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Mémorial Camp Boiro


Alpha Abdoulaye Diallo ‘Portos’
La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré

Paris. Calman-Lévy. 1985. 203 p.


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Les lendemains de la libération

Les premiers moments d'enthousiasme consécutif à la libération passés, la vie s'impose à nous dans toutes ses exigences et la lutte pour le quotidien pèse sur nous de tout son poids.
Si la grande majorité, la très grande majorité du peuple de Guinée, a compris tout le savant et théâtral mais parfois malhabile montage de l'histoire de la « cinquième colonne », il reste tout de même encore des irréductibles qui, par calcul, mesquinerie ou simple bêtise, sont loin d'admettre que ceux qui ont été arrêtés et qui sont morts sont innocents de tous les crimes qu'on leur a reprochés. Un jour que je discute avec une de mes connaissances, la conversation s'oriente sur un « cinquième colonne » dont la situation matérielle paraissait relativement bonne. Mon interlocuteur, oubliant ou faisant semblant d'oublier, que je suis moi-même « cinquième colonne », s'exclame :
— « Oh, lui, il est riche! Il a touché beaucoup de dollars. »
Un autre jour, c'est un autre qui me lance :
— « Ah ! ça, toi, vraiment on savait que tu étais innocent. La preuve, c'est qu'on t'a libéré… »
Nous sommes jetés à la rue plus que nous n'avons été « libérés ». Nous savons que pour le régime nous avons toujours été coupables, nous sommes et resterons « coupables ». Nous sommes l'objet d'une étroite surveillance de tous les instants. Nos faits et gestes sont fidèlement rapportés par les nombreuses polices officielles et parallèles, sans compter les agents secrets. Tous nos biens, ont été saisis : maison, plantations, véhicules, comptes en banque. Rien ne nous sera rendu. Au contraire, pour détruire certains de ces biens, on attendra notre libération. Ce sera mon cas.
Bien entendu, dès mon arrestation, les membres du bureau de mon comité accompagnés de miliciens avaient investi mon domicile. Et sous prétexte de perquisition, ils s'étaient emparés de ce qui leur plaisait. Mon épouse réussit, difficilement, à sauver quelques-uns de nos papiers les plus précieux et de ses propres effets personnels. Elle ne tarda pas à être expulsée de la maison : informée aux environs de huit heures, elle devait avoir quitté les lieux avant midi. C'était le contenu de la notification qui lui avait été faite. Elle s'exécutera, malgré son droit au logement étant du cadre B qui, dans la hiérarchie de la fonction publique guinéenne, est celui des détenteurs d'une licence. Mon épouse est titulaire d'un B.A. de chimie de l'Université de Pennsylvanie (États-Unis); malgré le fait aussi, que le logement n'était pas un logement ministériel.
Nous avions entrepris, ensemble, sur nos économies, la construction d'une villa à la Minière (arrêté d'occupation n° 1369/MDE/DO du 11 octobre 1968). Les travaux en étaient fort avancés, les deux dalles avaient été coulées et le gros œuvre déjà terminé.
Après mon arrestation, ils seront automatiquement stoppés, et le chantier saisi. On le proposera à plusieurs personnes qui hésiteront à l'acheter dès qu'elles sauront qu'il appartient à un détenu politique. Plus de deux ans après ma libération, un jour de 1983, on enverra un bulldozer et une équipe de démolition « raser la villa ». Renseignements pris auprès de Mouloukou Souleymane Touré, directeur de cabinet du ministère de l'Habitat, Urbanisme et Domaines, la maison et le terrain avaient été attribués par décret présidentiel, à l'ambassade « d'un pays ami qui avait fait procéder à la démolition ».
Les perquisitions prendront l'allure de véritables pillages, les préposés à la perquisition s'emparant de tout ce qui leur plait. Siaka Touré confisquera, à son profit, toutes les liquidités, en particulier les devises étrangères. Le capitaine Alpha Touré subtilisera les bijoux de Mme Gémayel, et s'emparera à l'aéroport même, de ceux de Mme Seibold, contenus dans une cassette qu'elle tenait à la main, au moment de son expulsion. A Dalaba on atteindra à des excès incroyables : à la recherche d'hypothétiques armes dont on dira que les « cinquième colonne » de Dalaba les y avaient cachées, on déterrera les cadavres, dont celui de l'ancien chef Thierno Oumar, mort bien avant l'indépendance, en 1948. On fouillera les tombes ainsi vidées de leur contenu macabre. Point d'armes, cependant, nulle part !
Il est nécessaire que le prisonnier politique qui vient d'être libéré se rende à l'étranger pour des soins médicaux ou simplement un bilan médical. Les hôpitaux en Guinée, malgré la compétence et le dévouement de nombre de praticiens, ne sont pas suffisamment équipés pour cela. D'ailleurs les « princes du régime » ne sont jamais soignés en Guinée : dès qu'ils tombent malades, ils sont immédiatement évacués sur l'Amérique, l'Europe ou le Maroc 1. Parfois même, leurs « petites amies » sont, elles aussi, soignées à l'extérieur aux frais, bien entendu, du contribuable guinéen. Certaines d'entre elles ont même bénéficié de généreuses bourses médicales de gouvernements étrangers pour suivre une cure d'amaigrissement !
Quand elle devra accoucher, ce n'est pas à la maternité de Donka ni à celle d'Ignace Deen, mais bien à la clinique de la Tour à Genève, que Mme Ismaël Touré se rendra ! A l'heure où j'écris ces lignes elle s'y trouve encore ! Son cas n'est pas isolé !
Tout cela ne met que davantage en relief le refus catégorique auquel le prisonnier politique sortant de Boiro se heurte pour se rendre, à ses frais, à l'étranger pour ses soins médicaux. Personnellement, et dans ce but, je demandai officiellement au chef de l'État une autorisation de sortie. Damatang Camara, président de l'Assemblée nationale populaire et secrétaire permanent du B.P.N., auquel il m'avait renvoyé, me dit :
— « Le chef de l'État est d'accord pour tes soins à l'extérieur. Il sait que tu es malade, mais il m'a chargé de te trouver un pays où on t'enverra. Il m'a dit qu'il n'est pas normal que tu voyages à tes frais, que c'est au gouvernement de te prendre en charge, car tu es un haut cadre de l'État ! »
Façon habile et ironique de m'opposer, sans le dire, une réponse négative et ce regain d'intérêt pour un « cinquième colonne » récemment libéré intriguera ceux qui en seront informés. J'attendrai vainement près de vingt mois la concrétisation de cet accord : je reverrai encore deux ou trois fois le chef de l'État, et un nombre incalculable de fois le président de l'Assemblée nationale, qui me dira toujours être en négociations avec tel ou tel ambassadeur étranger. Le vendredi matin précédant mon départ, notre entretien ne sera pas bien long :
— « La R.D.A. est d'accord pour te prendre, me dit-il, Dieng Bonata 2, à qui j'ai confié le dossier, m'a dit ce matin que le nécessaire est fait. Je pense que tu pourras voyager incessamment. Reviens me voir… mardi. »
En sortant de son bureau, je tente de voir Dieng Bonata.
— « Il est absent, me dit un de ses collaborateurs.
— A quelle heure sera-t-il là ?
— Je ne sais pas monsieur. Il est parti à Moscou depuis une semaine et pour un mois… »
C'était on ne peut plus clair !

