webGuinée
Camp Boiro Memorial


Complot Ibrahima Diallo


Passage extrait du livre de John H. Morrow. First American Ambassador to Guinea. Rutgers University Press. 1968. Chapitre VII. Guinea's Struggle for Survival.
Traduction : Tierno S. Bah

Parmi les personnes accusées, en mai 1960, de comploter pour renverser le gouvernement, il y avait peu d'anciens militaires.
Parmi les civils condamnés à mort se trouvaient un brillant jeune avocat guinéen, Ibrahima Diallo, et un chef religieux, Elhadj Mohammed Lamine Kaba, tous deux établis à Conakry.
Dans son adresse du 1er mai, président Touré révéla à la population et au corps diplomatique qu'un complot contre son gouvernment avait été découvert et que des cachettes d'armes avaient été trouvées à différents endroits de la frontière avec le Sénégal et la Côte d'Ivoire.

Dans un discours frénétique, Touré attaqua les saboteurs et déclara que les coupable seraient trouvés et qu'ils recevraient la punition suprême.
Quelques jours plus tard, président Touré convoqua le corps diplomatique à l'Assemblée nationale et nous donna une longue explication de la crise confrontant son gouvernement. Il nous dit que les suspects ne seraient pas jugés par une cour normale de justice, mais qu'ils feraient face à un tribunal populaire composé de :

Lorsque j'appris la composition élargie de ce Tribunal populaire, et que je pensai aux émissions radios provocatrices et aux déclaraton publiques déjà prononcées par Sékou Touré lui-même, I me demandai quelle chance les prisonniers avaient de recevoir un procès équitable.
Le 4 mai 1960, nous apprîmes qu'une commission spéciale, désignée par une conférence extraordinaire du parti, avait constitué le dossier des accusés, et que ces derniers seraient confrontés avec leurs accusateurs.
Le 8 mai, les membres du Tribunal populaire siégèrent à 18h00 pour prendre connaissance des résultats des travaux de la commission spéciale d'enquête et rendre un verdict.
Le 10 mai, la sentence fut annoncée.
Entre le 4 et le 8 mai, il fut impossible de savoir si les prisonniers allaient être défendus par des avocats ou s'ils avaient la possibilité de faire appel. Le public apprit toutefois que :

Le corps diplomatique et la population guinéenne furent très surpris d'apprendre que l'avocat Ibrahima Diallo et Elhadj Mohammed Lamine Kaba avaient été accusés d'espionnage au service de l'étranger et qu'ils avaient été condamnés à mort.
Je ne connaissais pas le chef religieux, mais je connaissais Diallo. Il m'était diffice de croire qu'il était au service d'une puissance étrangère. Je savais qu'il était insatisfait du système du parti unique et qu'il avait ouvertement envisagé la possibilité de former un deuxième parti politique. Il ne fit aucun effort pour cacher son désaccord et il en avait publiquement fait état en avril 1960 à une rencontre du PDG à Kankan.
Diallo était intelligent et vif. S'il était un agent au service d'un pays étranger, il aurait eu l'habileté de le dissimuler à ses collègue.
Je savais également que l'imam Lamine Kaba avait exprimé son insatisfaction des dirigeants guinéens. Il les avait accusé de ne rien faire pour les masses, chercant plutôt à promouvoir leurs intérêts égoistes.

Le plus malheureux, dans ce prétendu coup, fut le fait qu'aucun étranger ne fut admis à l'audience du procès, ni ne reçut les pr´sumées preuves de l'accusation.
Il fut impossible donc de dire si les accusés avaient reçu l'assistance judiciaire appropriée ou s'ils avaient la possibilité faire appel de la sentence.
Il n'y eut jamais d'annonce concernant la date, le lieu et la manière d'application de la sentence. Il n'y eut jamais non plus de réfutation officielle des rumeurs circulant sur les tortures inhumaines des accusés pour les forcer à avouer.
Même en Algérie — un pays en guerre — le gouvernement du président Ben Bella prenait le soin d'annoncer quand et comment il exécutait ceux qui complotaient contre l'Etat.
En Guinée, l'on dit que le secret était nécessaire pour éviter des troubles ethniques. En réalité, le secret des autorités jetta des doutes sérieux quant à la culpabilité des accusés.


Facebook logo Twitter logo LinkedIn Logo

[ Home | Victimes | Perpétrateurs | Bibliothèque | Recherche | BlogGuinée ]


Contact :info@campboiro.org
webGuinée, Camp Boiro Memorial, webAfriqa © 1997-2014 Afriq Access & Tierno S. Bah. All rights reserved.