. Je devine des va-et-vient. Je me rapproche de ma porte. J'y ai découvert un trou. J'y colle I'œil et je vois la cour. Je vois passer, par groupes de deux à quatre, des loqueteux en tenue pénitentiaire tenant chacun à bout de bras un pot de chambre. Ils se dirigent vers la gauche et reviennent sur leurs pas au bout de deux à trois minutes. Si certains d'entre eux semblent vifs, la plupart se traînent plus qu'ils ne marchent. De véritables squelettes vivants. Jean-Paul Alata me parlera plus tard de cour des miracles. J'aperçois ces « cadavres encore animés » dont les services de propagande du Biafra avaient inondé le monde. De temps à autre, une voix hurle au lointain : « vidansse ! » et ajoute aussitôt en malinké « i nyakorodia i sën koro tà. Sou bara ko ». (traduction : « Sois gai et dépêche-toi. Il fait nuit. »)
Je me rends compte qu'il s'agit de la vidange. Tendu, l'œil collé au trou de la porte, j'épie, j'essaie de reconnaître ces misérables dans le clair-obscur du jour finissant. Je n'y parviens pas. Ils ressemblent… mais non, ce ne sont pas eux, ils ne peuvent pas être dans cet état, en si peu de temps.
Mais si. Là c'est… Monseigneur Tchidimbo, archevêque de Conakry. Il est vif, il passe à toute allure, il salue quelqu'un à haute voix en soussou. Il a beaucoup dépéri mais c'est lui. Je reconnais bien sa voix.
Puis là, oui, c'est Louis Akin, ex-directeur général de la régie Syli-Cinéma, fortement amaigri. En passant, il dit à l'adresse de quelqu'un que je ne vois pas : « Salut le saint… » Oui, voilà Cissé Fodé, le premier ministre des Affaires étrangères de la république de Guinée, plusieurs fois ministre, gouverneur, ambassadeur. Il est en bien mauvais état. Là, c'est Kerfalla Bangoura, ancien membre du comité national de la J.R.D.A. Oui, voilà Marlon, cinéaste à Syli-Cinéma.
Je reconnais beaucoup de monde en piteux état, mais qu'importe ? Ils sont encore vivants. L'opération dure, une heure, peut-être deux, peut-être plus. Je n'en sais rien. J'ai été tellement absorbé, qu'en retournant dans mon coin, je me sens vidé, fatigué, exténué. Je sombre dans le sommeil. Ainsi se termine mon premier jour de détention.

Des coups frappés au mur

Les deuxième et troisième jours de ma détention se déroulent suivant le même rythme. La solitude commence à me peser. Je sens la faim. Je voudrais frapper à la porte pour leur demander pourquoi ils ne me donnent pas à manger. Peut-être m'ont-ils oublié et corrigeront-ils cet oubli ? J'hésite. Je me dis :
— « Ils ne peuvent pas t'oublier. Si tu appelles, ce serait une véritable faiblesse, une lâcheté. On n'appelle pas son bourreau à l'aide. Il se peut même qu'ils aient décidé de te liquider purement et simplement. Non (je me rassure moi-même), ils ne te liquideront pas sans avoir obtenu de toi une confession. Rappelle-toi, l'Aveu et la pratique des pays de l'Est. Il faut toujours une confession. »
Je poursuis ce monologue quand, tout à coup, je perçois trois coups frappés contre le mur de ma cellule. Me voici sur pied, face au mur. Trois petits coups encore. C'est un signal. Faut-il répondre? Je me décide et, à mon tour, je donne trois petits coups au mur. Alors une voix chuchotée, presque inaudible m'appelle :
— « Porto… Porto. »
Je crois connaître cette voix, cette intonation, mais je n'arrive pas à préciser et, dans un souffle, je réponds :
— « Oui. Oui. Qui est-ce?
— C'est Mamadi.
— Non, ce n'est pas possible. Qu'est-ce que tu fous là?
— Je suis à la diète, mon cher. Je passe actuellement devant la commission…
— Mais non, tu as déjà déposé. Béa m'a dit que tu as reconnu que c'est Zoumanigui qui t'a recruté, et que tu es le dépositaire des armes à Bofossou.
— C'est ce que Moussa Diakité essaie de me faire avouer. Il m'a envoyé à la cabine technique. J'ai résisté jusqu'à présent, mais je crois qu'au prochain tour de corde, je reconnaîtrai tout ce qu'ils veulent. J'en ai marre. J'en ai ras le bol et… je suis à la diète depuis huit jours.