Août à Conakry

Août à Conakry, c'est le cœur de l'hivernage avec ses trombes d'eau ininterrompues, des heures sinon des jours entiers ! Spectacle inouï, spectacle fascinant et qui m'a toujours obsédé ! Des quantités incroyables d'eau tombent du ciel, tambourinant sur la tôle ondulée des toits en un rythme monotone et continu.
L'eau bienfaitrice nettoie le feuillage des arbres qui en paraissent encore plus verts. Des enfants, insouciants et nus, courent en tous sens, de-ci, de-là, en grappes entières, s'interpellant à haute voix, criant, chantant, dansant et improvisant des jeux, au rythme de la pluie, aussi infatigables qu'elle.
La nature semble régénérer et chercher un souffle nouveau. Elle dégage une odeur fine, particulière, spécifique de la terre rouge de cette haute banlieue, aujourd'hui appelée Conakry III, une odeur à laquelle se mêle le parfum de toutes les essences végétales et qui a le don de griser celui dont l'odorat exercé peut le percevoir. Parfum de mon enfance ! Parfum d'insouciance !
Par endroits, la pluie roule en véritable cours d'eau, charriant des quantités incroyables d'ordures ménagères, d'immondices de toutes sortes, qui encombrent les rues de la capitale. Les petites maisons basses des vieux quartiers de la ville, du temps de « Gomina Ballay » 3 semblent comme affaissées, implorant une trêve à la chute de la pluie, avec leurs toits de vieilles tôles retenues par de grosses pierres, de vieux pneus ou des jantes de véhicules qui trouvent là un usage inattendu.
Alors qu'on s'attend à les voir s'effondrer sous l'action impétueuse de tant d'eau, elles résisteront pourtant, comme elles résistent déjà depuis des hivernages et des hivernages! Tout juste, parfois, un pan de mur de terre rouge s'effondre-t-il, remplacé aussitôt par d'épaisses nattes appelées fôkà et attachées à des pieux qui soutiennent le toit !
Faute d'entretien, les gros tuyaux des toilettes publiques construites dans les années 1950 par le gouverneur de la Guinée française, Roland Pré, ont éclaté, laissant s'écouler dans les rues avoisinantes des eaux douteuses, chargées d'excréments humains et de toutes sortes de détritus.
Les rues de la capitale, déjà en fort piteux état, trouées d'énormes ornières parfois visibles, parfois recouvertes d'une eau boueuse particulièrement sale, se sont encore détériorées, ravinées sous l'effet des fortes précipitations.
Assis au balcon de la villa que mon épouse a eu la force et le courage de construire pendant mes années de prison 4, je contemple à la fois cette pluie qui tombe en gouttes épaisses, donnant l'impression de ne jamais pouvoir s'arrêter, ces enfants qui jouent, heureux et insouciants et cette nature verdoyante, témoin de tant de saisons des pluies !

Depuis plus de deux ans que l'on m'a « jeté » hors de Boiro, l'avenir me semble toujours sombre, plus incertain que jamais. Les raisons qui ont fait que j'ai été arrêté en 1971 n'ont pas disparu mais bien au contraire, se sont renforcées d'une circonstance aggravante : je suis catalogué « cinquième colonne », de la catégorie de ceux qui ont refusé de mourir, donc ennemis jurés du régime. «

L'ennemi d'hier est l'ennemi d'aujourd'hui, l'ennemi de demain… » Et la consigne reste permanente de « liquider à la moindre difficulté, tous les ennemis du régime… » c'est-à-dire tous les « cinquième colonne »… « avant même de se retourner contre les attaquants… ».
Tout m'amène donc à conclure que je suis en situation de plus grave insécurité qu'en 1971, dans ma semi-liberté et surtout dans ma vie. J'imagine facilement le nouveau scénario à la lumière de mon expérience du régime, de mon expérience de la prison politique guinéenne, de mon expérience de l'après-Boiro. Au moindre événement, à la moindre occasion politique favorable, Sékou Touré prendra la parole devant le C.N.R. spécialement réuni : « Il a trempé dans l'agression impérialiste du 22 novembre 1970 contre notre souveraineté nationale. Je le lui ai pardonné et je l'ai libéré, contre le gré du Peuple. Cette fois-ci, je jure sur la Révolution qu'il paiera… il paiera très cher sa forfaiture! » Et je disparaîtrai à jamais!
J'ai donc pris, non sans difficulté, non sans déchirement, la décision légitime de quitter ce pays mien, si cher et auquel je suis attaché par toutes les fibres de ma sensibilité, de mon affection. Je l'aime, ce pays, dans toutes ses composantes ethniques, dans sa culture si variée et donc si riche, dans sa diversité géographique, et je me sens profondément lié à son peuple, à tout son peuple dans la misère politique, morale et matérielle qui lui a été imposée par le régime de Sékou Touré.
Ma décision prise, je me sens soulagé et abattu en même temps, heureux et triste à la fois. Toujours ces sentiments contradictoires qui m'habitent depuis mon séjour à Boiro ! Il ne me reste plus qu'à convaincre Aïcha, mon épouse. Chose relativement aisée. Des années avant mon arrestation, elle avait toujours tenté de me persuader que j'étais une victime potentielle et facile de ce régime et que, tôt ou tard, il me ferait disparaître. Déjà au « complot Petit Touré » en 1965, elle me le disait ! Depuis et jusqu'à mon arrestation, elle n'a cessé de me le répéter. Les femmes ont une intuition qui leur fait sentir, longtemps à l'avance, le danger qui pointe. Et elles ont toujours semblé mieux connaitre le régime guinéen que les hommes ! Ce n'est pas pour rien que celui-ci les craint davantage !
Plus dure sera l'organisation pratique de mon départ ! Je ne peux partir seul en abandonnant mon épouse : d'avance, je sais ce qui l'attendrait. Mais comment trouver un convoyeur qui puisse « assurer » notre traversée ? En Guinée, comme dans tout régime policier, on ne sait jamais qui est qui. Et la moindre indiscrétion serait grave de conséquences funestes.
J'envisage notre départ sans autre précision avant le sommet de l'O.U.A. qui doit avoir lieu, en principe, au mois de mai 1984 : je dispose donc de huit mois à peu près pour tout organiser.

