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Mémorial Camp Boiro


Alpha Abdoulaye Diallo ‘Portos’
La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré

Paris. Calman-Lévy. 1985. 203 p.


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La libération

Le détenu politique guinéen ne sait jamais à quelle peine il a été condamné. Il ne sait donc jamais à quelle date il sortira de prison, ni même s'il en sortira. Il vit dans une incertitude, une angoisse continuelles, mais aussi dans l'espoir toujours entretenu que la libération, « c'est pour demain » « Boukra », disait Abouchacra, en arabe, c'est-à-dire demain, au sens littéral, le jour qui suit immédiatement celui d'aujourd'hui, mais demain ce peut être aussi un avenir plus ou moins lointain.
A côté donc d'une forte angoisse, l'espoir aussi est si vivace que tous les jours, le prisonnier a le sentiment qu'il peut « sortir », d'un moment à l'autre. MBaye et Fadel étaient convaincus que nous allions être libérés dès les premières semaines de notre arrestation : ils seront tous deux fusillés. Un Français, compagnon de cette misère partagée, M. Michel Lepan me confiait un jour : « Au fond, c'est une bonne chose qu'on nous ait tenus dans l'ignorance de nos peines. Si j'avais su qu'on aurait eu à passer des années dans ces conditions, j'aurais réglé mon problème depuis longtemps. »
L'espoir de la libération qui habite, de façon tenace, le cœur de tout prisonnier est plus fort, plus intense, à certains moments, à certaines occasions jugés politiquement plus favorables qu'à d'autres. Ainsi, fin 1974— début 1975, nous croyions qu'à l'occasion de sa réélection, le chef de l'État aurait un grand geste politique envers les prisonniers politiques. Et quand Kassory, à bout de souffle, rendra l'âme, le dimanche 8 décembre 1974, ceux qui, parmi nous, ne disaient pas tout haut :
— « C'est bien dommage ! Nous sommes presque au terme de notre longue marche ! La libération, c'est pour demain ! », le pensaient, tout bas, dans le profond secret de leur cœur!
Nous étions bien naïfs ! Il faut croire que nous ne connaissions pas assez Sékou Touré bien que la plupart d'entre nous l'aient longtemps pratiqué, ou que nos facultés d'analyse avaient été particulièrement inhibées par les années de claustration que nous avions subies.
La libération a lieu, en principe, de nuit, au-delà de minuit. On réveille le prisonnier et on le fait sortir en catimini de sa cellule et du bloc. Il est dans un état d'âme indescriptible, car il ne sait pas où on va le conduire : au poteau ou à la liberté ? Dans l'un et l'autre cas, la démarche est la même. Il ne sera réellement fixé, ou à peu près, qu'une fois arrivé à la salle de garde. Là, si on le ligote, l'hypothèse de la libération est exclue. Mais à ce moment encore, deux possibilités — il peut s'agir d'un simple transfert (par exemple de Conakry à Kindia) tout comme il peut s'agir d'un envoi « au poteau ». Si, au contraire, on lui rend sa fouille, dans le cas où elle n'aurait pas disparu 1, et si on ne l'enchaîne pas, alors il peut bien espérer qu'il s'agit d'une libération car, ici, jusqu'à la dernière minute, on n'est jamais sûr de rien.
Il est arrivé en effet, bien souvent, qu'on annonce à l'avance à certains de nos compagnons leur libération, qu'on leur rende leur fouille, qu'on les habille de tenues civiles et qu'ils attendent des heures à l'affût du moindre bruit, avant de se rendre à l'évidence que c'était un « coup pour rien ». Ce « tour » a été joué, plus d'une demi-douzaine de fois, à Mgr Tchidimbo à qui le commandant Siaka Touré envoyait un de ses collaborateurs directs pour lui dire de se préparer pour la libération. C'est là, une façon vicieuse de « saper le moral » de celui à qui l'on joue ce tour.
En principe aussi, à l'approche de la fête nationale (2 octobre, proclamation de la république de Guinée) 2 de la fête du parti (14 mai 1947, création du parti démocratique de Guinée, section guinéenne du Rassemblement démocratique africain du président Houphouët-Boigny), de la fête commémorative de l'agression (22 novembre), le commandant Siaka Touré fait dresser par les hommes de son équipe, la liste des détenus. Il souffle alors sur le bloc, un vent d'optimisme bien naïf, car généralement, ne seront libérés que des détenus de droit commun ou des « frontaliers », travailleurs saisonniers pris à la frontière et appelés aussi navetanes.
Les listes comportent toujours le nom et les prénoms des prisonniers, les fonctions qu'ils occupaient avant leur arrestation ou la profession qu'ils exerçaient, leur origine ethnique, la date de leur arrestation, le nom de celui qui les a dénoncés. Une fois établies, elles sont transmises à Sékou Touré qui les examine et coche les noms de ceux qu'il a décidé de libérer. Les heureux élus sortent généralement, la veille de la fête.
Au plus fort des arrestations, il y aura toujours des libérations. Certaines personnes, en effet, ne seront arrêtées que pour être libérées et faire croire au peuple que le régime est absolument impartial dans « ses » arrestations. Je ne mentionnerai ici cependant que les différentes libérations collectives qui auront lieu, au cours de mes années de détention :