— Qu'est-ce que c'est ?
— C'est une privation totale de nourriture, d'eau. On t'abandonne tout seul dans une cellule sans rien, sans pot de chambre, jusqu'à ce que tu déposes…
— Ce n'est pas possible.
— Si. Parfois, on abandonne ainsi l'intéressé jusqu'à ce qu'il rende l'âme. C'est ce qu'on appelle la diète noire, la D.N., le Dakar-Niger comme disent les prisonniers.
— Je suis à la diète, moi aussi ?
— Oui, mais pour toi ce n'est pas grave pour le moment. C'est la diète d'accueil. Ceux qui arrivent ici y sont automatiquement soumis. Elle dure généralement de trois à cinq jours. Ils appellent cela la mise en condition. C'est ça la révolution. Ils nous ont vraiment « niqués » jusqu'à l'os. Dans ce bâtiment, nous sommes tous à la diète. A côté de moi, il y a Kandia, à côté de lui, il y a « Koro » Ibrahima Diané.
— Lequel ? Douanes ou Wahabia ?
— Douanes. A côté de lui, Taran qui souffre beaucoup. Tu sais qu'il est asthmatique, il manque d'air, il râle souvent.
— On ne lui ouvre pas?
- Il n'en est pas question tant qu'il ne reconnaîtra pas « ses crimes ». La nuit de ton arrivée quelqu'un pleurait. Tu as dû l'entendre. Il était malade. On n'a pas voulu le soigner. Il est mort la même nuit. Ce sont vraiment des salopards.
— Comment as-tu su que je suis à côté de toi ?
— Nous l'avons su dès la nuit de ton arrivée. Ici, on ne dort pas. Tout se passe la nuit. Nous veillons pour être au courant de tout. On t'a reconnu au passage. Il y a des trous dans les portes de certaines cellules, l'impact des balles des mercenaires. Il y en a un à ta porte.
— Oui, je l'ai remarqué.
— Et puis les gardes, pardon, les « chefs », ont plusieurs fois mentionné ton nom, quoiqu'il soit interdit de prononcer un nom propre ici. Il y a des numéros. Par exemple tu es le 62, moi le 61. On ne t'a pas fait signe parce que généralement les nouveaux venus refusent de répondre.
— Pourquoi?
— Ils se croient toujours innocents et pensent que ceux qui les ont précédés sont tous coupables, des pestiférés. Ceux qui entrent ici sont nécessairement coupables. Le plus terrible c'est qu'on ne peut rien faire pour se défendre. Devant la commission, on te demande de reconnaître toutes tes fautes, tous tes crimes. Que veux-tu, c'est la révolution ! Comment vas-tu ?
— Dans l'ensemble, ça va. Juste les menottes qui me gênent un peu.
— Ah ! Tu es menotté ? Ils t'en veulent drôlement… mon pauvre!
— Oh ! Tu sais, je n'ai pas l'intention de leur céder.
— Ce n'est pas facile. En tout cas en ce qui me concerne, au prochain tour de corde ou de la magnéto, je… »
Puis un silence brusque, total. J'appelle une fois, deux. Plus expérimenté que moi, Mamadi avait perçu les pas de la sentinelle qui se rapprochait en catimini. Un violent coup à ma porte me rappelle à la réalité et une voix furieuse retentit :
— « Pourquoi toi tou parlé comme cha ? »
Un temps d'arrêt puis en malinké :
— « Gnamokhoden… » (littéralement : « bâtard »).
Les pas s'éloignent. Pas pour longtemps : ils se rapprochent plus nombreux; on dirait un groupe d'hommes. La porte de mon voisin s'ouvre violemment. Des éclats de voix. Une litanie violente en malinké. Devant ma porte, on m'engueule encore. Je ne saisis que quelques mots.
« Gnamokhoden. Salopard ! Nous on te soignera proprement, comme il faut. Salopard ! »
Le chef de poste en fera un compte rendu au comité révolutionnaire et le mentionnera dans la main courante où tout est rapporté.