Mardi 20 septembre 1983

Sory 6 est un ami de longue date : nous avons grandi ensemble et avons toujours eu confiance l'un en l'autre. Un peu plus jeune que moi, il a une solide expérience de notre pays et surtout de la révolution guinéenne qui lui a arraché bon nombre de parents et d'amis : il ne la porte pas dans son cœur !
D'une haute culture coranique, versé dans les « ramblis », ces espèces de calculs de probabilité que l'on apprend à l'école coranique et qui permettent de prédire l'avenir, il passe pour un voyant. A cela, il allie une solide, une grande expérience pratique, un bon sens au-dessus du commun, une ruse et une méfiance à peine perceptibles héritées de son ascendance paysanne. Sory, d'un abord facile et sympathique, se dit — et on le dit — « trafiquant ». Il a le bras long, sait trouver l'introuvable dans Conakry, a des relations étroites avec tous les milieux, des plus bas et des plus louches jusqu'aux plus hauts ; il sait ce qui se trame partout et arrive à se tirer des situations les plus invraisemblables, les plus embarrassantes.
C'est pour toutes ces raisons que ses ennemis disent méchamment de lui que c'est un espion du régime, point de vue que je n'ai jamais partagé.
Il a toujours été de ceux qui n'ont jamais cessé de m'exhorter à m'en aller, car, m'expliquait-il, le pouvoir en Guinée n'aime pas les intellectuels et ne reculera devant aucun mensonge, aucun crime pour les faire disparaître.
A ma libération, il est revenu à la charge :
—« Tu ne dois rester dans ce pays, me dit-il, que le temps d'endormir la vigilance du régime et de ses flics… Deux ans, maximum trois. Autrement… »
Ce mardi 20 septembre 1983, il est venu me rendre visite alors qu'il y a plus d'un mois que nous ne nous étions pas vus. Il m'a invité à faire un tour avec lui dans sa voiture. L'air préoccupé, il semble avoir un problème.
— « Il faut que tu quittes immédiatement la Guinée, me dit-il, si tu es toujours d'accord…
— Oui, je suis toujours d'accord. J'ai même pris contact, il y a à peu près un mois, avec quelqu'un qui promet de me faire traverser 7. Il y a seulement quelques problèmes… mais je pense que d'ici le sommet de l'O.U.A…
— C'est trop loin. Il faut que tu partes maintenant. »
Je m'étonne et riposte :
— « Tout de même il n'y a pas péril en la demeure 8. Il faut que je règle quelques problèmes avant de partir.
— Non ! Non ! tu n'as pas le temps, reprend Sory. Abandonne tout ce que tu as, et qui n'est pas grand-chose, pour sauver ta vie. Ce qu'on t'a pris en 1971 est beaucoup plus important que ce qu'on pourrait te prendre maintenant que tu n'as rien, surtout qu'on a rasé ta maison de la Minière… »
Je suis intrigué par ce discours pressant, tout à fait inattendu. Sory poursuit :
— « Je ne veux pas t'effrayer, mais je dois te dire qu'il y a un bouquin qui vient de paraître sur la mort de Telli. Il est du jeune homme dont on s'est servi pour l'arrêter, un certain Diallo Amadou. Je ne l'ai pas lu mais je me le suis procuré pour que tu le lises… Tu me le rendras demain matin. »
Il me tend effectivement un livre sur la couverture duquel je lis en gros caractères rouges La Mort de Diallo Telli 9. L'auteur est Diallo Amadou. Pendant que je le feuillette, Sory continue à parler.
— « On m'a dit qu'il parle de toi et du rôle que tu as joué pendant l'agression pour cacher Al Capone. Je me demande pourquoi, si ce n'est pour te faire liquider. C'est ta condamnation définitive car Al n'aime pas qu'on sache que quelqu'un l'a jamais aidé. Surtout, il dira que c'est toi qui as raconté cette histoire pour l'humilier et en tirer gloriole, alors que tout le monde la connaît depuis longtemps… »
Sory poursuit, un petit sourire aux lèvres :
— « Il paraît que ce bouquin se trouvait partout à Dakar, à l'aéroport, dans les kiosques, quand Al est arrivé là-bas. Il en est revenu malade. Selon ses intimes, il est resté alité pendant une semaine et n'a reçu personne pendant ce temps. Tu te rends compte ! Maintenant il est coincé lui aussi, sinon il aurait déjà inventé un complot financé par Abdou Diouf et non plus par Senghor ou le “Vieux” 10. »
Je serre le livre un peu au-dessus de mon aisselle, sous ma chemise-veste, entre mon tricot de corps et la ceinture de mon pantalon.
— « Tu comprends pourquoi il faut que tu partes immédiatement…
— Oui, mais il faut tout de même que je m'organise. Il ne faut pas, non plus, céder à la panique, se précipiter au point de tout compromettre…
— Demain, tu me diras, après avoir lu le bouquin, si tu es d'accord et si tu veux que j'organise votre départ, à Aïcha et à toi, car tu ne peux pas la laisser derrière toi. Pendant tes dix ans d'absence elle « leur » a toujours opposé une résistance constante et digne. Ils ne seraient que trop heureux de trouver un prétexte pour la faire disparaître. »
Sory s'interrompt, semblant méditer tout en conduisant. Nous sommes sur l'autoroute et nous arrivons au feu rouge du Pont des Pendus, le pont de la honte, où on pouvait lire en grosses lettres « Autoroute Fidel Castro Ruz. Route infinie de l'Histoire », inscription que depuis le sommet de la C.E.D.E.A.O. à Conakry, au mois de mai, on a fait disparaître, en passant dessus une couche de peinture, sous les yeux indignés et frustrés des Cubains qui habitent à un pas de là, dans un immeuble saisi 11.
Sory reprend, alors que le feu passe au vert :
— « Si tu es d'accord et si tu me fais confiance… »
Je proteste :
— « Comment peux-tu dire cela ? Tu sais que je te…
— Oui, je sais, ne te formalise pas. C'est ainsi qu'on parle en soussou. Si tu es donc d'accord, devant Dieu et devant les hommes, je prendrai entièrement la responsabilité de votre traversée à Aïcha et toi. Je ne négligerai aucun détail, je ne commettrai aucune erreur. Je prendrai toutes les précautions. Tu ne sauras même pas qui va vous transporter et lui, non plus, ne saura pas qui il transporte.
— Non, il faut que lui, au moins, sache qui il transporte, pour qu'il prenne ses responsabilités en toute connaissance de cause…
— Ne sois pas naïf, reprend Sory, tu ne trouveras personne en Guinée qui accepte de te faire traverser, s'il sait qui tu es. Autant renoncer dès maintenant. Laisse-moi faire et j'organiserai le tout. En aucun cas, il ne doit savoir qui tu es, avant la traversée de la frontière. De plus, tu ne connaîtras la date de ton départ qu'à la dernière minute.
— Mais comment… » J'essaie d'interrompre mon ami mais il ne fait pas attention et continue :
— « Nous déterminerons une période durant laquelle le départ pourrait avoir lieu à tout moment. Demain, quand tu auras lu le bouquin, si tu me donnes ton accord définitif, il faudra t'attendre à partir a compter du dimanche. Tu attendras ma commission chaque matin jusqu'à 11 heures. Je t'enverrai un enfant te prévenir…
— Tu prends vraiment beaucoup de précautions…
— Il en faut. Tu sais ce que nous risquons si nous échouons. »
Encore une question :
— Quelle somme faut-il prévoir pour le transporteur?
— Pour vous deux, il faut compter soixante mille sylis 12. Tu sais, il faut “acheter la route” … »
Tout le long de la route, il y a en effet de nombreux barrages. En principe, à l'entrée de chaque ville, il y en a trois : un de la police, un de la gendarmerie, et un de la milice, sans compter parfois un barrage de la douane. Il y en a autant à la sortie et on en trouve aussi dans les localités intermédiaires. A chacun de ces barrages, on vérifie l'identité des voyageurs et la cargaison transportée. En réalité, gendarmes, policiers et miliciens se contentent de percevoir un certain pourboire appelé ici borè sarè 13 qui tient lieu de « pièce d'identité » et évite toutes sortes de tracasseries inutiles et vexatoires à qui le verse volontiers. C'est cela, “acheter la route”…
Certains grands commerçants « s'abonnent à la route » de façon régulière sur le parcours qu'empruntent leurs véhicules. On m'a affirmé qu'il en coûterait trois cent mille francs C.F.A. pour la cargaison d'un camion poids lourd, de Dakar à Labé.