Après cette libération, nous recevons la confirmation de la visite officielle en Guinée du chef de l'Etat français, le Président Valéry Giscard d'Estaing. C'est un événement dont aucun de nous ne minimise la portée. Les gardes eux-mêmes l'apprécient à sa juste valeur. Les plus optimistes estiment que ce sera l'occasion de « vider » le bloc. Certains pourtant, déjà échaudés à plusieurs reprises, sont beaucoup plus réservés.
Pour ma part, tout en étant sceptique en ce qui concerne la majorité d'entre nous, je suis très optimiste pour Monseigneur Tchidimbo et Édouard Lambin qui sont français et n'ont jamais opté pour la nationalité guinéenne. L'un et l'autre se sont battus au sein de l'armée française, le premier, pendant la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il aura les pieds gelés, le second en Indochine et en Corée. Je ne vois vraiment pas comment le chef de l'État français pourrait visiter la Guinée alors que ses deux ressortissants y sont encore enfermés. Déjà qu'ils n'aient pas été libérés en même temps que la majorité des Français dont Alata qui avait été déchu de la nationalité française, me semblait, pour le moins, surprenant et dangereux, car étant tous deux noirs, on pourrait croire qu'on a sacrifié la pureté du concept juridique de citoyen à des contingences de couleur. A la limite, je pense que si on ne les libère pas avant l'arrivée du président Giscard d'Estaing, ce dernier les emmènera avec lui.
Le matin de cette arrivée, nous nous sommes portés au jardin. Dans un coin de ciel bleu, au-dessus de l'Atlantique, nous avons pu apercevoir l'avion présidentiel : le Concorde avait déjà amorcé ses opérations d'atterrissage et certains d'entre nous le saluaient de larges gestes de la main. C'était notre participation à l'accueil du président français. Nous étions émus : cet avion qui passait était porteur de tant d'espoir pour certains d'entre nous ! Le spectacle n'aura duré que quelques secondes.
Tous les jours, pendant cette visite officielle, nous attendions anxieusement les envoyés du comité révolutionnaire. C'est fait.
Ce soir, ils sont venus et certains de nos compagnons, une demi-douzaine, sont partis. Au total, par rapport aux espoirs que cette visite avait suscités, ce sera la déception. Les fruits n'auront pas tenu la promesse des fleurs. Aucun des anciens, les rescapés du groupe de 1970-1971, n'a été libéré. Cela ne me surprend pas beaucoup.
Mais Monseigneur, non plus, n'est pas parti. Edouard est encore avec nous. J'en suis fort surpris et déçu. Comme pour beaucoup de choses que j'ai vécues dans ce bloc, je ne comprends pas et… je ne cherche même plus à comprendre. Cependant, j'en tire une conclusion personnelle : mes chances de libération semblent aujourd'hui plus faibles que jamais. Je n'ai qu'à m'armer de courage pour subir les événements que je ne peux infléchir d'aucune manière et pour continuer aussi cette marche jusqu'à son ultime étape. Que sera cette étape ?
Il faudra attendre le deuxième semestre de 1979 pour que Mgr Tchidimbo retrouve la liberté. Ce 7 août 1979, on lui a demandé de se préparer. Cela lui est arrivé tellement souvent que c'est avec un certain scepticisme que j'accueille cette nouvelle. Pourvu, mon Dieu, que ce ne soit pas encore une fausse alerte !
Fort heureusement, ce n'en était pas une. Aux environs de quatorze heures, le commandant Siaka Touré lui-même viendra chercher Monseigneur. Nous saurons, quelques heures après, que du camp Boiro, la voiture qui le transportait s'est garée au pied de la passerelle de l'avion libérien avec, à son bord, le ministre des Affaires étrangères du Liberia.
Nous apprendrons aussi que c'est le même jour que le président Sékou Touré effectuera un voyage aux États-Unis d'Amérique. La libération du prélat apparaît comme un gage de bonne volonté donné au président Jimmy Carter, défenseur acharné des droits de l'homme. C'est ainsi que l'ancien archevêque de Conakry quittera la Guinée, après neuf ans de détention et non sans avoir reçu de Sékou Touré des livres du P.D.G. en signe… d'amitié !
Edouard Lambin, pour sa part, ne sera libéré que le 18 janvier 1980. Il sera lui aussi expulsé de Guinée et suivi, le 25, d'Alassane Diop, ministre de Sékou Touré depuis l'indépendance de la Guinée avec une brève interruption de quelques mois, au cours de l'année 1969, jusqu'à son arrestation en 1971.
A sa libération, qui s'inscrit dans le cadre de la détente amorcée par la conférence de Monrovia entre le Sénégal et la Côte-d'Ivoire d'une part, la Guinée de l'autre, il sera expulsé vers le Sénégal, son pays d'origine. Il recevra, lui aussi, des brochures du P.D.G. avec cette dédicace :

« A Alassane Diop, avec l'assurance de ma fraternelle et fidèle amitié.
Signé : Sékou Touré. »