Le cinquième jour

Le cinquième jour, une heure après le clairon, ma porte s'ouvre. En face de moi un jeune gendarme, grand de taille, bel homme à la mise relativement soignée pour les lieux, entouré de deux gardes, l'un tenant un fusil, le doigt sur la détente, l'autre un gobelet contenant un liquide fumant. Le gendarme prend le gobelet et me le tend :
— « Buvez, me dit-il dans un français impeccable. Mais faites doucement. C'est très chaud. Il ne faut pas vous faire mal. Ce serait dommage. Nous allons vous laisser la porte ouverte : restez tranquille à l'intérieur de la cellule et évitez de parler avec qui que ce soit. Je viendrai fermer un peu plus tard.
— Je vous remercie. »
Effectivement, le jeune gendarme laissa la porte entrebâillée. On pouvait y passer à peine le poing. Plus tard, avec le temps je comprendrai que c'est cela la porte ouverte à Boiro.
Le gobelet qu'on m'avait remis contenait du quinquéliba 12 chaud et bien sucré. J'en bus une petite gorgée, puis une autre, encore une. C'était vraiment bon. J'en étais heureux comme un enfant à qui l'on vient de donner un nouveau jouet. Le quinquéliba me réveilla. Je sentais son parcours jusque dans mon estomac, mes entrailles. Cela me redonnait des forces et me remplissait d'un espoir mêlé d'inquiétude, car les paroles de mon ami Mamadi ne me quittaient pas. « Du moment qu'« ils » se rappelaient ma présence et qu'« ils ne me liquideraient pas avant de me faire comparaître devant eux », je peux me préparer moralement pour leur résister et ne pas céder à leur chantage. »
Je bus la moitié du gobelet de quinquéliba. J'en avais le ventre plein. Je conservai le reste et plaçai le gobelet dans un coin. J'essayai de revivre les événements, en même temps je m'efforçais de discerner les fautes que j'avais pu commettre vis-à-vis de la révolution, quand j'étais membre du gouvernement guinéen, responsable des affaires étrangères ou plus récemment de la jeunesse. Je me remémorais mes différentes missions à travers le monde, portant la bonne parole de la révolution dont son responsable suprême a dit qu'elle est « multiforme et globale ». J'étais en train de vivre une de ses formes qui me la révélera dans sa globalité.
L'histoire d'Arthur London ne pouvait me quitter. De temps en temps, la phrase de Mamadi me revenait à l'esprit : « Tous ceux qui entrent ici sont nécessairement coupables. » J'étais absorbé par mes pensées quand le jeune gendarme revint, accompagné de deux autres gardes.
— « Excusez-moi, me dit-il très poliment, je suis obligé de fermer la porte.
— D'accord. Je vous remercie. »
Il referma doucement la porte, s'efforçant de faire le moins de bruit possible. La journée s'écoulait lentement. La cellule plongeait petit à petit dans la pénombre. J'essayai de boire encore mon quinquéliba. Ce fut impossible. Le gobelet était plein de « koumou djon djo », nom onomatopéique peuhl de ces grosses fourmis rouges avides de sucre. Je m'en voulais d'avoir économisé ce précieux breuvage pour ces fourmis, finalement. Je cherchais la solution pour le sauver quand deux gardes ouvrirent la porte et réclamèrent le gobelet sur un ton qui n'admettait aucune discussion. Peu après, il y eut le changement d'équipe.

Les sixième et septième jours

On m'abandonna encore seul, sans nourriture, sans boisson, sans pot de chambre. Alors que j'avais presque commencé à m'habituer à la faim et à la soif, comme si j'avais atteint ma vitesse de croisière, après la séance de quinquéliba, la faim et la soif m'étaient devenues insupportables. Je m'efforçais de ne pas y penser, essayant de me convaincre que ce n'était qu'une affaire psychologique.
— « La faim, la soif se situent dans l'esprit. N'y pense donc pas et cela passera comme par enchantement. »
Hélas ! Ce n'était l'avis ni de mon estomac ni encore moins de mon gosier. Je m'efforçais d'oublier. Je me levais, je faisais quelques pas dans la cellule. Rien à faire. Je me recroquevillais dans mon coin. Rien à faire. Je m'efforçais de prier. Difficile. La concentration est illusoire dans ces conditions. Pourtant il faut que je prie, coûte que coûte.