Mercredi 21 septembre 1983

Nous sommes définitivement d'accord, Sory et moi, qu'il faut que nous ayons traversé la frontière, ma femme et moi, avant la rentrée des classes. Le prétexte à notre absence de quelques jours, le temps de nous rendre dans l'un des pays voisins, sera que nous nous rendons à Labé pour présenter des condoléances. Il est convenu que je m'habillerai en marabout 14 avec turban, grand boubou, chapelet et des chaussures Pataugas dans le cas où nous aurions à marcher à travers la brousse.
Après avoir discuté avec moi de quelques autres questions pratiques, Sory ajoute :
— « Je dirai au convoyeur que tu as perdu un grand frère extrêmement riche : tu dois aller dans les meilleurs délais présenter tes condoléances, mettre de l'ordre dans ses affaires et éviter que son épouse, une étrangère, ne dilapide ses biens. Comme tu es fonctionnaire, tu ne peux pas attendre l'accomplissement des formalités administratives, qui sont longues pour la sortie. Tu es pressé, il faut que tu sois de retour dans les meilleurs délais. Je crois que c'est un bon prétexte…
— Oui, je le pense.
— De toute façon, il s'en “foutra” pas mal, si nous le payons comme il faut. Ces gens vivent continuellement dans l'illégalité. Crois-moi, dans ce pays, aujourd'hui, ce qui est difficile c'est de respecter la loi. C'est le pouvoir même qui donne l'exemple. Avec l'argent, on peut tout obtenir ici, et pour vous sauver, ta femme et toi, même si nous devions sacrifier une fortune, il faudrait le faire… »
Les jours suivants, je me suis efforcé de ne rien changer à mes habitudes. J'ai prévenu mes proches que je devais aller à Labé avec mon épouse pour des condoléances.
Tous les matins, je dépose normalement Aïcha à son école 15. Elle tient à préparer la rentrée scolaire dans les meilleures conditions et ne veut pas que les enfants souffrent de son départ. Elle procède à leur répartition entre les différentes classes et met au point les emplois du temps. Elle met la dernière main aux dossiers et prévient son directeur des études qu'elle va s'absenter quelques jours.

Mercredi 28 septembre 1983 : le départ

C'est aujourd'hui l'anniversaire du référendum de 1958. Alors qu'aux premiers temps de l'indépendance cet anniversaire était fêté avec beaucoup de faste, aujourd'hui il est presque oublié. Nulle réjouissance populaire, nulle fête. Aucune commémoration : même les habituels meetings populaires semblent de lointains souvenirs. Tout juste, à la radio et à la télévision, un rappel de l'événement.
Alors que je m'occupe du mieux que je peux, un adolescent se présente à moi :
— « Mba na khè… 16. Mon père dit… » Je connais la suite… Mon coeur bondit : c'est le moment. Je lui pose tout de même la question :
— « I khili di ? (Comment t'appelles-tu ?)
— Zélani… »
C'est bien cela le nom convenu. Aïcha… Elle est déjà prête. Je le suis aussi. Nos sacs, cinq minutes à peine se sont écoulées. A l'ombre d'un manguier, est garé un grand camion avec son chargement de matériel et d'hommes. Un jeune homme nous accueille. Il prend nos sacs. Nous montons. Le chauffeur tourne la clé de contact, donne un coup d'accélérateur, enclenche la première et le véhicule, lourdement chargé, démarre. Je jette un coup d'œil à ma montre : il est onze heures cinquante-sept.
Un long coup de sifflet strident troue l'atmosphère, me faisant sursauter. Que se passe-t-il ? Il n'y a pourtant aucun barrage. Nous sommes à Matoto, à [moins de cinq] quelques kilomètres de notre point de départ. Le camion roule encore quelques mètres et vient se garer sur le bas-côté de la route.
J'aperçois, derrière nous, deux motards en tenue assis sur leurs motos et discutant nonchalamment. C'est l'un d'eux qui vient de siffler. Le chauffeur apprête ses papiers, glisse des billets de cinquante sylis dans son permis tout en commentant à notre intention, en soussou :
— « Ces fainéants croient que les chauffeurs de camion sont gouverneurs de la banque centrale. Ils nous rançonnent littéralement et si nous ne leur donnons pas le prix de la sauce, ils nous garderont des heures et nous créeront toutes sortes de problèmes… »
Il descend en courant à petits pas, s'approche des motards, leur tend ses papiers. L'un deux tire les billets et sans mêmes faire semblant d'examiner les papiers, les lui rend au milieu d'éclats de voix, d'éclats de rire.
Nous l'entendons distinctement dire :
— « Toi, tu sais y faire. On voit que tu es pressé. Tu es vraiment quelqu'un… »
Le camion repart. Le chauffeur se dispute avec quelqu'un que nous ne voyons pas qui est assis sur le toit de la cabine et dont les pieds sont visibles en haut du pare-brise. Le ronronnement puissant du moteur couvre sa voix. Il semble s'être tu, mais le chauffeur continue, apparemment fâché, vexé.
— « Tu exagères, maugrée-t-il en un soliloque bien audible. Pour qui tu te prends. Avant que tu ne saches ce que c'est qu'un véhicule, moi j'avais déjà mon permis poids lourd et transport en commun. Et ce n'est pas un permis acheté, crois-moi. C'était du « temps des Blancs ». A l'époque il fallait du mérite pour être chauffeur… ce n'est pas comme maintenant… »
Il marque un temps d'arrêt, sort une cigarette d'un paquet enfoui dans la poche de sa chemisette sale, tachée d'huile. Il l'allume tout en conduisant, tire une bouffée et semble s'être un peu calmé. Nous dépassons la station d'enrobage de goudron des T.P., l'usine E.N.T.A., la bifurcation qui va vers Sonfonia et son usine de meubles.
Au loin, nous apercevons deux motards assis sur leurs motos, sur le bas-côté droit de la route, sous un flamboyant fleuri. Le chauffeur, à leur vue, fait perdre de la vitesse à son véhicule qui roule à allure très raisonnable. Les motards font semblant de ne pas nous voir, nous laissent passer et brusquement nous entendons, surpris, un long coup de sifflet. Le chauffeur qui s'y attendait gare doucement son véhicule, en contrebas de la chaussée, en descend et, rancunier, lance à l'adresse de l'homme assis sur le toit de la cabine :
— « Va les voir, maintenant. Moi, je n'irai pas. C'est toi le propriétaire…
— Tu iras, je te paie pour ça, répond l'homme…
— Tu peux reprendre ton véhicule à la minute même… »
Discussions animées entre eux. Des passagers s'en mêlent, essaient de calmer l'un et l'autre, et font remarquer qu'il fait chaud, le soleil est à son zénith. Les motards eux, sûrs de leur affaire, ne bougent pas, ne se préoccupent ni du véhicule ni de son chargement, font mine de les ignorer. Finalement un compromis est trouvé. Le chauffeur remonte dans son camion, prend ses papiers et se dirige vers les motards.
L'attente sera plus longue au barrage de Lansanaya, un peu avant la bifurcation qui va vers la cimenterie. Deux autres véhicules attendaient déjà. Le chauffeur et le propriétaire s'introduisent dans le bureau du chef de poste. Ils n'en ressortiront qu'au bout d'un long moment. Nous passerons là plus d'une demi-heure.
Alors que certains passagers descendent du véhicule, pour se détendre et se dégourdir les jambes, nous restons à notre place, Aïcha et moi. J'avais force crainte d'être reconnu par un des gendarmes. C'est que souvent ceux qui sont de service ont servi au bloc du camp Boiro pendant les années que j'y ai passées. Bien que nous soyons en territoire guinéen, il paraîtrait anormal et suspect de me voir en si inhabituel équipage. L'homme assis sur le toit de la cabine, appelons-le désormais Sylla, revient accompagné du chauffeur qui s'installe derrière son volant et nous démarrons. Bientôt, nous nous trouvons en face du barrage du kilomètre 36 : deux pieux de chaque côté de la route, un fût posé au milieu de la chaussée, et deux gaules placées sur le fût, le reliant à chaque pieu en travers de la chaussée. La nouvelle « négociation » semble se conclure assez rapidement. Il est déjà près de seize heures et cependant nous n'avons même pas parcouru trente kilomètres.
Nous nous traînons des journées entières, sur cette route qui s'étire sans fin. Nous sommes, toujours et continuellement, en butte à des barrages dont le nombre est si impressionnant qu'il faut s'armer d'une longue patience, d'une solide volonté et avoir de bonnes raisons pour entreprendre une telle randonnée à travers la Guinée. Et pourtant, à ce qu'il paraît, leur nombre a beaucoup diminué, conséquence de l'affaire des femmes (août 1977) !
Depuis longtemps déjà, la route goudronnée a cédé la place à des pistes de terre battue, parfois à peine tracées, détrempées et devenues par endroits de véritables champs de boue, dans lesquels, à tout moment, le camion risque de s'embourber. Il faut descendre, chercher des pierres, couper des branchages, des arbustes que l'on place sur le poto-poto 17, juste devant les roues tel un double tapis sur lequel le camion ahane péniblement, ronfle puissamment, se cabre, cahote, recule, avance, recule encore, pour se sortir finalement du bourbier, sous la tenace volonté du chauffeur agrippé, de toutes ses forces, à son volant.
Puis nouveaux horizons, nouveau paysage : on ne distingue plus de pistes. Le sol semble formé de carapaces épaisses, dures et imperméables, sur lesquelles stagnent, par endroits, d'importantes mares d'eau consécutives aux pluies. C'est la région des boowe 18 jonchées par-ci, par-là, de rochers avec une maigre végétation herbacée. Il faut d'énormes ressources d'intelligence, de ruse, d'habileté, d'expérience pour faire avancer le camion.
La nuit, il faut dormir à la belle étoile, en pleine brousse, sous le camion, dans la cabine, sur le bas-côté de la route, en un lit de branchages parfois, le plus souvent à même le sol. La pluie vient quelquefois nous rappeler que nous sommes encore en hivernage, et nous réveille en sursaut, nous oblige à nous agglutiner à moitié trempés qui, dans la cabine, qui, sur la plate-forme dont on déploie, alors, hâtivement, la bâche.
Je suis malheureux pour mon épouse. Elle fait front, pourtant, avec courage, refusant de s'abandonner à un vain désespoir, à d'inutiles lamentations. Elle trouve même la force de plaisanter avec les autres passagers, de rire avec eux, de s'occuper de leurs bébés, car il y en avait aussi dans cette équipée. Ils nous ont adoptés eux aussi, ces passagers de rencontre, hommes et femmes simples, nous entourant de mille petites gentillesses, d'un amical respect. Avec mon chapelet et ma tenue, je suis devenu « el hadj » 19 et ma femme est devenue hadja. Notre petite communauté est, en raccourci, l'image même de la Guinée : originaires de la Guinée maritime, de la Moyenne Guinée, de la Haute Guinée, de la ForÍt, réunis en une harmonieuse entente. Tous, comme mon épouse et moi, j'en suis sûr, vont, pour une raison ou une autre, à la recherche d'un espoir qui se situerait de l'autre côté de la frontière.