Ma libération

J'ai toujours eu un excellent sommeil, même en prison. Et cette nuit, comme d'habitude, il est à peine 21 heures quand je rabats ma porte. Thiam Abdoulaye 4 me lance à ce moment :
— « Toi, à force de te coucher tôt, un jour nous allons tous partir d'ici et te laisser tout seul… »
Je lui réponds :
— « Je vous souhaite à tous un excellent voyage retour. Vous direz à tout le monde que je me porte comme un charme… »
Je ne croyais pas si bien dire. Je dors profondément. Je me réveille en sursaut. C'est Conté, la sentinelle, qui est entré dans ma cellule. Il est surpris et je suis, à mon tour, surpris de sa surprise. Il s'esclaffe, jure bruyamment et me lance en soussou :
— « I boréyé birin bara siga i tan khi fé han ya (tous tes compagnons sont partis et toi tu dors jusqu'à présent)… ? »
Je suis mal réveillé et encore abasourdi de sommeil, je lui demande un peu bêtement
— « Quels compagnons?
— Viens, regarde », me dit-il, en sortant de la cellule.
Effectivement, je regarde : toutes les portes du bâtiment sont largement ouvertes. Je jette un coup d'œil dans les deux cellules qui encadrent la mienne : vides. Je crois que je vacille un peu. Je suis complètement réveillé et tout à fait lucide…
— « Où sont-ils partis ?
— Mais voyons », me répond le garde en soussou et sur un ton de reproche, « ils ont été libérés, pendant que toi, tu dormais… »
Il me laisse entendre que c'est parce que je dormais que je n'ai pas été libéré. Je n'y crois pas. J'ai complètement repris mes esprits. Il poursuit :
— « C'est le commandant lui-même qui est venu les chercher. Quand il est arrivé devant ta cellule, il a dit de te laisser dormir tranquillement. Va voir au portillon. Je crois qu'ils n'ont pas encore quitté le bloc… »
Je m'exécute machinalement. Et du portillon, j'aperçois mes compagnons qui franchissent le portail qu'une sentinelle a entrouvert. Je veux leur faire un signe, mais Bengaly Fodé Camara, l'inspecteur de police, devenu l'ordinaire du camp m'a vu. Il hurle plus qu'il ne crie :
— « Fermez cette porte ! »
Je m'éloigne et une fraction de seconde, je sens que je vais faiblir, m'apitoyer sur mon sort… Jamais ! me crie une voix intérieure qui me rappelle le courage dont me parlait mon père. Le courage, ici, c'est la volonté de faire front, le refus de faiblir… Je me suis complètement ressaisi. Je retrouve Conté et lui demande :
— « Il ne reste donc plus que moi, ici ?
— Non, il y a encore Yoro et Dr Keïta. »
Je prends contact avec eux. Il doit être deux heures du matin. Yoro me donne quelques détails sur la libération qui vient d'avoir lieu, car on a dû le réveiller pour appeler son compagnon de cellule, Saliou Coumbassa. Quant à Dr Keïta, il dormait. C'est moi qui l'informerai de tout ce qui vient de se passer. Je regagne ensuite ma cellule et mon lit sur lequel une bonne épaisseur de cartons glanés au fil des ans, me sert de matelas. Et je sombre, jusqu'à la prière du fajr, dans un sommeil profond et bienfaisant, reconnaissant ainsi mon impuissance à faire quoi que ce soit pour ma libération et, surtout, convaincu, plus que jamais, que celle-ci est de plus en plus improbable.
Au petit jour, après mes prières, j'essaie de comprendre par quelle alchimie politique irrationnelle, occulte, Sékou Touré a pu encore scinder notre petit groupe de onze rescapés de 1970-1971. Je fais une constatation : on a maintenu un Soussou, un Malinké, un Peuhl. Je tire une conclusion : il s'agit, dans le cas où on aurait l'intention de les libérer un jour, de briser ceux qui restent, dans leur volonté. A partir de ce moment, je me trace une ligne de conduite dont je ne me départirai pas.
Le mois de novembre arrive avec son vent d'optimisme
habituel. Tout le monde pense que nous serons libérés à l'occasion des fêtes du 22 novembre. Cependant, mes compagnons et moi faisons preuve de beaucoup de modération. Personnellement, j'envisage la possibilité qu'on scinde encore notre trio et je pense à une éventuelle poursuite de cette longue marche.
Un matin, alors que j'ai déjà nettoyé ma cellule, fini ma prière du « walluhaa » 5, je me suis étendu sur mon lit. J'ai les yeux fermés, mais je ne dors pas. C'est, avec quelque prétention, ma minute de méditation.
Un garde entre alors dans la cellule
— « On te demande au poste, me dit-il.
— Qui?
— Je ne sais pas… »
Au poste, je me trouve en face du lieutenant Oularé Douti. Depuis ces lointaines et pourtant si proches séances de mon interrogatoire, nous ne nous étions pas revus. Il portait, avec une fierté non feinte, sa belle tenue d'officier : tous les gendarmes détachés au comité révolutionnaire, y compris le chef de poste Fadama Condé, et qui étaient « margis » au déclenchement de l'affaire de la « cinquième colonne » ont été nommés sous-lieutenants à la suite des « bons et loyaux services rendus à la révolution ».
— « Comment allez-vous ? » me dit-il en me serrant la main. Je réponds sèchement
— « Bien.
— J'ai appris que vous ne mangez pas de riz…
— Non…
— Mais alors, comment faites-vous ? »
Fadama qui est à côté de lui, répond à ma place :
— « Il ne mange que du pain et son bouillon, et parfois du fonio 6 quand le camarade qui va au marché veut bien en acheter… J'ai tout fait…
— Ah ! Je ne savais vraiment pas », reprend Oularé. Et Fadama poursuit :
— « Et puis, il ne revendique jamais, il ne proteste jamais depuis qu'il est là. C'est l'un des plus sérieux. Il a des problèmes de ventre. Ce n'est même pas lui qui nous l'a signalé… »
J'écoute, sans mot dire, imperturbable et silencieux. Ils sont debout, l'un et l'autre, dans l'embrasure de la porte de la salle de garde. Je suis en face d'eux, dans la cour, en culotte et chemisette pénitentiaires, pieds nus.
— « Vraiment, je ne savais pas… Mais ne vous en faites pas, je vais m'en occuper. Vous aurez régulièrement du fonio à partir de maintenant. Comment ? C'est facile ça ! »
Il me serre la main. Je regagne ma cellule sans même l'avoir remercié, car je sais que c'est une promesse en l'air qui ne sera pas tenue. Un instant je me demande pourquoi il m'a fait appeler. Ce n'est certainement pas pour me parler de mon régime alimentaire. Depuis bientôt dix ans que je suis au bloc, il ne s'y est jamais intéressé. Pourquoi ce soudain regain d'intérêt ?
Certains de mes amis supposeront que c'est très certainement sur instructions du commandant pour vérifier mon état de santé, mon état physique général, en vue d'une libération prochaine. Pas convaincant, car ce n'est pas « l'habitude de la maison »; parfois, on a libéré des prisonniers qui étaient en bien piteux état. Le régime se moque pas mal de l'état de santé de celui qu'il a décidé de libérer. Je crois même que par cynisme, et dans le but d'effrayer la population, il préfère libérer des loques humaines.
D'autres avanceront qu'informé de ma libération prochaine Oularé aurait tenté de s'attirer ma sympathie, mon amitié pour effacer l'impression de la cabine technique. A rejeter également, car il sait qu'en sortant de Boiro, je ne pourrai rien, ni pour lui, ni contre lui. Au contraire. Et puis, le fossé qui s'est creusé entre nous aura du mal à se combler! Mais au fond, qu'importe la raison de notre entretien? Il ne change rien à « mes réalités ».
Le 22 novembre arrive bien plus vite que je ne m'y attendais. Nous sommes informés qu'une conférence se tient à Conakry avec la participation de seize chefs d'Etat. Elle se terminera en apothéose par un grand meeting populaire qui réunira, au stade du 28 septembre, l'ensemble de la population de Conakry. Nos informateurs ajoutent que « le président est tellement content qu'il ne peut pas ne pas vous libérer ».
Si le dernier trio que nous constituons, Dr Keïta, Yoro et moi-même, garde la tête froide, par contre, l'enthousiasme est à son comble chez nos autres compagnons, les « nouveaux », et chez les hommes de garde aussi.
Nous ne changeons en rien nos habitudes, et après avoir amicalement bavardé avec mes deux amis devant la cellule de Yoro, je rejoins la mienne, comme d'habitude, aux environs de vingt et une heures.
Je dors aussitôt et si profondément que je n'entends pas quelqu'un entrer dans ma cellule. Je suis en plein rêve dans une immense plaine au gazon vert, où se trouvent trois chevaux d'une blancheur immaculée… mais… une main sur mon épaule me secoue. Une fois… est-ce le rêve qui continue ou la réalité qui revient au galop ? Deux fois… Je me réveille à moitié mais refuse d'ouvrir immédiatement les yeux. Trois fois… Je me réveille tout à fait et ouvre les yeux… Où suis-je ? Ah oui ! toujours à Boiro, dans ma cellule.
Penché sur moi, le lieutenant Lénaud, l'index sur la bouche, me fait signe de ne pas faire de bruit. Il porte une tenue civile. Son visage est à quelques centimètres du mien. Sur le pas de la porte, se tient, derrière lui, un garde. Lénaud me chuchote à l'oreille : « Habillez-vous rapidement et prenez vos affaires… Ne faites surtout pas de bruit… »
Je saute de mon lit… Je commence à m'habiller fébrilement… Je sens que je tremble légèrement. Lénaud et le garde m'observent… Je rassemble mes maigres affaires : quelques comprimés pour mes maux de ventre, un petit carnet artisanal de ma fabrication dans lequel j'ai transcrit quelques versets du saint Coran et un chapelet que j'ai confectionné avec de la mie de pain… Je suis prêt. Lénaud me fait signe de le suivre. J'obéis ; le garde est juste derrière moi. Nous marchons, à l'instar de Lénaud, sur la pointe des pieds. Nous franchissons le petit portillon au bout du bâtiment 7. Nous voici, dans la salle de garde, en face du commandant Siaka Touré entouré d'hommes de garde armés. A côté, assis sur un lit de camp, mes deux compagnons, Dr Ousmane Keïta et Yoro Diarra. Le commandant me tend la main pour m'accueillir : « Alors, Porto, comment vas-tu ? »
Il ordonne qu'on nous conduise à son bureau. Le grand portail s'entrouvre. Nous sortons l'un derrière l'autre. Je ferme la marche. Le portail se referme derrière nous. Tous trois, nous avons largement entamé la dixième année de notre séjour dans ce bloc… et cette nuit, c'est la fin. Je reçois en pleine figure, comme un coup de poing, une bouffée d'air pur.
Je me retourne : je suis ému, très ému. Je devrais être heureux et pourtant je sens au cœur comme un poids, une angoisse tenace. Me quittera-t-elle jamais? Des images défilent dans mon esprit. Je revois en un kaléïdoscope géant qui tourne rapidement telle une noria sans fin, tous ces amis, tous ces êtres dont on dira toujours qu'ils sont restés à Boiro :