— « Seigneur, agréez ma prière même si elle n'est pas faite comme il convient. »
J'avais froid. La cellule était très humide. Nous étions en pleine saison des pluies. Je grelottais. Je n'avais pas de couverture. Une voix me disait : « Résiste, mon vieux, résiste. Tout cela est calculé pour t'abattre, te faire céder avant d'avoir été interrogé. Mamadi te l'a dit. C'est la mise en condition pour te faire avouer des crimes que tu n'as pas commis. La faim, la soif, le froid ce n'est rien d'autre que des contingences au-dessus desquelles tu dois te placer. » Cette voix, c'était bien la mienne. Aussitôt une autre me répondait :
— « Oh! mon pauvre garçon, il est inutile de résister. Ces gens-là sont trop organisés. Là, où les autres, tous les autres ont cédé, comment pourrais-tu prétendre résister ? Tu n'es pas un surhomme, mais un homme. Evite-toi des souffrances inutiles. Appelle le chef, dis-lui de t'amener ta « déposition », tu vas la signer. »
La première voix reprenait :
— « Ce n'est pas ce qui les intéresse. Ce qu'ils veulent, c'est t'humilier, te casser, te briser, réduire ta personnalité à néant, faire de toi un fantoche, un être veule, pleutre. Ne touche jamais à cette porte. Ils sont en train de t'épier, à l'affût de la moindre faiblesse de ta part. »
Je me surprends à dire à haute voix :
— « Je résisterai. Je ne leur céderai pas. Jamais je ne leur découvrirai mes faiblesses. »
Ainsi s'écoula le sixième jour. Le septième, dans l'après-midi, j'eus la surprise de revoir le jeune gendarme, accompagné de deux gardes. Il ouvrit la porte et me demanda :
— Comment allez-vous ?
— A peu près bien dans l'ensemble. il y a seulement ces menottes…
— Patientez. On vous les enlèvera.
— Pourriez-vous aussi me donner un pot ?
— En principe, c'est interdit mais je verrai ce que je pourrai faire. »
Je sentais qu'il allait partir. Et pourtant j'avais encore à lui poser mon problème de nourriture et de boisson. J'hésitai avant de me décider :
— « Depuis que vous m'avez offert du quinquéliba avant-hier, on ne m'a rien donné à manger ni à boire. Je pense que c'est un oubli. Comme je suis continuellement enfermé… »
Il réfléchit un instant, et finalement me dit :
— « Non, ce n'est pas un oubli. C'est le principe ici. On ne vous donnera à manger que lorsque vous aurez fini votre déposition. Vous n'êtes pas encore passé à la commission ?
— Pas encore.
— Cela ne saurait tarder. S'ils sont satisfaits de vous, je pense qu'ils ordonneront qu'on vous serve vos repas et de l'eau. »
Encore un temps d'arrêt :
— « Je ne devrais pas vous dire cela… mais un jour vous m'avez rendu un grand service quand vous étiez aux Affaires étrangères… »
J'étais intrigué. Non seulement je ne le reconnaissais pas mais il me semblait même ne l'avoir jamais vu.
— « Oh! Je suis sûr que vous l'avez déjà oublié. Si je pouvais quelque chose pour vous, je vous jure que je le ferais. Mais c'est très difficile. C'est un autre monde, surtout quand on n'est pas passé devant la commission. »
Il baissa légèrement la tête et poursuivit :
— « En tout cas, monsieur, je vous conseille d'être très… raisonnable avec eux, car ils obtiennent toujours ce qu'ils veulent et ne reculent devant rien. Vous allez m'excuser je vais être obligé de refermer la porte.
— Oui, merci pour vos conseils; pourriez-vous me dire votre nom ?
—C'est interdit. Ici, tous les gardes sont « chefs » et les prisonniers ne sont que des numéros. Mais je tâcherai de revenir plus tard. »
Il tint parole. Tard dans la nuit, il revint. Les pênes glissèrent dans leurs gâches. On ouvrit doucement le cadenas. La porte qui grinça sur ses gonds me réveilla. Je me levai. J'étais sur mes gardes en me demandant ce qui se passait. La porte s'entrebâilla. La tête du gendarme m'apparut, il me tendit un pot et dit : « Traoré… » La porte s'était déjà refermée sans que j'eusse le temps de prononcer un mot. Il avait disparu, happé par la nuit et le mystère du bloc du camp Boiro. Je ne devais plus le revoir. A ma libération, dix ans plus tard, j'essayai de le rechercher. En vain.
