Camp Boiro Memorial
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Mgr. Raymond-Marie Tchidimbo
Noviciat d'un évêque :
huit ans et huit mois de captivité sous Sékou Touré

Paris: Fayard, 1987. 332 p. + ill.


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Chapitre II
Le séminaire mineur de Dixin-Conakry

« Lorsque Samuel fut sevré, sa mère Anne l'amena au temple de Yahvé à Silo, pour l'offrir au Seigneur »
(I S 1, 24-28)

Conduit au « temple » par mon père et ma mère

Cela se passait le 6 octobre 1929, dimanche consacré, cette année-là, à célébrer le saint Rosaire.

L'après-midi de ce jour, mon père et ma mère avaient tenu à m'accompagner personnellement jusqu'à l'évêché, pour embarquer dans la voiture du vicaire apostolique du lieu, Monseigneur Raymond-René Lerouge. Et tous ensemble, le chauffeur, notre évêque, mes parents et moi-même, nous voilà partis pour le petit village de pêcheurs surnommé Dixin, qui abritait le séminaire mineur.

Lorsque nous arrivâmes dans la cour du séminaire, presque en face de la chapelle, les séminaristes étaient en train de chanter les vêpres. C'était à la fois très solennel et très beau : séminaristes et prêtres étaient tous en soutane et surplis pour célébrer Notre-Dame du Saint-Rosaire ; le père directeur, lui, avait en plus, une belle chape toute dorée.

Sur l'autel que surplombait une statue de la Vierge, il y avait beaucoup de lumière ; et la belle odeur de l'encens créait au sein de ce décor une ambiance quasi mystique, toute de rêve : c'était magnifique ! Et je me voyais déjà prêtre !

Les vêpres terminées, ce furent les présentations. Puis Monseigneur l'évêque et mes parents reprirent la route de Conakry. Je retrouvai un cousin de la « tribu » des Curtis, Guillaume Pathé qui, ordonné prêtre en 1939, sera le premier prêtre guinéen.

Cette présence, alors que je n'étais âgé que de neuf ans, me sécurisa beaucoup : il y avait ici quelqu'un de ma famille qui, au besoin, saurait me défendre si j'étais agressé par plus grand que moi. Je retrouvai aussi un ami d'enfance, Richard Fowler, qui m'avait précédé de quelques semaines en ce séminaire aux allures monacales. Tous deux, nous avions fait les quatre cents coups et nous avions joué à « faire la messe ». Nous avions fait notre communion solennelle et reçu le sacrement de la confirmation en même temps. Ensemble, nous avions décidé de nous faire prêtres.

Dès le lendemain — un lundi — il fallut se lever à cinq heures moins le quart, afin d'être à la chapelle à cinq heures, pour la prière du matin et pour faire oraison une demi-heure durant... Cela était « un peu beaucoup » pour les gamins que nous étions, Richard et moi. Aussi, nous n'avions pas été longs à comprendre que vouloir se faire prêtre à cette époque-là, c'était loin d'être une partie de plaisir.

Mais l'homme s'étant toujours caractérisé par sa capacité d'adaptation, Richard et moi, aussitôt les lampes mises en veilleuse après la prière du matin, nous prolongions tranquillement notre sommeil, en prenant soin, évidemment, de conserver toutes les apparences d'un homme en prière !

Cela nous faisait beaucoup de bien, comme vous pouvez le deviner, ami lecteur. De temps en temps, évidemment, quelques ronflements involontaires déclenchaient un rire général dans la chapelle du séminaire ; ce qui contribuait à nous sortir rapidement de notre « oraison de quiétude ». Mais a-t-on idée aussi de faire lever des gamins si tôt !

En outre, il faut se rappeler que nous étions en 1929 et que les séminaires étaient alors loin d'être douillets. Il importe aussi d'ajouter que ce séminaire était tenu par des Pères du Saint-Esprit, et que la règle de cette congrégation fixait le réveil à cinq heures moins le quart. C'était donc à prendre ou à laisser !

Et nous avions pris...

Cependant, le plus dur pour nous, gamins qui venions de familles relativement pauvres mais où la table était toujours soignée, c'était de se retrouver devant une nourriture quotidienne très proche de la « tambouille » des casernes militaires. En ces années-là, nous eûmes réellement à souffrir de la faim et d'une alimentation déséquilibrée. Aussi, certains jours, nous avions le cafard, en pensant à la maison familiale si proche !