Je les revois tous :

tous ces êtres sacrifiés inutilement. Ils sont tous miens !
Déjà ! La jeep nous a déposés : pas de gardes armés à nos côtés. Elle est repartie. Nous sommes au bureau du commandant Siaka Touré. Nous attendons sur la véranda, cette véranda que nous connaissions bien ! Nous bavardons à voix basse, murmurée, comme si nous étions encore dans nos cellules. L'apprentissage de la liberté ne sera pas facile !
Cinq autres prisonniers sont venus nous rejoindre dont Amadou Oury Diallo, l'un des jeunes dont on s'est servi pour mettre la main sur Telli.
Le commandant est là à son tour. Il conduit vite. Il a garé la Renault 30 8 qu'il utilise aujourd'hui. Il est en face de nous. Il est vêtu de blanc et porte ses habituelles lunettes légèrement fumées et qui laissent deviner un regard perçant. De sa voix métallique, un peu nasillarde, un peu étranglée, il nous dit :
— « Vous aviez tous été condamnés par le peuple à être fusillés et pendus en public. Mais à cause de son grand humanisme, de sa grande générosité, le responsable suprême de la révolution vous a graciés. Aujourd'hui, vous êtes libres. Vous pouvez aller où vous voulez. Si vous voulez même, vous pouvez assister aux festivités du 22 novembre, au stade du 28 septembre. Mais je dois vous prévenir aussi que vous ne devez révéler à âme qui vive, rien de ce que vous avez vu ou vécu ici. Vous serez très étroitement et constamment surveillés, partout où vous serez. On sera au courant de tout ce que vous ferez ou direz. Et si on vous reprend, cette fois-ci, ce sera tant pis pour vous ! »
C'est fini. Il est minuit quinze. Certains ont applaudi. J'en ai « gros sur le cœur » et j'ai envie de lui demander « mais au fait, quel crime avons-nous commis? » Mais à quoi bon?
Le lieutenant Oularé s'est porté volontaire pour nous déposer, Dr Keïta, Yoro, Amadou Oury et moi. Le commandant nous a encore serré la main. La voiture a démarré et, pour la première fois depuis bientôt dix ans, nous avons franchi le grand portail du Camp Boiro où une tranche de notre vie vient de s'écouler.
Nous empruntons la route de Donka. En laissant derrière nous le camp Boiro, nous allons vers l'Institut polytechnique, le stade du 28 septembre. Tout est désert. Je regarde avidement de tous côtés, soucieux de voir les changements qu'il y a eu depuis dix ans. Apparemment rien! Mais, si. Là, à côté de la villa de Béhanzin, le LBZ d'Ismaël, juste avant la cité ministérielle, il y a quelques maisonnettes basses d'un style douteux.
Nouveauté à l'Institut polytechnique : les arbres ont bien poussé alors qu'à notre arrestation il n'y en avait guère. Nous dépassons le carrefour du stade, le restaurant-bar l'Oasis. Aucun changement sinon une certaine dégradation de ce qui existait. Tout est peint à la chaux vive, comme à chaque grande fête.
Nous abordons le pont qui mène aux cases de Bellevue. On l'a agrandi. Nous tournons au carrefour du marché de Bellevue. La chaussée est défoncée avec des ornières, des flaques d'eau. La voiture ralentit. Un écriteau « Commissariat de police — brigade des mœurs ». Non loin, un grand hangar : certainement la permanence du P.R.L. 8. Cinq cents mètres encore : un autre commissariat isolé, en face d'une école ou plutôt comme on dit, d'un C.E.R. . La voiture traverse les rails de Fria, la grande société capitaliste de bauxite, devenue société d'économie mixte en 1972, sous le nom de Friguia.
Elle tourne à gauche et nous nous trouvons sur la route de Hafia. Elle n'est pas goudronnée. Elle est en si mauvais état que la voiture risque de s'embourber à chaque tour de roue. Le lieutenant Oularé grommelle tout bas. Il craint de devoir abandonner là son véhicule. Nous arrivons tout de même au sommet de la petite côte. Encore un virage et… stop. La voiture s'est arrêtée. Cette fois-ci, le lieutenant Oularé refuse d'aller plus loin. La mare est trop grande et peut-être bien profonde. Elle occupe toute la largeur de la chaussée.
— « Oury, je crois que tu peux descendre ici. Nous ne sommes plus très loin, dit-il.
— Oui, lieutenant, je suis presque arrivé. Je vous remercie. »
Il prend poliment congé de nous et pendant qu'il essaie de trouver un sentier pour contourner la mare, le lieutenant manœuvre la voiture avec d'infinies précautions pour faire demi-tour.
Nous voici sur l'autoroute que nous empruntons au carrefour Constantin. Elle est pavoisée aux couleurs des pays représentés aux festivités, avec prédominance du jaune et du vert, couleurs de prédilection de l'Afrique. Des maisonnettes aux toits bas recouverts de vieilles tôles, en vérité des taudis, ont fleuri le long des rails, de la gare de Dixinn au carrefour Madina. Récemment et hâtivement bâties, elles semblent participer du même âge et de la même misère que celles de Boulbinet 9 La chaux vive dont elles sont peintes ne change rien à cette réalité.
La voiture roule maintenant à bonne vitesse, sur l'autoroute relativement bien éclairée par endroits. De loin en loin, de grands écriteaux rappellent des citations du responsable suprême de la révolution : « La personne humaine est sacrée pour le P.D.G. » J'en éprouve comme un pincement au cœur et refuse de lire davantage. De grands portraits peints, nous indiquent la présence en ville des chefs d'État de la C.E.D.E.A. 10. Nous abandonnons l'autoroute et tournons à gauche pour nous engager sur la corniche, au carrefour de l'abattoir construit jadis par la R.F.A. dans les années 1960. C'est dans ce quartier que nous devons déposer Yoro Diarra chez son épouse, mais nous ne savons pas exactement où. Le lieutenant avise trois adolescents qui, à cette heure tardive de la nuit, sont assis au bord du trottoir et semblent jouer à je ne sais quoi. L'un d'eux connaît Mme Diarra, monte avec nous et nous conduit chez elle. La voiture pénètre dans la cour, au bord de la mer. Un coup de klaxon. Les vagues de l'Atlantique viennent frapper furieusement contre le barrage de pierres qui sert de protection à la concession. Une douce brise souffle, et pendant que Yoro descend de voiture, Oularé nous explique que c'est Mme Diarra elle-même qui a construit cette villa.
Elle apparaît en robe de chambre, le visage fermé, voulant certainement dire son fait à l'importun qui se permet de venir la déranger à une heure aussi indue. Le temps ne semble pas avoir eu prise sur cette belle femme. Tout juste, Massaranké 12 a-t-elle un peu grossi !
Elle s'arrête net. Elle a reconnu son époux. Une fraction de seconde : elle pousse un cri. Déjà la voiture a amorcé sa manœuvre. Dr Keïta lance une plaisanterie !
Je suis heureux mais inquiet en même temps. Je n'arrive pas à me débarrasser de cette angoisse qui m'habite depuis le moment où le lieutenant Lénaud est venu me réveiller. Je crois bien que j'éprouve une certaine peur devant l'avenir qui se présente à moi et qui ne peut être que très incertain. Nous sommes certes sortis de Boiro, mais sommes-nous libres pour autant ? Je ne le pense pas. Je n'arrive pas à participer à la conversation…
Le carrefour du 8 novembre est bien éclairé et bien pavoisé. Des drapeaux, des portraits, des écriteaux, des banderoles qui exaltent l'unité africaine. Mon regard se porte instinctivement sur le pont du 8 novembre que certains appellent le pont des pendus et que je préfère désigner sous le nom de pont de la honte. Ma pensée se porte irrésistiblement sur Baldet Ousmane, Makassouba Moriba, Barry Ibrahima (Barry III) et Keïta Kara de Soufiana 13.
Le palais du Peuple est fortement illuminé et détache sur le ciel sa belle et majestueuse silhouette, œuvre d'architectes chinois. L'esplanade est fortement éclairée et nous laisse entr'apercevoir, pour la première fois, le monument commémoratif du 22 novembre 1970 érigé là, bien après notre arrestation. Nous empruntons la corniche et les maisonnettes de Coronthie 14 me semblent encore plus délabrées qu'autrefois. La voiture s'arrête en face du grand dépôt d'essence de Conakry à la porte de la villa qu'habitait le Dr Alpha Taran Diallo, ancien ministre de la Santé, fusillé dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971.