J'avais cru comprendre qu'il s'appelait Traoré. Sur le coup, je le crus, mais avec le temps et mon expérience du bloc, je doutais que ce fut son nom. Les gardes ne donnaient jamais leurs vrais noms aux détenus, craignant que ceux-ci ne les citent dans leur déposition, devant la commission. Même entre eux, ils se Le visiteur du soir donnaient des surnoms.
Ce jeune gendarme n'avait aucune raison de me cacher sonnom. Je le considérais déjà comme un ami. Il m'avait montré une si grande sympathie ! Pourquoi me cacherait-il son nom ? Il avait même pris des risques pour m'apporter ce pot de chambre,malgré l'interdiction, un vieux pot sale, qui avait dû être blanc jadis. Aujourd'hui, troué en plusieurs points, sans couleur, ilempestait une forte odeur d'urine. Il « embaumait » toute la cellule. Au fil des jours, je devais m'habituer à ce parfum si particulier.
J'entamai ma huitième nuit de détention. Je coche une barre sur le mur à côté de mon nom. Huit nuits. Personne. Pasd'interrogatoire, rien si ce n'est cette faim tenace, cette soifangoissante que j'essaie de supporter dignement en feignant de les oublier, de les minimiser. Est-ce possible ? Peut-être ont-ils décidé de me laisser mourir sans m'avoir interrogé? Non, ce n'est pas possible. Mamadi me l'a expliqué : « Parfois on abandonne l'intéressé jusqu'à ce qu'il rende l'âme» Que faire d'autre qu'attendre? Rien, absolument rien. Il aurait fallu sedéfendre par tous les moyens, refuser de se laisser arrêter. Mais une fois dans ce trou, on ne peut rien, sinon essayer de subir dignement.C'est un traquenard, une souricière. Je suis coupable avant d'avoir été prévenu, condamné avant même d'avoir su quel crime j'ai commis. Je suis là, menotté, enfermé à double, triple tour, privé de tout, si ce n'est de cette fierté, de cettedignité que je veux sauvegarder et que l'on s'efforce de m'arracher.
Dehors il pleut, une pluie forte, drue qui tambourine sur les tôles ondulées du bâtiment à une cadence régulière, un rythmeendiablé. Depuis longtemps je n'avais pas vu pareille pluie. Elle s'infiltre à travers le mur de ce bâtiment préfabriqué, hâtivement construit pour se débarrasser « des empêcheurs de danser en rond » du régime de Sékou Touré. Je suis dans mon coin ramassé sur moi-même comme un balluchon. J'ai froid et je n'ose pas faire quelques mouvements pour me réchauffer : je me sens faible et je m'affaiblirai davantage. Mieux vaut rester dans la position où je me trouve et économiser mes forces.

Le visiteur du soir

Un petit bruit sur le mur, à l'intersection du mur et de la toiture. C'est un gros lézard noir. Depuis mon arrivée, il passe tous les soirs à la même heure. Je l'ai remarqué le deuxième jour : il m'avait alors un peu effrayé. « C'est un animal de malheur », m'étais-je dit. Il bat de la tête, de bas en haut, plusieurs fois; il me fixe du regard, remue la queue, la déplace lentement de droite à gauche, puis glisse et disparaît rapidement à travers les jointures de la toiture. J'ai fini par m'habituer à lui. Il rompt ma solitude en passant un moment en ma compagnie. Je ne vois plus sa laideur. Il n'est pas affreux, juste un peu pittoresque. Le visiteur du soir s'efforce de me communiquer un message. Je veux que ce soit un message de bonheur. Je l'envie : il va et vient comme il entend, vaque à ses affaires, mène sa vie de lézard. Et moi, — ici —. Mon Dieu, comment ai-je pu imaginer que c'est un animal de malheur? Il ne faut pas être superstitieux. Ce lézard porte en lui un secret que je ne percerai jamais, que nul ne pénétrera jamais.
On dit pourtant que chez nous en Guinée, en Afrique, on trouve des devins qui savent interpréter les attitudes des animaux, des plantes. Riche et impénétrable Afrique!
Ce soir, le visiteur du soir est resté un peu plus longtemps que d'habitude. Il s'est avancé plus loin sur le mur, il est descendu puis s'est arrêté, comme s'il avait peur de moi à son tour : il m'a regardé un instant. Je pense tout bas, et veux lui dire comme à un être humain : « N'aie pas peur, je suis incapable de te faire du mal. » Puis il a glissé le long du mur qu'il a remonté. Il a disparu.