Que nous ayons tenu : à cela, je ne vois qu'une seule explication, la grâce du Seigneur ; grâce obtenue par la prière soutenue de nos parents. Ils ne nous avaient pas incités à entrer au séminaire. Mais à partir du jour où nous avions décidé de nous faire prêtres, leurs prières n'avaient cessé de nous accompagner tout au long du chemin qui mène au sacerdoce.

J'avais compris, en repassant le film de ma prime jeunesse au Camp Boiro, qu'une vocation religieuse ou sacerdotale n'était jamais isolée ; mais qu'elle devait toujours se décliner au pluriel. Certes, les parents ne donnent pas la vocation, mais ils ont toujours une part déterminante dans l'éclosion de celle-ci.

Il me souvient que, pendant tout le temps où j'étais à la maison, il ne s'était pas passé un soir sans que nous n'ayions eu à prier pour les vocations ; mon père et ma mère y tenaient beaucoup. Ce faisant, nos parents nous auront aidés — nous, leurs enfants — à prendre conscience des besoins de l'Église, et ils m'auront amené à percevoir ma vocation sacerdotale et à y répondre. La maison familiale aura été ainsi mon premier séminaire.

Je revois aussi, dans ce film de ma prime jeunesse, le visage vénéré du curé de ma petite paroisse : ce prêtre qui ne laissait pas passer une semaine sans rendre visite à ma famille et qui, chaque dimanche, au moment de l'offertoire, faisait prier ses fidèles pour les vocations religieuses et sacerdotales. Et je me rappelle encore son insistance, tout au long de la dernière année de catéchisme préparant à la première communion et à la confirmation, à nous faire comprendre que si nous voulions devenir prêtres, nous pouvions le devenir ! Cela faisait partie de sa mission sacerdotale (Cf. Vatican II, Presbyterorum Ordinis, n° 11).

Que nous voilà bien loin de ces théories dites d'avant-garde, où le prétre, sous le fallacieux prétexte de respecter la liberté des enfants, n'ose plus parler de vocation religieuse aux petits ehrétiens. Combien de paroisses prient eneore pour les vocations ?

Dans l'Église d'aujourd'hui, en maints diocèses, l'on a délaissé les moyens traditionnels de coopération pour l'éveil des vocations, que sont la prière, la pénitence, la formation des fidèles.

Il existe, hélas, des prêtres qui ne croient plus à l'utilité de la direction spirituelle !

On se plaint qu'il n'y ait que peu de vocations ; et l'on en prend son parti. On accepte cela comme une fatalité ; et l'on prépare pour l'an deux mille des paroisses sans prêtre. Mais pour être cohérent, ne faudrait-il pas aussi envisager en même temps, la fermeture des évêchés ?

On oublie, hélas, que le peuple de Dieu doit avoir des prêtres jusqu'à la fin du monde ; parce que, l'on n'a plus conscience que c'est un devoir pour toute la communauté chrétienne — évêques, prétres, fidèles, tous confondus — de faire naître des vocations religieuses (Cf. Vatican II, Optatam totius Ecclesiae renevationem, n° 2).

Des vocations, il n'en manque pas. Ce qui manque, quelquefois, ce sont des évêques, des prêtres, des religieuses qui croient encore à l'existence de ces vocations dites « classiques » : et à leur nécessité pour le monde d'aujourd'hui.

Heureusement les faits ne cessent de montrer la vitalité des vocations religieuses. Là où des séminaires ont été fermés et que des évêques lucides, ayant foi et espérance, se sont mis à en réouvrir les portes, des candidats au sacerdoce se sont présentés. Certes, cela requiert beaucoup de courage et une totale confiance en Dieu. Et, de telles vertus ne sont pas toujours à l'honneur dans notre Église d'aujourd'hui. S'abriter dans la masse, éviter ainsi de se distinguer, de se faire repérer, d'être montré du doigt, d'être traité de « rétro », c'est être assuré d'être dans le vent... Quel vent, Église notre sainte-Mère ?... Celui qui emporte les feuilles mortes ? Dieu nous en garde et nous en préserve ! Qu'il cesse de souffler sur notre Église !

Des vocations religieuses, il y en aura toujours dans l'Église, malgré les prévisions pessimistes. Car Dieu aime son Église et demeure avec elle pour toujours, afin que le monde soit sauvé.

Car il existera toujours de « saintes familles » désireuses de donner des religieuses et des prêtres au Seigneur. Il y aura toujours de saints prêtres et de saints évêques à vouloir des vocations pour l'Église de Jésus-Christ, et à utiliser tous les moyens pour que ces vocations éclosent, et notamment la prédicaffon et le témoignage de leur vie.