C'est là, docteur

— « C'est là, docteur », dit Oularé. « Vous m'excusez… Comme il se fait tard, nous allons continuer… »
Dr Keïta descend de voiture et nous reprenons notre trajet, le lieutenant et moi. Nous nous trouvons sur l'avenue qui conduit au port. On a abattu les grands arbres qui en faisaient la beauté, le charme. Je suis surpris de découvrir dans cette nouvelle nudité ces bâtiments d'un autre âge.
Contournant le jet d'eau de l'entrée du port, nous remontons le boulevard du Commerce avec ses grands manguiers aux feuillages touffus et qui rappellent que Conakry fut, jadis, la perle du sud.
Le lieutenant Oularé m'explique
— « C'est ici la primature. Là, c'est la direction générale des Douanes. Vous connaissez le bâtiment de la C.B.G. 15 qui abrite aussi le ministère des Mines et de la Géologie?
— Oui, et là, c'est toujours la B.G.C.E. 16
Non, c'est maintenant le ministère de l'Habitat et de l'Urbanisme.
— Vous connaissez bien les Affaires étrangères, c'était votre ministère », me dit-il encore.
Je réponds
— « Oui.
— Là, à droite, c'est la nouvelle ambassade de Côte-d'Ivoire. Les travaux ne sont pas encore terminés. »
Nous sommes maintenant en plein cœur de Boulbinet que je considère comme mon village et dont je connais toutes les concessions et pratiquement la grande majorité des habitants.
— « En face de nous, c'est le grand chantier du palais de l'O.U.A. Ce sont les Coréens qui vont le construire…
— Ah bon !… » C'est tout ce que je trouve à répondre.
Mon émotion est grande de me retrouver ici. J'ai l'impression de n'en être parti que depuis quelques jours. Et pourtant, il y aura bientôt dix ans…
Ni Oularé, ni moi, ne connaissons le logement de mon épouse où il doit me conduire. Nous nous adressons à un petit groupe de jeunes gens assis au bord du trottoir. L'un d'eux connaît mon épouse : elle habite là, dans l'un des deux immeubles de Boulbinet, à moins de cent mètres. Il va nous y conduire. Il monte avec nous, cependant qu'un autre me dévisageant, s'écrie :
— « Mais c'est Porto ! Il n'est donc pas mort… »
La voiture a démarré. Le reste de ses paroles se perd dans le lointain. Nous sommes maintenant au premier étage de l'immeuble A. Le jeune homme qui nous accompagne sonne de façon insistante. Je sens son émotion et son impatience. Puis je reconnais la voix qui demande
— « C'est qui ?
— C'est moi, Fadiga, Madame, votre élève… »
La clef dans la serrure. Le lieutenant Oularé et l'élève ont disparu en un clin d'œil. La porte s'ouvre. Je suis en face d'elle. Elle a un instant d'hébétement puis elle pousse un grand cri… c'est presque la fin d'un cauchemar.

Premiers moments

Nous avons tant de choses à nous dire depuis ce 3 août 1971 que nous ne savons par où commencer. La sonnette de la porte, celle du téléphone cependant retentissent par moments. A cette heure tardive de la nuit, tout le monde semble déjà informé de ma libération. Mystère et efficacité de radio-trottoir.
Je commence déjà à recevoir des visites. Je n'en reviens pas d'étonnement. Je ne fermerai pas l'œil d'une minute, partagé entre les conversations avec mon épouse et les visites.
Au petit jour, je fais mes ablutions et me rends à pied à la mosquée voisine de Boulbinet pour m'acquitter de ma prière de l'aube. Les fidèles, dans leur majorité, me connaissent et sont surpris de me revoir : chacun veut me serrer la main et m'apporter un mot de sympathie. C'est réconfortant car je sens que c'est là le vrai peuple qui ne croit pas à toute la mise en scène théâtrale du complot.
Les coups de sifflet fusent de partout appelant les militants à se lever, à se rendre au stade du 28 septembre pour la commémoration du 22 novembre.
« Debout », crie le milicien en soussou « et en avant pour le stade du 28 septembre. Debout, c'est l'heure. Nous avons de nombreux hôtes de marque venus de toute l'Afrique. Ceux d'entre vous qui n'iront pas au stade n'auront pas de ravitaillement. Debout, c'est l'heure! »
Les rues commencent à grouiller de monde. Les militants habillés de blanc, la tenue nationale, se dirigent vers les lieux de rassemblement où des camions les attendent qui vont les « déverser » au stade du 28 septembre. Ils arriveront ainsi de tous les coins de la ville, en toute liberté, n'oubliant jamais cependant que s'ils ne s'y rendaient pas ils seraient privés de ravitaillement…
Les premières lueurs du soleil rougeoient à l'horizon et le ciel, comme embrasé, change de couleur à vue d'œil, donnant au paysage une note de beauté qu'aucun pinceau humain n'aurait pu créer. Ici, au bord de la mer, où je me suis porté, je sens m'envahir comme une douce atmosphère de paix et de sérénité. A cet instant précis, je suis loin de toutes les contingences caractéristiques du moment.
Mes parents, mes beaux-parents arrivent parmi les tout premiers. Je ne reconnais aucun de mes jeunes frères, aucune de mes jeunes sœurs qui avaient moins de dix ans à mon arrestation. Aujourd'hui, je me trouve en face de grands jeunes gens. Ma fille ? Impossible de la reconnaître. Elle avait à peine trois ans quand je suis parti. Elle est dans sa treizième année aujourd'hui. Je ne la connais pas et elle ne me connaît pas, non plus. Elle est allée passer les fêtes du 22 novembre chez ses grands-parents.
Je surveille la porte anxieusement dans l'attente de l'arrivée de ma belle-mère : « l'adolescente qui sera avec elle sera ma fille », me dis-je intérieurement. C'est par ma belle-mère que je la reconnaîtrai.
Elle arrive enfin, mais avec deux adolescentes. Je devine laquelle est ma fille et on me le confirme en nous présentant l'un à l'autre.
— « Voici ta fille… Fabi, voici ton père! »
Le salon ne désemplit pas, et ne désemplira pas des semaines durant. On m'embrasse, on me félicite et en même temps on me plaint. On plaisante aussi. Certaines femmes, par trop sensibles, pleurent tout bas. On invoque la protection du Tout-Puissant sur ma famille et sur moi-même. Le téléphone n'arrête pas de sonner.
Je suis ému, profondément touché par tant de manifestations de sympathie, d'amitié. Je me sens un peu perdu. L'émotion m'empêche de parler. Et bien malgré moi, inconsciemment, je suis les conseils de cet ami, officier de sécurité, plus au courant que moi des réalités du régime dans ce domaine, et qui me recommandait d'être, à ma libération, plus muet qu'une carpe sur ce que j'aurai vécu en prison car, me disait-il, beaucoup de ceux qui viendront te voir ne seront que des espions chargés de rapporter tes moindres faits et gestes, tes moindres propos.
J'aurai encore la grande et agréable surprise de recevoir la visite d'un ami qui occupe de hautes responsabilités dans un pays africain. Ayant appris ma libération de façon persistante et de source sûre cette fois-ci, il tiendra à venir me voir et m'embrasser. Je le sens heureux de me retrouver. Il me racontera qu'à mon arrestation il avait encore trouvé le moyen de faire le voyage de Conakry pour voir comment il pourrait venir en aide à ma famille, défiant ainsi toutes les animosités existant dans les relations entre la Guinée et son pays.
A l'époque, malgré tous ses efforts, il ne réussira pas à voir mon épouse et ma fille. Bien au contraire, la chose sera signalée au chef de l'État 17. Celui-ci, au cours d'un repas qu'il offrira à la délégation de mon ami, orientera la conversation sur moi et déclarera sans en avoir l'air :
— « Quant au jeune Porto, je regrette profondément qu'il se soit mis dans cette situation. J'avais tellement d'amitié et d'affection pour lui ! Mais il s'est laissé tromper par la France qui lui a promis de lui donner son agrégation en droit en échange de sa participation au complot… »
Après cette phrase, qui me sera d'ailleurs rapportée par d'autres sources, mon ami aura compris la réalité du complot.
Je suis sincèrement touché par tant d'amitié.
Le lendemain de ma libération, très tôt, le dimanche matin, l'ensemble des proches parents de mon père, ses cousins, ses neveux, sont venus me voir. Je les attendais, j'attendais cette réunion de famille. Je savais qu'elle n'aurait pas pu avoir lieu le jour même de ma libération car c'était un samedi. Et une superstition, fondée certainement sur l'observation des faits, veut que tout ce qui arrive ou se fait un samedi se répète trois fois. On évite donc, quand on le peut, de faire certaines choses ce jour-là.
Après les salutations d'usage, leur doyen a commencé
— « Bappa 18 , dit-il, neene e baaba ko ko fuddhortee aduna… La vie commence avec un père et une mère… »
Je devine la suite : il s'agit de mon père. J'ai appris son décès, tout à fait accidentellement, en 1980, peu de temps avant ma libération. Une de mes connaissances arrêtée pour un délit de droit commun et envoyée au bloc, avait pu prendre contact avec moi. Au cours de notre conversation il m'a présenté ses condoléances pour le décès du « Vieux ». Le « Vieux » ? Je ne comprenais pas. Il est surpris et veut se rétracter. Finalement je l'oblige à me donner des précisions et tous les détails des circonstances de la mort de mon père, car c'est bien de lui qu'il s'agit.
A son tour, il est surpris qu'on ne m'ait pas fait, officiellement, part de ce décès qui remonte à plus de quatre ans. Mon interlocuteur me raconte qu'à l'époque tous mes parents avaient pensé que si j'étais vivant, le président m'aurait fait libérer. Ils n'ont déchanté que lorsque celui-ci leur a dit, parlant de mon père :
— « Comment, il était toujours vivant celui-là? »
Pauvres naïfs qu'ils étaient !
Mon interlocuteur continue à parler. Il me donne des détails. J'ai accusé le coup et il m'a fait mal. Cette nuit-là, je n'ai pas dormi. J'ai prié, avec ferveur, pour le repos de l'âme de mon père. Je sais combien de sacrifices il a consentis pour notre éducation et dans mes pires moments de détresse, j'ai toujours nourri l'espoir de le revoir un jour. Dans ma prière et dans ma ferveur je lui ai associé ma mère et mon oncle Yacine 19, ces deux êtres auxquels je dois tant et dont, toute ma vie, je regretterai la disparition prématurée
J'ai à peine écouté le récit du doyen, tellement j'en connaissais le contenu. Il en est à la conclusion, récite des versets du saint Coran et invoque la Clémence et la Miséricorde de l'Unique, pour mon père et l'ensemble de nos morts, et pour notre propre protection ici-bas.
La cérémonie est presque terminée car c'est une vraie cérémonie qui veut qu'après un décès les proches du défunt se retrouvent pour se présenter mutuellement leurs condoléances, prier pour le repos de l'âme du défunt et pour eux-mêmes. Elle a généralement lieu le jour même du décès. Si pour une raison ou une autre un des proches n'a pas pu y assister immédiatement, comme c'était le cas pour moi, on y procédera dès que ce sera possible.
Le doyen, au nom de la petite assemblée de mes proches, me présente alors ses condoléances et me demande de me résigner et d'accepter la Volonté du Très Clément et Très Miséricordieux. Je les remercie et je leur explique qu'en tant que musulman j'accepte la Volonté de Dieu qui est toujours la meilleure, et que je m'y soumets et leur demande d'en faire autant en leur présentant, à mon tour, mes sincères condoléances pour cette épreuve qui nous est commune.
Le doyen me présente aussi, officiellement, le testament de mon père et me met au courant des dispositions prises pour son exécution.
Il ne reste plus qu'une petite formalité qui relève d'une pratique si fortement observée, qu'elle en est devenue une tradition dans la croyance populaire. Il faut qu'on me rase la tête et qu'on m'emmène me laver au bord de la mer. Cela aura la vertu symbolique de retirer de mon corps la « guigne » et tout ce que la prison aura pu y laisser de « mauvaises traces ». Pas question de se soustraire à cette formalité, qu'on y croie ou non.