Je m'assoupis peu à peu et m'endors bercé par le martèlement de la pluie sur les tôles. Mon sommeil est si profond que je n'entends même pas le fracas de la porte métallique qu'on ouvre. On me secoue. J'entends comme en un lointain écho, comme dans un rêve… Je me réveille difficilement. Il est là me dominant de sa stature. Il paraît massif ; le visage rude et fermé, une forte cicatrice au coin de la bouche ; il porte un imperméable de couleur gris sombre avec un capuchon assorti. Je m'assois puis, péniblement, je me mets debout, face à lui, m'appuyant au mur. Il m'interroge d'une voix rauque, autoritaire. Je saurai plus tard qu'il s'agit du chef de poste adjoint de la seconde équipe. On l'appelle Bokassa. Pourquoi ? Je n'en saurai jamais rien. Son vrai nom est Soumah Morlaye.
— « I tan, i khili di (toi, comment t'appelles-tu.).) »
Je réponds d'une voix ensommeillée. Je bâille. Il reprend cette fois en français, comme pour se donner une certaine importance ou pour me faire comprendre que les choses sérieuses vont commencer :
— « Prends kilotte ! Commichon! »
Cette phrase apparemment banale me réveille, me revigore. Enfin je vais rencontrer la commission. Je me baisse et ramasse ma culotte que j'avais pliée et qui me servait d'oreiller. Elle est trop grande alors que la chemisette est trop petite, qu'importe. Je ne me rends pas à un concours d'élégance. Je retrouve mon sens de l'humour. Je suis prêt. Je sors de la cellule encadré par deux gardes, fusil au poing, le doigt sur la détente. Je suis sûr que le cran d'arrêt n'est même pas mis. Ils portent des imperméables jaune foncé avec un capuchon assorti. La pluie tombe dru : on dirait qu'elle a augmenté d'intensité. J'avance en titubant. J'ai failli tomber. J'ai reçu comme un coup de poing en plein visage, une bouffée d'air pur. Un excès d'oxygène. Je me ressaisis. J'avance avec difficulté, trempé jusqu'aux os. J'ai vraiment froid, si froid que j'en oublie la faim qui me torturait il y a si peu de temps. La pluie ruisselle sur mon visage. J'ouvre la bouche, je sors la langue, je la passe sur mes lèvres. Je répète plusieurs fois ce manège. J'espère étancher ma soif. Je n'ose pas porter les mains sur mon visage, car j'ai peur d'effrayer mes deux gardes du corps : ils pourraient croire à une tentative de… Je n'ai pas confiance en leur courage militaire. J'ai vu trop de leurs collègues à l'oeuvre, le 22 novembre.
Nous sommes devant le portail. Une sentinelle armée l'ouvre sur ordre de Bokassa. Nous voici devant une jeep soviétique garée à moins de deux mètres du portail. Elle est bâchée. on m'y introduit, aussitôt encadré par deux gardes en tenue de combat : casque de fer, brodequins montants, poignard. Les deux autres gardes qui m'ont conduit jusque-là s'en retournent avec Bokassa. Ils sont bien organisés ! La division du travail.
Au volant de la jeep, un militaire ou un gendarme portant l'ample vareuse sans manches des officiers de l'armée soviétique. Je commence à compter tout bas, machinalement, un, deux, trois, afin d'occuper mon esprit, d'avoir l'air détaché. Nous avançons difficilement : des flots d'eau recouvrent la chaussée, la dévalent, charriant toutes sortes de détritus, et vont se déverser dans l'Océan tout proche, de l'autre côté de la corniche qui forme une espèce de demi-cercle autour du camp. La jeep s'arrête devant un bâtiment, celui qui abrite les bureaux du Camp Boiro. Je le connais : c'est là que la nuit de mon arrestation on m'avait fait asseoir en compagnie du Dr Nanamodou Diakité.
Le chauffeur de la jeep descend et dit de façon impérative et « Attendez-moi ici ! » tout en ajustant sa trop grande vareuse qui lui descend très bas, presque jusqu'aux chevilles. Il est de petite taille. On sent à travers sa vareuse qu'il est maigre. Je l'observe attentivement : « Non, je ne le connais pas, lui non plus. » Je n'ai même pas l'impression du « déjà vu » en le regardant.