Dieu ne peut abandonner son Église: il faut en être convaincu.

La rencontre de compagnons de route

Le Seigneur avait daigné placer sur notre route un prêtre bon et zélé dont le souci était de former des femmes et des hommes de demain, pour mieux assurer la relève dans le monde et dans l'Église. Et dans le groupe de notre première communion, nous fûmes, en cette année 1929, huit garçons à demander à être admis au séminaire mineur de Dixin. La moyenne d'âge était de sept ans et demi et nous étions tous encore dans les premières années du primaire !

Qui oserait dire, après cela, que la jeunesse manque d'enthousiasme et de générosité ?

Non ! Ni les jeunes d'hier ni ceux d'aujourd'hui ne sont dépourvus de ces vertus. Ce qui manque quelquefois à notre société, c'est la présence de familles profondément acquises à la cause de l'Église ; c'est l'action pastorale de prêtres qui aiment leur sacerdoce au point d'oser en parler comme du trop-plein de leur coeur ; ce sont des évêques qui soient dévorés de zèle pour la « maison de Dieu ».

Je tiens à parler de ces gamins de Conakry par amitié pour eux ; toutes nos familles se connaissaient entre elles. Et j'en proffte pour dire que la petite communauté chrétienne de la paroisse de Conakry fut fondée en 1890 par le Père Jean-Baptiste Raimbault — un prêtre spiritain — avec de jeunes Métis provenant de la toute première mission de Guinée — la Mission de Boffa — érigée en paroisse le 15 août 1877 par la décision du Supérieur général de la congrégation du SaintEsprit et du Saint-Coeur de Marie, sous le patronage de saint Joseph.

Ce sont ces jeunes familles métisses qui offrirent, bien volontiers, certains de leurs enfants au Seigneur. Ces compagnons d'enfance — Albert Johnson, Joseph Gomez, Richard Fowler, Jean et Benjamin Lawrence ; deux cousins ; Alfred N'Dièye, Jean-Marie Pouaty — seront tous heureux, du moins les vivants, de constater que je garde fidèle en ma mémoire une amitié qui nous aura, tout gamins, aidés à faire face à la vie austère de ce petit séminaire où les conditions matérielles étaient « un peu justes », comme l'on dit en parler colonial.

De cette fournée de 1929, trois seront prêtres et sont encore vivants : l'Abbé Jean-Marie Pouaty, missionnaire au Congo-Brazzaville, Monseigneur Richard Fowler qui, à l'heure où j'écris ces lignes, dirige la curie diocésaine de Conakry en tant que vicaire général, le troisième c'est votre serviteur.

L'anné suivante, le séminaire de Dixin reçut d'autres jeunes venus des Missions de l'intérieur du pays, et il se tissa entre tous ces gamins une amitié qui nous aide encore aujourd'hui. Parmi ceux-là, il importe de nommer Louis Barry et Antoine Sâ-Kadouno.

Louis Barry deviendra le Père Barry. De 1967 à 1979, il aura eu à tenir tête à Sékou Touré pour préserver l'intégrité de la petite Église de Guinée, après l'expulsion de tous les missionnaires par le dictateur.

De 1967 à 1970, il sera administrateur de la circonscription ecclésiastique de Kankan-Kissidougou. A la suite de mon incarcération en 1970, il cumulera les deux administrations : celle de la préfecture apostolique de Kankan-Kissidougou et celle de l'archidiocèse de Conakry.

Sékou Touré le tiendra pour suspect à cause de son refus de toute compromission avec le pouvoir et à cause de sa fidélité envers l'Église et le Saint-Siège. On peut dire — et ce n'est que lui rendre justice — qu'il aura sauvé l'Église de Guinée de la « prostitution », pendant la période troublée des années soixante-dix.

Lorsque je fus libéré et expulsé le 7 août 1979, et que Rome eut désigné un successeur au siège de l'archidiocèse de Conakry, le Père Barry demanda à aller servir dans la paroisse la plus éloignée et la plus difficile de l'archidiocèse, pour ne pas gêner le nouvel élu dans l'exercice de sa fonction pastorale.

Antoine Sâ-Kadouno quittera le séminaire en classe de quatrième, non par abandon, mais parce qu'il était menacé de cécité. Il sera, et il l'est encore aujourd'hui, engagé pour la cause de l'Église comme instituteur au service de l'enseignement privé.