Visites de courtoisie

Une autre pratique, fermement établie elle aussi, veut que tout prisonnier politique libéré rende une visite de courtoisie au chef de l'État pour le remercier de sa magnanimité. Apparemment rien de contraignant : on le fait « en toute liberté », comme tout ce qui se passe dans la Guinée de Sékou Touré. Celui qui, ayant occupé certaines fonctions ou qui jouissait d'une certaine notoriété dans quelque domaine que ce soit avant son arrestation, voudrait se soustraire à cette « obligation » subirait les contrecoups de son attitude. C'est que la prison ne lui aurait servi à rien : il n'aurait rien « compris ». Peut-être même la mauvaise humeur du pouvoir qu'il provoquerait ainsi s'abattrait-elle sur les siens.
Ainsi, dans le cas même où l'intéressé voudrait se soustraire à cette obligation, acceptant d'avance de courir le risque d'une nouvelle arrestation, c'est sa famille, au sens africain du terme, c'est-à-dire au sens large, qui fera pression sur lui.
Certains s'acquittent de ce « devoir » accompagnés de tous les membres de leur famille : femmes, enfants, frères, oncles, alliés, etc. D'autres l'élargissent aux personnalités influentes du régime : quelques membres du B.P.N. en même temps que membres de la famille ou de la belle-famille tels que :