La frontière

Au soir du cinquième jour, le dimanche 2 octobre, Sylla qui est au volant, tournant légèrement la tête vers mon épouse et moi, nous signale :
— « Nous sommes à moins de cinq kilomètres de la frontière. Ce sera le dernier barrage… »
Et, devinant certainement ma légère angoisse, il ajoute
— « Il n'y aura aucun problème "incha Allahou" Je les connais bien, nous avons l'habitude de travailler avec « eux ». "Ils" ne nous demanderont aucun papier mais au cas où "ils" en demanderaient, vous n'auriez qu'à prendre les miens… »
Nous y sommes enfin. De chaque côté de l'étroite piste bordée d'arbres, de hautes herbes, deux pieux comme nous en avons souvent vu le long de ce périple, et en travers, une gaule attachée à ces pieux. En contrebas, sur la gauche, deux hommes en treillis, l'un assis sur un petit rocher, l'autre par terre, à l'ombre d'arbres géants. Derrière encore, un autre debout près d'une petite cabine.
Sylla prend les différents papiers du véhicule dans le coffre de la cabine, en descend prestement, sa veste à la main, appelle le chauffeur, lui dit quelque chose à l'oreille et, tout à fait décontracté, lance, en kissien 20, à l'adresse de ces hommes, un grand salut ponctué d'un large geste et d'un rire éclatant et sonore. Ceux-ci qui l'ont reconnu, à leur tour, viennent à lui avec des sourires largement épanouis. Ils se saluent, plaisantent avec force tapes dans le dos, éclats de rire sonores. La scène dure quelques minutes pendant lesquelles tout le monde est silencieux dans le camion, chacun attendant impatiemment l'issue de ces nouvelles négociations et redoutant une réaction inattendue de ces hommes qui semblent tenir dans leurs mains le destin de la poursuite de ce voyage.
Sylla présente alors les pièces du véhicule à l'un d'eux, manifestement le chef. Subrepticement, il lui glisse, en même temps, un paquet que celui-ci se met à examiner, ne se préoccupant plus guère des pièces du véhicule. Tout en observant attentivement la scène, je fais semblant d'être profondément absorbé à égrener mon chapelet.
Apparemment le chef n'est pas satisfait. Il marmonne quelque chose que je n'arrive pas à capter. L'un des hommes se détache du petit groupe en déclarant à l'adresse de Sylla :
— « Qu'est-ce que tu veux que nous va fait? Si tu ne veux pas nous nyakorodia il faut que nous contrôle cartes danté tous les ton passassés, ben tant pis. C'est notre la dewar 21. » Il hausse les épaules et commence à s'éloigner du petit groupe.
Sylla le rattrapant par le bras le tire vers lui, et, faisant semblant d'être fâché, dit, à son tour, à voix haute et d'un ton qui n'admet aucune réplique :
— « Je suis la carte d'identité de tous mes passagers… »
Et, d'un geste vif, il remet encore au chef un second paquet et un troisième. Les visages de ces hommes se détendent, s'éclairent alors. Ils manifestent bruyamment leur satisfaction, font des garde-à-vous à Sylla, lui décochant des “fama22 par-ci, "patron" par-là. Chacun respire dans le camion. Sylla remonte dans la cabine, s'installe au volant et mettant le moteur en marche, lance :
— « Je reviens dans une semaine. Je repasserai par ici. »
Le chef de poste répond :
— « Prêt pour la Révolution!
— Prêt ! reprend Sylla. »
L'un des hommes détache la corde, lève la gaule du frêle barrage, et le camion se lance à l'assaut de nouveaux horizons. Il est seize heures vingt, ce dimanche 2 octobre 1983, jour anniversaire de la proclamation de l'indépendance de la république de Guinée.