Il court à petits pas, enserré dans sa vareuse sans manches. Il franchit la dizaine de mètres qui le séparent du bâtiment. Sur la véranda, il ôte sa vareuse, la secoue, la plie et la pose sur le parapet. Il rajuste son pantalon, sa chemisette kaki à manches longues avec épaulettes : il porte des galons que je ne peux pas distinguer. Il se baisse et semble essuyer la boue qui a dû s'accrocher au bas de son pantalon kaki. Il se redresse, ajuste sa casquette kaki d'officier allemand qu'il portait sous le capuchon de sa vareuse, et d'un pas qu'il veut ferme, franchit le seuil d'une porte et disparaît à l'intérieur d'une pièce. Plus tard, je saurai qu'il s'agit de l'adjudant de gendarmerie Lénaud Faya, originaire de Kissidougou et membre de l'équipe d'hommes de main de Siaka Touré.
Au nombre de voitures garées sous la pluie, je compris que la commission était au grand complet. Quatre Mercedes 280 SE ministérielles, donc quatre ministres. A côté, la grosse voiture américaine d'Ismaël Touré, qui s'est toujours considéré comme un super ministre et n'a jamais eu le même véhicule que les autres membres du gouvernement. A côté encore, une 404 gris métallisé, sans numéro minéralogique : c'est l'une des voitures de Siaka Touré qui en possède plusieurs, la plupart du temps, confisquées à des gens aussitôt enfermés dès qu'ils ont eu l'arrogance de protester. Plus loin encore, d'autres véhicules : Peugeot, Renault, Fiat, Land-Rover.
Cinq à dix minutes plus tard, Lénaud ressort et, de la véranda, fait signe aux gardes qui m'escortent. L'un d'eux descend de la jeep et m'ordonne de descendre à mon tour. Le second me suit. Le canon d'un P.M.A.K. me pousse dans le dos. J'avance et nous voici sur la véranda. Pour marquer la solennité du moment, l'un des gardes saisit mon bras. Je sens ses doigts fermes sur mon biceps droit. L'autre me donne un coup de crosse dans les côtes : le coup ne semblait pas violent et pourtant il me fait mal. Je suis très affaibli par une semaine de jeûne complet.
L'adjudant Lénaud lance un regard de reproche au soldat qui vient de me donner un coup. Sans mot dire, il fait signe au second de me lâcher. Autour de nous, la véranda grouille de militaires, en tenue de combat, l'air martial, la mine fière. Ils me jettent des regards que je ne me préoccupe pas d'interpréter. Je me sens physiquement faible mais l'esprit clair, lucide et vif. Je suis prêt à affronter le combat dans quelques instants. Oui, je suis prêt et je suis même optimiste.
L'adjudant avance d'un pas devant moi et me fait signe de le suivre. Nous sommes dans la petite pièce dans laquelle il avait disparu tout à l'heure. Je suis en face de la commission. Enfin, voici venu le moment que j'attends depuis huit jours!

Notes
1. Premier secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères dès l'indépendance. Puis successivement secrétaire d'Etat à l'Habitat, Urbanisme, ministre du Travail, gouverneur de la région administrative de Fria, ambassadeur à Alger.
2. Mamadi Camara, ambassadeur de Guinée à Pékin, frère de Mme Loffo Camara, fusillée en janvier 1971, et beau-frère du ministre Béavogui.
3. Arrondissement de la région de Macenta dont Mamadi est originaire tout comme Béavogui.
4. Grand-frère en langue nationale malinké.
5. Ambassadeur de Guinée à Dakar puis à Paris jusqu'en 1965, date de la rupture des relations diplomatiques entre la France et la Guinée. Beau-frère de Mamadi Keita et Seydou Keita dont il a épousé la soeur aînée.
6. Une des langues nationales de la Guinée, prédominante en Guinée maritime.
7. Chaussures, chaussettes. L'intéressé a un défaut de diction qui ne lui permet pas de bien prononcer le « ch » et quand le son « so » est suivi du son « ch » cela donne chez lui le résultat que nous avons essayé de transposer.
8. En malinké « Sois gai ».
9. Comprenez « Il faut mourir. Vous êtes tous ici pour mourir. »
10. En malinké « Tes mains… »
11. Dans tous les dialogues de cet ouvrage, je laisse chaque personnage s'exprimer avec son vocabulaire et son bagage intellectuel propres.
12. Je viens de terminer ma prière du crépuscule (du maghribi).
13. Infusion que l'on donne généralement aux malades et aux convalescents, et qui a la vertu de revigorer.


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