D'autres effectueront même le voyage de Faranah pour voir « le grand frère » Amara Touré, qui est convaincu que si Sékou est président, c'est parce que lui, Amara, n'est pas instruit. De toute façon il dit à qui veut l'entendre que « si Sékou est président à Conakry, lui, Amara, il est président à Faranah ». Ceux qui iront le voir ainsi dans sa « capitale » le feront dans le but de s'assurer une protection encore plus effective pour l'avenir.
Personnellement je tenais à ces visites, surtout pour écouter, entendre ce que me diront ces hommes dont j'ai été, douze ans, un collaborateur. J'ai donc demandé à Siaka Touré de me ménager une audience avec le chef de l'État.
Celui-ci m'invite à dîner avec mon épouse et ma fille le lundi 24 novembre 1980, deux jours après ma libération. A notre arrivée il était déjà à table avec des personnalités étrangères et des Guinéens que je ne connaissais pas. Il nous a salués et nous nous sommes installés. Pour ceux qui connaissent le palais de la Présidence, la table était mise dans le petit hall attenant au salon de l'étage, devant la chambre qui sert de magasin au chef de l'État et où sont empilés, pêle-mêle, tissus, burnous, corans, tapis de prière, etc., qu'il a coutume d'offrir à certains visiteurs. Je suis du même côté de la table que lui, séparé de lui cependant par deux autres convives.
La conversation s'est orientée sur les diplômes, le président, approuvé en cela par un délégué voltaïque qui épousait toutes ses positions, avec force gestes et démagogie, affirmait que les diplômes universitaires ne valent rien et qu'il faudrait qu'un jour, pas très lointain, les dockers eux-mêmes aient une licence en droit, en mathématiques, en lettres, etc. Je ne participais pas et ne mangeais pas, non plus.
Le repas terminé, nous sommes passés au salon. Le président a ouvert son bureau : il y est entré. Au bout de quelques minutes il l'a rouvert et m'a fait signe de venir. Il s'est installé sur l'un des fauteuils placés en face de son bureau et m'a invité à m'asseoir à côté de lui : toutefois il y avait un fauteuil entre nous.
En une fraction de seconde, je pus l'examiner de près. Sa silhouette s'est épaissie, les yeux sont toujours vifs, étincelants, le regard perçant, les cheveux que son calot blanc laisse apparaître aux tempes, ont blanchi, le teint semble plus mat, plus noir. Il a vieilli, mais si le temps commence à avoir prise sur lui, il ne me donne pas l'impression d'être fatigué. On m'avait affirmé au bloc qu'il avait changé : je ne vois pas en quoi, du moins au physique, sinon ces petits détails que je viens de noter.
Au moral, je doute qu'il ait changé. Il est à un âge où aucun être, fût-il un « animal politique », ne change plus, sinon pour devenir un peu plus ce qu'il était : un peu plus habile, un peu plus rusé, un peu plus cynique, un peu plus pervers, un peu plus cruel s'il l'était. Jamais moins ! C'est ma conviction. Et tout cela, Sékou Touré l'était.
Tous mes sens sont en éveil : je suis tendu car je connais sa vivacité d'esprit, sa détermination à parvenir au but qu'il s'est fixé, envers et contre tout, sa conviction, maintes fois affirmée, que « l'ennemi d'hier est l'ennemi d'aujourd'hui, l'ennemi de demain ». Et dorénavant je suis l'ennemi, surtout qu' « il sait que je sais ».
Il engage la conversation d'emblée. A peine me suis-je assis qu'il me demande :
— « Au fond, de quoi souffrais-tu ?
— C'était du ventre, président… » J'ajoute « … il y a aussi les yeux… »
— « Tu diras à Saïfon 20 que le médecin qui s'occupait de toi en prison n'a qu'à continuer à te suivre… »
Petite phrase insidieuse qui avait pour but de me laisser croire qu'il ignorait qu'il n'y avait de médecin au bloc que cet autre compagnon de misère démuni de tout, dépourvu de tout droit si ce n'est celui que le major et le chef de poste voulaient bien lui accorder. Mais qu'importe ?
— « Bien, président. »
Déjà il se lève. Je l'imite. Je saisis au vol, dans son regard, comme une petite lueur de… gêne, peut-être… Puis
— « Ah ! Mes condoléances pour le Vieux… »
Il s'agit de mon père. Ils se connaissaient bien, tous les deux, de très longue date :
— « Merci, président… »
Il me tend la main.
— « Va te reposer…
— Merci Président… Mes hommages à Madame la Présidente…
— Je te remercie, mon cher, et je ne manquerai pas de les lui transmettre. »
C'est fini, l'entretien est terminé. Il aura duré à peine trois minutes ! Il est un peu plus de vingt et une heures.
Le lendemain aux environs de onze heures, je me rends au bureau du ministre de la Santé El hadj Saïfoulaye Diallo, accompagné de mon épouse et de l'une de mes sœurs.
Il transpire beaucoup, semble fatigué et respire avec difficulté, plus de difficulté qu'avant mon arrestation. Il n'a jamais été de santé solide. Il me serre la main.
— « Je suis vraiment content de te voir, surtout que tu sembles en bonne forme, me dit-il.
— Je vous remercie…
— Combien de temps as-tu passé en prison ? »
Je réponds en souriant :
— « Un peu moins de dix ans ou un peu plus de neuf ans, suivant le bout auquel on se place…
— Mais c'est incroyable, c'est effarant, reprend-il en insistant sur les mots. Je ne comprends pas qu'on puisse traiter ainsi ses collaborateurs. Et MBaye 21, et Sow 22 et Barry Abbasse 23, que sont-ils devenus?
— Je n'en sais rien…
— Eux, je crois qu'ils sont morts ? Une fois j'ai téléphoné à Benoît 24 pour lui demander de leurs nouvelles. Il m'a répondu qu'il ne sait pas mais qu'il va mener une enquête pour savoir. »
Je suis ébahi : simple naïveté ou cynisme de sa part ? Je me pose la question, encore aujourd'hui. Il passe à autre chose.
— « Je te présente mes sincères condoléances pour M. Saliou 25. C'était un homme sage, digne, que tout le monde respectait. Ton arrestation a abrégé ses jours. »
Nous nous séparons sur cette dernière note. Je resterai plus de six mois sans le revoir. Puis un jour, je suis encore passé à son bureau : il n'était plus ministre de la Santé, mais ministre à la Présidence, chargé de je ne sais plus quoi. Il était seul.
— « Tu as complètement disparu, me dit-il, tu ne voulais pas me voir ?
— Si, mais je n'ai pas été tranquille ces temps-ci. J'ai dû me rendre au Fouta pour saluer mes oncles et mes tantes et leur présenter mes condoléances pour tous les décès qu'il y a eu en mon absence…
— Je n'en reviens pas encore qu'on t'ait gardé si longtemps. Tu m'as dit près de dix ans… »
Je réponds en hochant affirmativement la tête.
— « Est-ce qu'on t'a… torturé ? »
Je sais qu'il est bien informé de tout ce qui s'est passé à Boiro. Un de nos compagnons, qui est aussi un de ses amis de longue date et qui lui a conservé son amitié, lui a raconté tout ce qui s'est passé à Boiro : la torture, la diète, simple et noire, la fabrication des dépositions…
J'hésite donc à répondre à sa question, mais, finalement, je lui dis en un raccourci que je veux suggestif :
— « J'ai fait ou subi tout le circuit complet de Boiro, avec, parfois, des circonstances aggravantes…
— C'est effarant, on m'a raconté… Comment peut-on faire de telles choses à des hommes qui ont été vos collaborateurs? Moi, je ne pourrai jamais.
— Disons que c'est le destin…
— Non, non, reprend-il, le destin n'explique pas tout, n'explique même rien. En réalité, Ismaël voulait exterminer les cadres peuhls… »
J'écoute, attentif, avec une légère pointe de déception. Je me dis tout bas « il ne veut pas ou n'ose pas désigner qui nous savons, lui et moi. Ismaël certes, oui… il s'est montré particulièrement cynique, cruel… a réglé ses problèmes personnels. Mais au-dessus de lui… »
El Hadj Saïfoulaye poursuit :
— « … Je sais bien que tu m'avais prévenu pendant l'agression… » (Je me dis en moi-même : il s'en souvient donc … ) « … Mais que veux-tu? J'ai ma façon personnelle d'aborder les problèmes…
— Vous savez, peu importe maintenant… »
Je ne saisis pas sa réponse. Je suis tout à mes pensées. Je sais qu'il a connu l'angoisse et les humiliations auxquelles nous autres, « cinquième colonne », sommes familiers, que lui-même est un « cinquième colonne » potentiel. Tous ceux qui étaient considérés comme étant ses amis ont été arrêtés. Ses parents les plus proches n'y ont pas échappé : ses oncles, ses cousins, ses neveux, sa sœur Hadja Bobo Diallo. Ismaël voulait son arrestation mais son grand frère, Sékou Touré, a hésité, comme il avait hésité une ou deux fois déjà, car les voyants l'avaient prévenu depuis longtemps que la fin de Saïfoulaye serait annonciatrice de sa propre fin et qu'il ne devrait jamais mettre la main sur lui au risque d'entraîner sa propre fin. C'est à cela qu'il a dû le salut mais on ne lui a épargné aucune vexation, aucune humiliation.
Pendant que je me fais ces réflexions, mon interlocuteur continue à parler. Je n'entends que sa dernière recommandation :
— « N'oublie pas, chaque fois que tu auras un problème, il faudra m'en parler ou en parler à Benoît… »
Je me dis tout bas à moi-même « il ne manquerait plus que cela » et tout haut :
— « Je ne pense pas que j'aurai des problèmes qui nécessitent son intervention ou la vôtre… »
En prenant congé de lui, je ne pouvais pas imaginer qu'il était presque au terme de sa vie. Il rendra l'âme peu de temps après cette entrevue.
Le général Diané Lansana, ministre de la Défense nationale, me reçoit le mardi 25 novembre 1980, aux environs de midi. Il m'embrasse et attaque aussitôt :
— « Mon frère, il faut oublier tout ce que tu viens de vivre ! C'est une tranche de notre vie nationale que nous aurions préféré n'avoir jamais vécue. Cela a été un moment de folie généralisée où tout était sens dessus dessous. Et puis, il ne faut pas en vouloir à tes amis pour leur comportement pendant ton absence. Nous avons été lâches et nous ne nous sommes pas montrés à la hauteur. Mais nous avions peur, terriblement peur ! Et il faut reconnaître que la peur aussi est un sentiment humain.
« Moi qui te parle, je m'attendais à mon arrestation à tout moment. Je me couchais tout habillé et je me réveillais parfois en criant. Je faisais des cauchemars. De bonnes âmes venaient me prévenir la journée qu'on viendrait m'arrêter la nuit.
« Personnellement j'ai été très lâche, je l'avoue. Je m'en veux de ne pas avoir été fichu d'aider la famille de mon ami Sy Ibrahima 26 quand il a été arrêté. Mais (que veux-tu?) j'avais peur, très peur. Je t'assure, en prison, vous étiez beaucoup plus tranquilles que nous qui étions prétendument en liberté. »
Je l'écoute parler. Il n'a rien perdu de sa franchise habituelle, un peu brutale et qui se moque des tabous. Oui, je sais qu'il a eu peur, très peur, le jour de l'agression quand il a été fait prisonnier par les envahisseurs et depuis, car Sékou Touré lui reproche de n'avoir pas été fusillé par ces derniers. Il l'accuse de complicité avec eux. En fait, il ne doit qu'à ses liens de famille 27 d'être encore en vie !
Le mercredi 26 novembre 1980, Ismaël Touré me reçoit aux environs de quatorze heures. Il a un peu vieilli, rien que de normal. Ses cheveux ont blanchi. Nous ne nous sommes pas vus depuis ces journées d'interrogatoire à Boiro.
En me serrant la main, il s'efforce de sourire :
— « Tu es parmi ceux qui ont eu le moins de chance… », me dit-il.
Curieuse façon de mettre entre parenthèses tous les morts de Boiro. Je riposte :
— « Au contraire, j'ai eu beaucoup de chance… »
Il ne relève pas. J'essaie d'accrocher son regard : il est fuyant et ne s'arrête sur rien de précis. Impossible de le saisir.
La voix est calme
— « Et ta santé?
— Grâce à Dieu, elle est mieux qu'on aurait pu craindre.
— En tout cas, n'oublie pas, au cas où tu voudrais aller à Fria ou à Kamsar, on peut toujours aider, tu n'auras qu'à prévenir Ben, n'est-ce pas Ben? »
Ben-Daouda est son ami et son chef de cabinet. Il assiste à notre entretien. Il approuve. Fria et Kamsar sont les deux villes industrielles qui abritent les sociétés mixtes de bauxite, Friguia et C.B.G., et qui dépendent du ministère des Mines et de la Géologie, qui est son ministère. Elles disposent d'hôpitaux modernes où sont soignés les expatriés et les agents de ces deux sociétés.
— « Je ne manquerai pas d'aviser Ben, si le besoin s'en faisait sentir. »
L'entretien est terminé. Moins de cinq minutes. Je suis satisfait. Je sais qu'en me voyant il a été obligé de penser à tous les autres qui ne sont pas revenus. Je sais que chaque fois qu'il me reverra il pensera à eux. Certainement cela lui fera quelque chose, si tant est qu'il ait encore un reste de sentiment humain.