L'exil

Après quelque temps, Sylla rompt le silence :
— « Nous avons définitivement quitté le sol de la Guinée. » dit-il
Il parle, donne des détails. Mais je ne l'entends plus. Pour moi, le franchissement de cette frontière signifie l'exil, le difficile et terrible exil à un âge où j'aurais dû penser à ma retraite plutôt qu'à refaire ma vie. Et pourtant aucun autre choix ne s'offre à moi. Derrière moi, c'est le gouffre, la certitude de la liquidation à terme très rapproché. Devant moi, c'est l'incertitude, la terrible incertitude de l'exil. Le poète a raison qui a écrit quelque part « L'exil est impie. N'exilons personne » 24
En un kaléidoscope rapide, je remonte, en un déchirement prolongé, le cours de mes illusions : la Guinée libre, son peuple vivant en une démocratie vraie et non de façade, la Guinée respectueuse de la liberté et des droits fondamentaux de ses citoyens, la Guinée rompant l'étau du sous-développement, unie à tous les pays voisins en uii creuset harmonieux base de l'unité africaine.
J'apprendrai par la suite que le même jour, ce dimanche 2 octobre 1983, alors que je franchissais la frontière, Sékou Touré s'envolait de Conakry à destination de Vittel, pour le sommet franco-africain, objet de ses critiques constantes et dont le rejet systématique avait toujours été l'un des piliers de sa politique.
Il y sera accueilli en grand homme d'Etat, en grand sage de l'Afrique, comme il est accueilli, salué, aujourd'hui en Afrique, au Moyen-Orient arabe, en Occident en général et en France en particulier ! C'est le second assassinat de tous ces hommes sacrifiés parce que de formation française, parce que préconisant le rapprochement avec la France, avec les différents pays africains notamment la Côte-d'Ivoire et le Sénégal, parce que adeptes réputés de l'Islam.
Alors que ce dimanche, je remontais péniblement le cours de mes illusions, Sékou Touré, lui, marchant sur des monceaux de cadavres, remontait le cours de son action politique de ces vingt-cinq dernières années. Pour moi, c'est la désillusion, pour lui, c'est le reniement !
N'entendant plus ni le ronronnement continu du moteur du camion ni la conversation qui s'instaure entre Sylla et mon épouse, je suis tout à mes pensées. Une idée fixe, résumée en une question unique, m'obsède, me hante et me hantera toujours : pourquoi, pourquoi donc tout ce lamentable et tragique gâchis humain ?
Et ce jour-là, comme cela m'est arrivé bien souvent, mais de façon plus aiguë, j'ai mal, j'ai terriblement mal à la Guinée !

Encore un mot !

En traversant la frontière guinéenne, sans sa bénédiction, j'avais bien conscience de lancer un défi à Sékou Touré, un véritable camouflet, disait mon ami Sory. Et connaissant l'homme et ses méthodes comme je les connaissais, je savais bien qu'il allait tenter, d'une façon ou d'une autre, de me réduire au silence, car, lui aussi, me connaissant comme il me connaissait, il savait que je témoignerais. Et dès qu'il sera informé de notre présence au Sénégal, à mon épouse et à moi-même, il enverra à notre suite, dans un but que vous imaginez facilement, un milicien formé à Cuba, Michael Souaré, ancien responsable national de la milice populaire et originaire de la région administrative de Mali (en Guinée). Celui-ci, malgré les mille précautions que nous prenions, retrouvera notre logement dans l'île de Gorée 25 où il n'arrivera cependant que le 9 décembre 1983, quelques heures après mon départ du Sénégal. Ma première précaution à Genève sera d'enregistrer « en vrac » tout mon témoignage et d'en confier les bandes magnétiques à des personnes de confiance pour le cas où « il m'arriverait quelque chose ». Après quoi, je commencerai aussitôt la rédaction de mon manuscrit que je venais de terminer quand me surprendra la fulgurante nouvelle de la mort de Sékou Touré et celle, réconfortante, du renversement de son régime.

La mort de Sékou Touré : 26 mars 1984

— « Won ma mangè bara lakharaya (en soussou : notre chef est mort) »…
La nouvelle m'a frappé comme un coup de poing. J'étais à moitié endormi : elle m'a complètement réveillé. Je savais, certes, de qui il s'agissait : en Guinée, nous n'avons qu'un seul chef mais je voulais en avoir le cœur net :
— « Mangè mundun ? (en soussou : quel chef ?), ai-je demandé, une certaine émotion dans la voix.
— Sékou Touré… »
Je me suis senti brusquement, profondément soulagé et je le confesse, à ma très grande honte de croyant, empli d'une joie réelle. En un instant, toutes ces années de misère, ces crimes indicibles, ces êtres sacrifiés inutilement, cette économie en complète dérive, ont défilé sous mes yeux. Mais, aussitôt, ces premiers sentiments se sont doublés d'un doute rapide, fugace : est-il possible qu'il soit réellement mort ? Comme tous les Guinéens en effet, j'ai fini par croire que même la mort ne voulait pas de cet être complexe et imprévisible, cruel et sans scrupule. Mais la nouvelle s'est confirmée et à la place du doute, j'ai éprouvé un sentiment de frustration : Sékou Touré est mort sans avoir eu à s'expliquer devant le peuple 26 ! Il est mort de sa belle mort, pratiquement dans son lit, en laissant une Guinée démunie noyée dans la misère et dont le peuple en est arrivé, bien souvent, à regretter l'ère coloniale ! Je me suis senti frustré aussi, car j'aurais voulu parler, j'aurais voulu que cet ouvrage fût publié de son vivant, j'aurais voulu… Son héritage est lourd à assumer et, pourtant, il faut l'assumer; partir du chaos des réalités de ce pays en sous-développement constant qu'il nous lègue, s'efforcer de comprendre ce qui y a conduit, pour mieux envisager les conditions d'un avenir de bonheur.

Une évolution prévisible

Le trop grand enthousiasme qui a suivi les lendemains de l'indépendance, a conduit le peuple, tout le peuple à s'abandonner à Sékou Touré, salué alors par l'Afrique et le monde progressiste comme un homme-miracle, un homme providentiel. Ses opposants de longue date, principalement Barry Diawadou et Barry III, dans le même mouvement d'enthousiasme patriotique sans avoir approfondi l'analyse de la situation politique, « saborderont » leurs partis et se livreront à lui pieds et poings liés. C'était une faute politique grave pour l'évolution démocratique ultérieure de la Guinée, grave pour eux sur le plan personnel ! Ils la paieront de leur vie !
Sékou Touré, très pénétré de la psychologie des masses africaines en général, et guinéennes en particulier, affermira son pouvoir chaque jour davantage, en chantant, avec son charisme et sa démagogie habituels, tout ce que le peuple voulait bien entendre : l'indépendance, la liberté, la dignité et l'unité africaines, la réhabilitation de la culture africaine, la justice sociale, l'égalité, le développement économique non capitaliste, la suppression de l'impôt, l'amélioration du niveau de vie des masses, la lutte anti-impérialiste, etc., alors que, sur le plan de l'action politique quotidienne, il n'en tiendra aucun compte !
Et pourtant, l'évolution politique dramatique qu'a connue la Guinée et qui a conduit à ce pouvoir personnel, sanguinaire, était inscrite dans le tempérament de cet homme ombrageux, soupçonneux, rusé, habile, fin psychologue, au caractère dominateur, passionné et haineux, dépourvu de tout. scrupule, assoiffé de pouvoir, « son pouvoir », autant qu'aveuglé par lui, et pour qui la liberté, la vie d'un être humain n'a de signification, d'importance qu'au regard de ses objectifs personnels !
Cette évolution était inscrite aussi dans les émeutes organisées avant l'indépendance, par ce redoutable animal politique à l'intelligence vive, aux réflexes politiques rapides, qui ne reculait devant aucune ignominie, aucune infamie, aucun crime, qui se voulait un géant de l'histoire universelle mais qui n'y trouvera de place que dans la galerie des maudits, à côté des Néron, Hitler, Mussolini, Duvalier, Idi Amine Dada, Macias Nguema et autres Bokassa.