Lors de la nationalisation des écoles catholiques de Guinée par le régime socialiste de Sékou Touré en 1961, Antoine Sâ-Kadouno passera dans le secteur public. En 1962, lorsque je fus nommé au siège de Conakry et que je fis appel à sa collaboration pour la gestion de la petite industrie qui permettait au diocèse de vivre, Antoine Sâ-Kadouno, après avoir consulté son épouse, risqua l'aventure : il demanda à l'Education nationale sa mise en disponibilité ; une mise en disponibilité qui dure encore aujourd'hui !

Cet engagement de notre ami du petit séminaire, considéré avec du recul, m'aura permis de mieux saisir, que le séminaire n'est pas nécessairement un endroit où l'on forme des prêtres ; mais aussi un lieu où l'on teste la validité des vocations.

Le séminaire devient ainsi un milieu où, à la fois, l'on cultive les germes de vocation, et où l'on développe l'esprit de discernement.

La formation qui s'y dispense au cours de cette période d'identification, si elle est menée selon les directives de l'Église, fera du jeune séminariste une âme apostolique, même s'il vient à quitter le séminaire pour une autre orientation. « Dans la maison de mon Père il y a de nombreuses demeures », disait le Christ (Jn 14,2).

L'essentiel n'est donc pas de devenir prêtre en entrant au séminaire. Cette idée est fausse et il importe de la dénoncer avec vigueur. Car la vocation est un acte libre tant de la part des autorités ecclésiastiques qui appellent que de celle du candidat au sacerdoce ou à la vie religieuse.

Ce dernier doit ratifier sa vocation par une option mûrement réfléchie (Cf. Vatican II, Optatam totias Ecclesiae renovationem, n° 12). A lui de l'affermir et de la protéger, avec le concours d'un père spirituel avisé, par la foi, l'espérance, la charité et l'esprit de prière (Ibid., n° 9).

L'essentiel est donc de façonner chez le jeune séminariste une âme d'apôtre. Ainsi, le passage au séminaire demeurera une période de grande efficacité spirituelle pour l'individu.

La grâce d'avoir un père spirituel

En décembre 1984, je me trouvais aux États-Unis à Burlington, soit environ à trois heures de car de Montréal. Il me fut donné de pouvoir me rendre dans cette ville, non en touriste — le temps eût été mal choisi pour un fils des tropiques comme moi — mais en pèlerin...

Je m'y suis rendu dans l'après-midi du 7 décembre, pour y rencontrer mon père spirituel du petit séminaire de Dixin, le Père Gérard Roy, et célébrer avec lui nos retrouvailles sous le regard de Marie, en ce jour de la fête de l'Immaculée Conception.

Cinquante années nous séparaient de cette période, où, avec toute son âme de prêtre et de père — un prêtre est aussi « père », au sens plein du terme —, il me guidait vers le sacerdoce.

En 1984, j'avais soixante-quatre ans, mais auprès de lui je me sentais toujours un cceur d'enfant. Il n'avait pas vieilli ; un prêtre ne peut vieillir. Tout est affaire de coeur. J'ai toujours eu envers lui une attitude de piété filiale

Autant il m'aimait, autant il était exigeant à mon égard.

C'est sous la direction vigoureuse de ce missionnaire zélé que j'ai appris à aimer la vérité par-delà l'opinion, la vérité dans ma vie intérieure et dans mes relations avec autrui

Il exigeait de moi des confessions toujours limpides. Ainsi, je bénéficiais d'une authentique direction spirituelle. De ces séances hebdomadaires, j'ai retenu ceci : il n'avait jamais consenti à séparer la confession de la direction spirituelle. Pour lui, c'était un ministère unique, et il s'y employait avec tout le zèle que ses fils spirituels se plaisent à lui reconnaître.

Il nous aidait ainsi à nous découvrir et à nous laisser façonner par l'Esprit Saint.

C'est sous sa direction que, pour ma part, j'ai appris à connaître l'Esprit Saint, à l'aimer, et à l'invoquer. Que l'on ne vienne donc pas me dire qu'il est aberrant de parler de l'Esprit Saint aux enfants, parce que, soi-disant, c'est un sujet trop abstrait ! A partir de l'instant où un enfant sait aimer — sans pour autant très bien comprendre le sens de l'amour total — à partir de cet instant-là, il est capable d'admettre la présence de l'Esprit. Car l'Esprit Saint ne demande pas à être compris, il demande à être aimé ; et il se charge du reste dans le silence de nos âmes.