Notes
1. Beaucoup ne retrouveront pas leur fouille, car les hommes de garde, les chefs de poste en tête, toujours dans le dénuement, se seront allégrement servis.
2. A partir de 1971, on ne fêtera plus le 2 octobre, déclassé et remplacé par le 22 novembre.
3. Notons qu'un jeune professeur belge, Jean-Claude Vestrepen, arrêté en 1971, s'était suicidé en 1972.
4. Ancien secrétaire fédéral, ancien gouverneur, ancien ministre délégué, arrêté en septembre 1971 et libéré dans la nuit du 5 au 6 octobre 1980.
5. Prière surérogatoire entre la prière de l'aube et celle du milieu du jour.
6. Petite céréale spécifique de certaines régions d'Afrique.
7. Il a plusieurs voitures qu'il change chaque jour. Parfois il en change même deux à trois fois par jour.
8. Pouvoir révolutionnaire local. C'est la cellule de base du parti. Avant, on disait comité de base.
9. Au début, collège d'enseignement rural. La population disait « collège pour enfants ratés ». Le pouvoir, par réaction, a étendu le sigle à l'ensemble des écoles de Guinée, qu'elles soient primaires, secondaires ou d'enseignement supérieur, sous le nom de collège d'éducation révolutionnaire.
10. L'un des plus vieux quartiers de Conakry.
11. Supra, p. 27.
12. C'est le prénom de Mme Diarra.
13. Les quatre pendus de janvier 1971.
14. Un des quartiers de Conakry.
15. Compagnie des bauxites de Guinée.
16. Banque guinéenne du Commerce extérieur.
17. Dans la Guinée de Sékou Touré, les chauffeurs, les gens de maison, les guides affectés aux hôtes étrangers, sont tenus de rendre compte de toutes les activités de ces derniers et de rapporter leurs propos.
18. En langue peuhle, oncle du côté paternel : s'emploie dans les deux sens : du neveu vers l'oncle paternel et de l'oncle paternel vers le neveu.
19. Ma mère et mon oncle Yacine, premier député de la Guinée française au Parlement français, sont morts le même jour, à six heures d'intervalle, en avril 1954, la première, à la suite d'une septicémie à 39 ans, le second à 57 ans, à la suite d'une embolie.
20. El hadj Saïfoulaye Diallo, alors ministre de la Santé.
21. A épousé une nièce d'El hadj Saïfoulaye.
22. Vétérinaire de son état, ancien secrétaire d'État au Plan. Sow Mamadou était un cousin d'El hadj Saïfoulaye. Il a été fusillé dans la nuit du 17 au 18 octobre 1971.
23. Barry Abbasse est un de ses intimes et qui sera fusillé, lui aussi, cette même nuit du 17 au 18 octobre 1971.
24. Sobriquet par lequel certains de ses intimes désignaient Sékou Touré, en rappel de son action syndicale, car il vient du nom de Benoît Frachon.
25. Mon père.
26. Sy Ibrahima : ancien commissaire de police de Fria. Arrêté en 1971 et libéré en 1977.
27. C'est le cousin germain de Sékou Touré.


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