Beaucoup sentiront cette évolution dès le départ, s'efforceront de prévenir, de dénoncer ce qu'ils voyaient déjà poindre à l'horizon et, en désespoir de cause, prendront le difficile chemin de l'exil impie. D'autres, victimes résignées, attendront, dans l'inquiétude de tous les instants, la tempête qui ne tardera pas à les emporter.
Les clameurs consécutives à la formidable explosion d'enthousiasme de l'indépendance reconquise, qui s'élèveront jusqu'au ciel, couvriront leurs voix. Impossible de les entendre : on ne voulait d'ailleurs pas les entendre. Le temps confirmera, hélas! leurs appréhensions.
Trop tard ! On sait ce qu'il adviendra et cet ouvrage n'est qu'un témoignage sur une étape de ce long calvaire, de ce long chemin de croix du Peuple de Guinée.

Projection sur l'avenir

Aujourd'hui, tout semble fini ! De nouvelles clameurs se sont élevées et s'élèvent encore, accompagnant la mort du tyran et saluant autant l'écroulement, comme château de cartes, de son régime anti-peuple qu'il voulait éternel comme Hitler rêva, un jour, de construire un Reich millénaire, que la prise du pouvoir par l'armée, cette partie intégrante du peuple et qui a toujours partagé sa grande misère. Pour que l'espoir ainsi soulevé de l'avènement d'une ère de liberté et de démocratie ne conduise pas, comme après 1958, à une nouvelle impasse, des conditions existent qu'il faut remplir.
Un préalable avant tout : dénoncer les crimes, tous les crimes de Sékou Touré et de ses complices, de tous ses complices, car, malheureusement, il n'aura pas été seul dans son itinéraire sanglant. Un procès international public auquel la presse internationale, les observateurs de pays étrangers (surtout africains) et des organisations internationales seraient invités, serait le meilleur cadre d'une telle dénonciation, les accusés bénéficiant de toutes les garanties reconnues à la défense en pareil cas, celle notamment fondamentale de l'assistance d'avocats.
Un impératif: pas d'exécution capitale ! Je suis personnellement, autant de cœur que de raison, autant par sentiment que par conviction, farouchement opposé à la peine de mort, surtout en matière politique. Et puis, si le peuple de Guinée a le droit, si les familles des victimes ont le droit, un droit imprescriptible et inaliénable de savoir ce qui s'est passé, de connaître les circonstances de la disparition des leurs, ils n'ont nullement besoin d'une nouvelle effusion de sang qui ne résoudrait rien et qui, bien au contraire, ne mènerait qu'aux errements du passé que nous avons condamnés, que nous condamnions et qu'il faut à tout prix éviter !
De plus, je suis de ceux qui sont et demeurent fermement convaincus que la pire sanction à infliger aux complices de Sékou Touré, c'est de les condamner non pas à mort, mais à vie, de reconstituer ce pays qu'ils se sont évertués à détruire, de remettre en état son économie qu'ils ont délibérément sacrifiée, d'assurer l'unité et la cohésion de son peuple qu'ils ont toujours cherché à diviser au nom du principe « diviser pour régner ». Il faut que tous s'expliquent pour nous aider à comprendre, si tant est que l'on puisse jamais comprendre. Ils doivent nous dire pourquoi et comment ils ont assassiné tant d'innocents dont le sang rougit encore leurs mains!
Je sais ce qu'implique de difficultés l'organisation d'un tel procès, les complices du tyran ayant été nombreux à tous les niveaux, dans toutes les couches de la population et au sein même de la nouvelle équipe dirigeante ! Mais il vaut mieux affronter ces difficultés car, à vouloir les éviter à tout prix, on se réserverait des lendemains encore sombres!
Après ce préalable, il faudra s'atteler à la tâche de restauration de l'État qui a dépéri sous le règne de Sékou Touré, non pas de ce dépérissement cher aux marxistes, mais d'une façon qui favorisait les desseins machiavéliques du régime. L'État s'est étiolé, aussi bien dans l'esprit des citoyens que dans la réalité quotidienne. La réforme institutionnelle doit être fondée sur le nécessaire équilibre du pouvoir et des libertés des citoyens, tout déséquilibre en faveur du premier conduisant à la dictature et, en faveur des seconds, à l'anarchie. Il ne faut pas se le cacher : l'apprentissage de la Liberté qui inclut la liberté politique, la liberté économique (liberté d'entreprendre, liberté de commerce), de la démocratie qui implique le pluralisme politique, le dialogue permanent entre gouvernants et gouvernés, ne sera pas facile ! Le monopartisme trop souvent, pour ne pas dire toujours instrument efficace de domination du peuple par un individu ou une "clique" d'individus, doit définitivement céder la place au multipartisme malgré un risque, à ne pas exagérer d'ailleurs, d'effritement de l'opinion. A ce point de vue, l'exemple britannique de bipartisme m'a toujours fasciné et séduit et, si pour des raisons historiques et de tempérament national, il n'est pas possible de l'adopter, il existe tout de même des techniques constitutionnelles qui permettent de limiter le nombre de partis politiques.
Dans cette réforme institutionnelle, il faut puiser, sans complexe, dans l'expérience d'autres pays, des principes ou simplement des recettes qui ont fait, depuis longtemps, la preuve de leur efficacité : la séparation des pouvoirs, avec comme corollaire la réalité du législatif et l'indépendance du judiciaire, le contrôle de la constitutionnalité des lois, le contrôle organisé des gouvernants par les gouvernés, pour ne citer que ceux-là, n'appartiennent plus en propre à aucun pays, à aucun peuple, mais ressortissent au patrimoine universel de l'humanité!
Quant à l'exécutif je ne suis pas partisan du bicéphalisme : un chef d'État + un chef de gouvernement, qui comporte toujours des risques de heurts entre les deux. Les modèles helvétique et yougoslave d'exécutif collégial sont fort intéressants et pleins d'enseignements : peut-on les adapter à nos réalités ?
Je considère aussi comme un impératif absolu, la limitation dans le temps du mandat du chef de l'exécutif. Les Américains, partant du postulat très sage qu' « il n'est pas bon pour une démocratie qu'un seul et même homme occupe trop longtemps le devant de la scène politique » ont limité ce mandat à quatre ans et à deux le nombre de mandats qu'un président peut assumer, ce que les Mexicains ramènent, pour leur part, à un seul et unique mandat de six ans ! La démocratie américaine tout comme la démocratie mexicaine n'en sont, de ce fait, que plus vivantes. Je ne vois à ces limitations au regard d'un inconvénient, celui de devoir se passer des services d'un bon président, que des avantages et notamment celui, très important, d'éviter l'accaparement du pouvoir par un homme qui, quel qu'il soit, deviendrait vite et inéluctablement un dictateur. A mon avis, dans le cadre de la Guinée, une limitation à cinq ans du mandat présidentiel et à deux mandats au maximum semble tout à fait réaliste. Dix ans maximum ! C'est un délai largement suffisant pour qui a des idées, un programme à mettre en œuvre, un message à délivrer !
Les précautions constitutionnelles, si importantes soient-elles, ne doivent jamais faire oublier au peuple de Guinée qu'il est et demeure le seul garant de sa liberté, de la réalité de la démocratie guinéenne, du respect de ses droits fondamentaux, du renforcement de son unité nationale. Dans ce domaine, il ne peut compter ni sur les Etats, africains ou non, capitalistes ou socialistes, toujours fortement retranchés derrière la raison d'Etat souvent simple déraison d'hommes d'Etat et la non immixion dans les affaires intérieures, ces monstres juridiques qui leur permettent de violer délibérément la morale, la loi naturelle et la loi positive, tout en affirmant très haut qu'ils ne font que les respecter, ni hélas ! sur les intellectuels que je n'ai pas entendus comme je l'aurais souhaité, eux qui devraient être pourtant, le conscience vive d'un continent en plein devenir ! Le nombre de délégations étrangères au plus haut niveau qui assisteront aux obsèques de Sékou Touré, le concert d'éloges qui accompagneront sa mort, attestent bien que pour les Etats, la misère du peuple de Guinée est bien peu de chose ! Tous connaissaient pourtant l'affreuse réalité du régime de Sékou Touré ; seul, le président Léopold Sédar Senghor en rappellera la réalité dictatoriale et sanguinaire : qu'il en trouve ici l'assurance de notre singulière gratitude 27.
Une autre leçon, depuis longtemps assimilée ailleurs et que le Peuple de Guinée a apprises à ses dépens, c'est que le pouvoir doit être et demeurer objet de méfiance, de surveillance constante. Ce n'est pas une question de personne : c'est une question d'essence même du pouvoir : « Tout pouvoir corrompt. » «Le pouvoir absolu corrompt absolument. » Gouvernants et gouvernés doivent s'en méfier, les premiers pour découvrir et éviter ses « traquenards », les seconds pour empêcher un dérapage qui leur serait funeste, comme un passé récent vient de le démontrer.
Que les Guinéens ne se leurrent surtout pas ! La marche sera encore longue et difficile qui mène à la liberté vraie, à la démocratie vraie, à l'unité nationale 28 vraie, en un mot au redressement nationale et à la construction d'un Etat de droit. Elle sera parsemée d'embûches et exigera de tous et de chacun, gouvernants et gouvernés, beaucoup d'efforts, de discipline sur soi-même, de discipline collective, d'enthousiasme aussi ; des gouvernants, beaucoup de lucidité et de clarté dans la définition des principes et des objectifs, de fermeté en même temps que d'humilité dans leur application. La reconstruction de l'Etat, la remise sur pied l'économie, la solution du problème monétaire, exigent que les gouvernants soient de rudes et solides administrateurs, des économistes avisés, de probes et vigoureux gestionnaires.
Si les Guinéens, tous les Guinéens ont la volonté, la détermination d'aller, à marches forcées, vers les objectifs qu'ils se seront librement fixés, s'ils se rappellent que les immenses richesses de la Guinée sont, pour eux, un atout précieux en même temps que l'objet de très fortes convoitises, que, de par sa situation géographique, sa culture et son histoire, par sa composition ethnique, le peuple de Guinée est indissolublement lié aux autres peuples de la région avec lesquels il est condamné à réaliser plus que l'unité économique, l'unité politique, condition sine qua non de leur survie en liberté, dans un monde de géants cruellement impitoyables et atrocement égoïstes, alors bientôt, l'ère Sékou Touré n'aura été qu'un mauvais souvenir. Alors, et alors seulement, je serai, pour ma part, franchement optimiste quant à l'avenir !
Que Dieu protège et aide la Guinée !