De cet amour pour la vérité reçu du Père Gérard Roy, j'avais fait un programme de vie. Et lors de mon ordination sacerdotale, j'adoptai une devise que je conserve encore au plus profond de mon âme : Faire la vérité dans la charité. (Cf. Ép 4,15.)

A mon ordination épiscopale, le réalisme, face aux événements et aux hommes, dans « la République populaire et révolutionnaire » de Sékou Touré — des mots, et encore des mots ! —m'amena à prendre la devise: « L'espérance ne déçoit jamais.»

Il le fallait bien.

Sans cette grâce de tous les instants — car l'espérance est une grâce — Sékou Touré aurait eu raison de moi et j'aurais conduit l'Église catholique de Guinée au schisme. J'aurais contribué à la constitution d'une Église nationale à la dévotion du dictateur, comme il en avait le dessein.

Cette « prostitution » ne s'est pas produite grâce à Dieu, grâce à la prière de toute l'Église, grâce à mon père spirituel, grâce à tous ceux qui m'ont aidé à découvrir le vrai visage de l'Église et à l'aimer dans la réalité de son incarnation — Église visible qui a pour chef Jésus-Christ en la personne du pape, successeur de saint Pierre.

Que ces lignes soient pour le Père Gérard Roy l'expression toujours actuelle de ma piété filiale, et aussi un acte de reconnaissance, fait au nom de toute la jeunesse de Conakry de l'époque, dont il fut l'animateur zélé, en remettant à l'honneur le sport sous sa forme moderne.

Par le biais de cette activité, il avait réussi à faire fusionner la jeunesse des trois communautés de Conakry : les anglicans, les musulmans et les catholiques. Jamais il ne marqua de discrimination éntre les membres de la petite commune de Conakry.

Une fois par semaine, il exerçait son apostolat auprès des séminaristes qui avaient accepté qu'il soit leur confesseur et pour ce faire, il parcourait à bicyclette seize kilomètres allerretour. C'était }e plus souvent le lundi matin et nous guettions son arrivée avec joie: il nous apportait toujours des nouvelles de nos familles.

Sinon, le Père Roy restait à Conakry où il avait la fonction de vicaire et celle de directeur de l'école paroissiale de garçons. n avait ainsi appris à découvrir et à aimer cette petite ville, dont il devint plus tard le curé.

Lors de mon premier passage à Conakry après mon expulsion de Guinée, en août 1984, les personnes de ma génération qui étaient toujours en vie évoquaient encore le visage de ce prêtre.

Il avait véritablement été à Conakry l'homme de la cité. Son sacerdoce, il l'avait mis au service de tous ; chrétiens et musulmans. Cela dérangeait quelque peu la « gent franc-maçonne » et la ligue des enseignants, qui avaient toujours considéré la Guinée française, et tout particulièrement la commune de Conakry, comme leur fief.

Le Père Gérard Roy fut deux fois administrateur apostolique du siège vacant de l'archidiocèse de Conakry, et il aurait pu être nommé évêque. Il avait toutes les qualités nécessaires à l'emploi : une vaste culture, des talents d'orateur, l'amour de l'apostolat, une vie de prêtre exemplaire. Mais voilà ! il était canadien ; certes, canadien-français, mais seulement citoyen canadien ! C'était son seul péché au regard de la IVe République française... Mais ce fut aussi la cause d'une plus grande popularité, dans ce petit pays où tout était si rapidement divulgué !

Mon père spirituel continua de servir la Guinée et son Eglise. Il fit participer sa famille canadienne à cette tâche : l'un de ses frères avait accepté de prendre en charge tous les frais d'études de mon petit séminaire.

Pour « camper » ce visage de prêtre missionnaire, il faut dire qu'il fut en Guinée un digne fils de notre Père fondateur, le Vénérable Libermann, l'apôtre de l'Afrique Noire. Ce dernier écrivait dans son mémoire adressé à la Propagande en 1846: « Former un clergé indigène : c'est la chose la plus utile, la plus importante, et à laquelle nous nous appliquerons de toutes nos forces. Je ne crois pas possible d'avoir d'heureux résultats sans cela 1

En guise de repères, en ce qui concerne les fondations des instituts pour l'apostolat en Afrique Noire, nous retiendrons que :

Un peu de publicité pour sa propre maison cela n'a jamais fait de mal à personne !

1. Notes et Documents Relatifs à la Vie et à l'Oeuvre du Vénérable François-Marie-Paul Libermann, t. VI, p. 276.


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