Notes
1. C'est le cas de Sékou Touré, lui-même, qui a été évacué sur les États-Unis où il est mort.
2. Alors responsable des relations extérieures à la Permanence nationale.
3. Gomina = gouverneur en soussou. Le gouverneur Noël Ballay est le premier gouverneur de la Guinée française.
4. A ne pas confondre avec celle qui a été « rasée » à la Minière.
5. Conseil national de la révolution.
6. Prénom courant en Guinée et que j'attribue de façon conventionnelle à mon ami.
7. Ce quelqu'un me « mènera en bateau ». Heureux encore qu'il ne m'ait pas dénoncé !
8. En soussou, langue dans laquelle nous conversons, on dit de façon imagée il n'y a pas de « feu dans le pantalon ».
9. Cf . Editions Khartala, Paris, juin 1983.
10. Le président Houphouët-Boigny.
11. Et qui appartient à Fofana Morlaye « Sadicom ».
12. Au cours officiel, l'équivalent de 600.000 CFA soit 12000 FF.
13. En soussou, mot à mot « le prix de la sauce ».
14. Religieux musulman.
15. Elle était directrice du C.E.R. 24-septembre.
16. En soussou.
17. Vase des mangroves; boue.
18. Boowe : en pulaar, pluriel de Boowal terme consacré comme tel par les géographes pour décrire ce genre de paysage.
19. Appellation que l'on donne à ceux qui ont fait le pèlerinage de La Mecque. Pour les femmes on dit hadja.
20 . Voir supra, p. 162, n. 1.
21. Traduction: “Si tu ne veux pas nous rendre gais il faut que nous contrôlions les cartes d'identité de tous tes passagers. C'est notre devoir.”
22. Chef, en langue nationale malinké.
23. Victor Hugo.
24. Il est vrai que le régime de Sékou Touré, fortement organisé au Sénégal comme dans tous les pays voisins, avait ses agents de renseignements dans l'île et notamment un autre jeune Souaré originaire, lui aussi, de Mali et employé à l'Hostellerie du Chevalier de Boufflers. Après mon départ Sékou Touré me comprendra dans son nouveau complot en préparation. Il prétendra aussi que c'est moi qui ai donné à Diallo Amadou les éléments de son livre la Mort de Diallo Telli précité. Il arrêtera un commerçant qui serait prétendument mon agent de liaison avec Amadou et que, seul, le coup d'État du 3 avril 1984 libérera du camp Boiro.
25. Pourtant, aujourd'hui, dans son terrible face à face avec son Créateur, je le plains de tout cœur, lui qui se croyait « suprême ».
26. Je suis sûr ainsi d'exprimer le sentiment profond de l'ensemble de mes compatriotes.
27. Ne nous voilons pas la face ! Comme partout ailleurs en Afrique, le problème ethnique qu'on appelle aussi d'un terme péjoratif le tribalisme, risque d'être ici, comme là, un puissant obstacle à l'unité nationale. En Guinée cependant, j'ai un réconfort : c'est que le peuple l'a transcendé, et une inquiétude : les gouvernant, quels qu'ils soient, sauront-ils échapper à ses trappes.


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